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Débat Questions à Andrée Buchmann, Présidente de l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur et à Pierre-Yves Lochet,Directeur du programme Energie Alsace d’EDF L’enveloppe prime sur les équipements de chauffage

Propos recueillisPar laurent miguet |  le 24/02/2012  |  France entièreBas-RhinCollectivités localesBâtimentEquipement

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Les désaccords n’empêchent pas le dialogue cordial entre la militante verte de la première heure, présidente de l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur, et le directeur du programme Énergie Alsace, défenseur du nucléaire : Andrée Buchmann et Pierre-Yves Lochet l’ont prouvé pendant deux heures, mi-décembre au bureau du Moniteur à Strasbourg, au cours d’une rencontre consacrée au bilan des « Cinquante chantiers pionniers » de rénovation de maisons individuelles, initiés par EDF dans le cadre d’une convention pour le développement durable signée avec la région Alsace.

M Quel bilan tirez-vous du programme alsacien des « Cinquante chantiers pionniers » de rénovation thermique de maisons individuelles ?

Andrée Buchmann : La convention signée entre le conseil régional et EDF fait la part belle au fournisseur d’énergie, qui, grâce à son partenariat, réalise aussi une superbe opération de communication et de promotion du nucléaire. C’est pourquoi, au conseil régional, nous avons voté contre, au nom d’une exigence d’indépendance des pouvoirs publics. Le scandale de l’amiante invite à préserver à tout prix cette indépendance, incompatible avec le soutien à tel ou tel industriel. Cette même exigence m’a guidée dans mon engagement à l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur. Mais je ne peux que me réjouir de l’existence de programmes expérimentaux. Ils peuvent générer des progrès collectifs, à condition de rester dans une démarche critique, avec des objectifs multiples. La focalisation sur l’énergie risque de conduire à s’enfermer dans des bouteilles thermos fonctionnant avec des machineries complexes.

Pierre-Yves Lochet : Ce programme résulte d’un cahier des charges rédigé avec le conseil régional. Le référentiel Effinergie, ce n’était pas forcément notre tasse de thé : nous privilégions plutôt le bilan carbone. Le constat partagé d’un manque de références en rénovations thermiques a motivé l’engagement. Trois ans d’expériences nous ont appris la difficulté de l’exercice : je pensais que les entreprises se rueraient au guichet. Il a fallu les accompagner, sur le plan technique, au-delà de ce que nous avions prévu.

AB : Un des problèmes concerne le renouvellement d’air, appréhendé exclusivement à travers la ventilation double flux. De mon point de vue, ce n’est pas un équipement à systématiser, compte tenu du surcoût, des exigences d’entretien, des impacts sonores, et aussi de l’aspiration naturelle à ouvrir sa fenêtre, ressentie par tout un chacun.

P-YL : La plupart des « Cinquante chantiers » se sont limités au simple flux, non seulement pour des raisons économiques, mais aussi parce que le calcul réglementaire dégrade la performance thermique du double flux, faute de valorisation de l’énergie récupérée. De mon point de vue, cette technique apporte une véritable économie de chauffage, en y ajoutant le confort d’été et la qualité de l’air. Je n’ai pas de religion contre la ventilation naturelle, mais je n’ai rien vu de probant, alors qu’une maison à basse consommation exige un renouvellement de l’air.

M Nous voilà dans le sujet de prédilection d’Andrée Buchmann. Les « Cinquante chantiers » ont-ils pris en compte la qualité de l’air intérieur ?

P-YL : Cela n’entrait pas directement dans nos préoccupations au démarrage. Dans certaines opérations, nous nous sommes rendu compte qu’un simple poêle suffit à atteindre les performances recherchées, ce qui conduit forcément à poser la question des arrivées d’air. Nous avons demandé à l’Association de surveillance des pollutions atmosphériques d’instrumenter une vingtaine de maisons, en nous appuyant sur le protocole de l’Observatoire, afin d’objectiver et au besoin de réorienter le programme.

AB : Une maison est surtout un lieu de vie. Une bouteille thermos équipée de systèmes complexes peut certes apporter un bilan énergétique positif, mais pas toujours le confort de vie. L’Observatoire a instrumenté des maisons BBC et si les performances énergétiques sont bien au rendez-vous, les systèmes ne sont pas toujours très robustes, le confort des occupants est variable, l’air n’est pas toujours d’excellente qualité. L’observatoire prépare un protocole harmonisé pour le suivi de la qualité de l’air et du confort dans les bâtiments énergétiquement performants. On sent l’influence des femmes au sein des différentes instances de l’Observatoire. Une approche humaine prend le dessus.

M Vous accordez-vous sur la priorité à l’enveloppe, par rapport aux équipements ?

P-YL : C’est en effet une des principales leçons des « Cinquante chantiers ». Nous en avons tenu compte dans le nouveau programme « Je rénove BBC », qui touchera 500 maisons. Avec 15 000 euros, il vaut souvent mieux conserver une vieille chaudière au fuel et isoler la maison, plutôt que de s’équiper d’une pompe à chaleur. Nous avons aussi appris que la définition des objectifs et le suivi du chantier suppose une maîtrise d’œuvre garante des résultats. Spontanément, un chauffagiste ne prescrira pas un plâtrier, en tout cas pas avant d’avoir vendu son installation. Plutôt que de partir d’un objectif de labellisation qui pénalise les petits logements et donc les ménages modestes, la définition du programme doit viser des seuils de consommation par habitant. Ce qui compte, c’est l’empreinte par personne, et l’idée d’arriver à maintenir le confort d’aujourd’hui, sans consommer plus d’énergie que nos grands-parents.

AB : J’apprécie votre discours de raison sur la priorité à l’enveloppe. Oui, l’investissement dans l’isolation produit plus d’effets sur la consommation que des équipements pointus et souvent très chers. J’ajoute, à propos du confort thermique, que les maisons traditionnelles d’Alsace peuvent encore aujourd’hui servir de référence dans certains domaines. Je partage également certaines critiques du label, lorsqu’il incite des investisseurs attirés par des avantages fiscaux, sans habiter eux-mêmes dans les logements BBC. À propos de la coordination des entreprises, je voudrais insister d’une part sur l’importance des formations professionnelles de branche intégrant la notion de travail concerté, d’autre part sur le rôle clé des architectes, dans la gestion des interfaces. Beaucoup de gens appréhendent le coût de leur prestation, alors que tout compte fait, l’absence d’architecte entraîne souvent des additions plus lourdes.

M Des expérimentations comme les « Cinquante chantiers » vous paraissent-elles transférables à une plus grande échelle, ou vers d’autres catégories de bâtiments ?

P-YL : le principal obstacle, c’est l’offre. Les aides financières ne suffisent pas : il faut donner envie aux professionnels d’agir sur l’enveloppe, et rassurer la clientèle sur leur capacité. Dans le cadre de notre convention avec la Région, nous appliquons également cette idée aux bâtiments des collectivités ou au logement social, avec des bailleurs comme Cus Habitat. Je pense que la crise va favoriser la reconcentration des moyens dans les domaines de l’énergie et des transports.

AB : Les résultats de l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur amènent le développement d’un nouveau secteur de recherche et développement et à la création de start-up dans le domaine de l’air intérieur. Tout cela fait évoluer le marché. Du côté de l’offre, je suis impressionnée par des mutations qui auraient paru impensables il y a quelques années, notamment les objectifs de certains grands industriels en matière de produits de construction bio-sourcés. Si plus de moyens publics de recherche allaient vers le bâtiment, cela pourrait accélérer considérablement les choses.

M Au-delà du débat sur les moyens pour amener à réduire l’impact énergétique du bâtiment, le programme des « Cinquante chantiers pionniers » pose aussi la question éthique de la compatibilité entre le lobbying d’un industriel et l’intérêt général.

AB : Vous n’avez pas manqué l’occasion de vous servir des tribunes offertes par les multiples inaugurations pour multiplier les interventions en faveur de l’industrie nucléaire et de la poursuite de l’exploitation de la centrale de Fessenheim. L’opportunité doit-elle trouver sa place dans le discours public ?

P-YL : En toute transparence, nous agissons dans le cadre de la loi du 13 juillet 2005, qui fixe trois axes à la politique énergétique de la France : énergies renouvelables, énergie nucléaire, économie d’énergie. Cela ne nous a pas empêchés de signer une convention avec la commune de Wattwiller, dont le maire milite pour l’arrêt immédiat de Fessenheim. De même, les maîtres d’ouvrage des « Cinquante chantiers » ne sont pas tous des chauds partisans du nucléaire. Plutôt que de satisfaire aux exigences posées par l’Union européenne sous la forme comptable des certificats d’économie d’énergie avec les risques spéculatifs que cela comporte, nous avons privilégié une méthode plus complexe mais plus porteuse de sens, consistant à investir et agir sur la réduction des impacts du bâtiment. Nous ne cachons pas les raisons de nos efforts, mais cela ne veut pas dire que nous voulons corrompre qui que ce soit.

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PHOTO - new.eps - © vincent kessler/le moniteur
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