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De l'humain dans le béton
PHOTO - 13633_830100_k2_k1_1953536.jpg - © PHOTOS : LUC BOEGLY

De l'humain dans le béton

MARGOT GUISLAIN |  le 22/06/2018  |  SantéBâtimentMoselleBéton

Pour un centre de soins psychiatriques à Metz, l'agence Richter et associés a conçu un cocon à la fois protecteur et ouvert sur l'extérieur.

Situé à l'entrée du quartier des Hauts de Queuleu, au bord de la départementale qui mène à l'hypercentre de Metz (Moselle) et face au parc d'un concessionnaire automobile, un édifice d'inspiration brutaliste apporte enfin une identité à ce secteur à l'urbanisation diffuse, faisant partie d'une ZAC pourtant créée voici une quarantaine d'années. Conçu par l'agence Richter et associés, ce bâtiment, qui abrite le centre de consultations et de soins psychiatriques de Jury, tire sa force de sa capacité à qualifier un environnement banal par l'expressivité architecturale. Loin d'être systématique dans la production de Jan et Pascale Richter, cet aspect trouve sa justification dans ce paysage sans repères.

L'une des particularités de l'agence est, en effet, de se saisir de ces environnements fuyants pour y faire naître une urbanité. « Offrir une ouverture sur la ville tout en préservant l'intimité, faire écho au paysage tout en protégeant l'individu : chaque projet tente de résoudre d'apparentes contradictions. Mais la conception d'une structure destinée aux soins psychiatriques, parce qu'elle s'adresse à un public fragile au ressenti souvent exacerbé, donne à ces enjeux une importance singulière », soulignent les architectes.

Coque organique. La réalisation du parvis a ainsi donné l'occasion de créer l'espace public urbain manquant et une séquence d'entrée progressive. La végétation, déjà présente sur le site, en est le leitmotiv. Elle prend naissance dans la frange boisée qui borde la parcelle, se répand sur le terrain en un tapis de verdure, accompagne la traversée du parvis par des plantations et, enfin, vient creuser le volume sous forme de jardins intérieurs aux ambiances végétales différenciées. C'est aussi à la nature que renvoie la coque en béton brut qui ceint l'édifice en double peau. Ses lignes sont organiques, sa surface est rugueuse, sa teinte tire légèrement sur le vert, sa lasure capte la lumière naturelle.

L’intérieur se divise en deux unités de soins étanches l’une par rapport à l’autre.

« Lâcher prise » des architectes. Dans le cadre du 1 % artistique, le plasticien Grégoire Hespel a fait réapparaître en surface les granulats incorporés à la formulation en désactivant le béton par endroits, créant ainsi des variations de teintes et de textures qui rendent les parois vivantes. Cette intervention, effectuée en toute indépendance, témoigne d'un vrai « lâcher prise » de la part des architectes alors que le béton brut est généralement sacralisé et contrôlé à la loupe par les maîtres d'œuvre.

Si le volume est continu, l’espace intérieur se divise en deux unités de soins autonomes, l’une pour les enfants, l’autre pour les adultes. Elles sont étanches l’une par rapport à l'autre, les deux catégories de patients ne devant ni se croiser, ni se voir. Un bloc abritant les circulations, les sanitaires et quelques locaux du personnel fait office de tampon. Les bureaux forment une autre séparation entre les deux parties.

Si la coque en béton protège efficacement des regards extérieurs, des jeux constants de transparence multiplient les vues à l'intérieur : d'une aile à l'autre à travers les arbres des patios ; entre les pièces par des panneaux vitrés, etc. Une ouverture dans l'enveloppe offre un cadre sur l'extérieur. La station-service située de l'autre côté de la route départementale y prend même une dimension picturale, façon Edward Hopper.

L'importance des transparences est modulée selon le degré d'intimité nécessaire. La continuité spatiale, qui permet aux résidents et utilisateurs de s'approprier rapidement les lieux et de s'y déplacer avec aisance, est renforcée par l'emploi d'un matériau unique pour chaque partie de l'ouvrage. La coque est ainsi en béton brut, les menuiseries intérieures en bois, les menuiseries extérieures en aluminium anodisé, et le sol en résine. Des murs-rideaux ont été conçus pour les façades étanches, dont la technicité - passerelle technique suspendue par des câbles acier, stores déportés, finesse des montants - contraste avec la coque presque animale.

Maîtrise d'ouvrage : centre hospitalier de Jury. Maîtrise d'œuvre : Richter architectes et associés, mandataire. BET : CTE Mulhouse (structure), Solares Bauen (fluides, HQE), Gilbert Jost (électricité), C2BI (économiste, ordonnancement, pilotage et coordination), Bruno Kubler (paysagiste), Grégoire Hespel (artiste). Principales entreprises : Demathieu Bard (terrassement, gros œuvre), EJL Lorraine (aménagements extérieurs), Engie (CVC), BST (étanchéité). Surface : 2 200 m2 SP. Montant des travaux : 5,4 millions d'euros HT.

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