Entreprises de BTP

Dans le Nord, les chevaliers du BTP ont fait table ronde

Mots clés : Bâtiment d’habitation individuel - Entreprise du BTP - Etat et collectivités locales

Le Club Excellence du Moniteur a tenu sa première session dans le Nord le 26 juin. Dans les locaux du CAUE, à Lille, les acteurs les plus influents du BTP de la région Nord-Pas-de-Calais ont échangé très librement sur les périls qui menacent leur modèle entrepreneurial et les limites du soutien de l’activité par les collectivités locales. Au cœur du débat : la production de logements. 

Dans le Nord, les acteurs du BTP l’ont compris : les effets de la crise dont on redoute le paroxysme affecteront durablement le secteur. Alors autant changer maintenant les habitudes et entamer très vite la réflexion sur l’après. Jeudi 26 juin, à Lille, quelques-uns des représentants les plus dynamiques de la filière se sont réunis dans les locaux du CAUE du Nord, à l’occasion de la première soirée du Club Excellence Moniteur, pour évoquer les conditions de la reprise. Après que François Vandermeersch, associé KPMG directeur Lille Métropole et Romain Bridault, directeur adjoint de BTP Banque Nord-Pas-de-Calais, partenaires du club, ont dressé un état des lieux précis et alarmant  (repli spectaculaire de l’activité, menaces de licenciements économiques…), entrepreneurs, maîtres d’œuvre et maîtres d’ouvrage se sont exprimés démontrant que, dans la région, inventivité et solidarité n’étaient pas de vains mots.

C’est la question de la production de logements qui a animé une grande partie de la soirée puisque la construction massive de logements est un objectif national et que la région Nord a élaboré elle-même, dans le cadre de sa Troisième révolution industrielle, un plan 100.000 logements destiné à la réhabilitation énergétique et environnementale du parc existant. Hélas, le tarissement du financement public, l’augmentation du prix du foncier et la baisse du pouvoir d’achat sont autant de points durs dans ces engrenages de la relance. « La situation est bloquée, a déploré Olivier Tommasini président de la Fédération française du bâtiment Nord-Pas-de-Calais. Les investisseurs s’en vont et les accédants n’ont plus les moyens de s’endetter. Conséquence : les promoteurs réduisent les programmes en cours et renoncent à lancer de nouvelles opérations. Et, malgré tout, les prix restent élevés et le foncier ne baisse pas.»

 

« Soutenir la demande, améliorer l’offre »

 

« En France, le logement à un coût technique lié à la fiscalité : il est le plus taxé d’Europe, a ajouté Xavier Kieken, promoteur (Kic construction, Villeneuve-d’Ascq). On peut utiliser ce levier fiscal pour faire évoluer le prix mais il échappe aux acteurs du BTP. C’est de la responsabilité du politique, au niveau national comme au niveau local. » « Le prix du logement est inadapté aux moyens actuels des Français, a insisté Nicolas Delecourt, secrétaire général de la Fédération régionale des Travaux publics Nord-Pas-de-Calais. Et les aides publiques mises en place ou les systèmes d’incitation à l’achat s’adressent à des gens que les banques ne veulent pas ou ne peuvent plus accompagner en raison des risques de non-remboursement. Bref, ils ratent la cible. Ils sont inefficaces. » 

« Que nous reste-il pour agir ? a demandé Jean-Marc Julien, Délégué régional Nord – Pas de Calais de la Confédération française pour l’habitat, l’urbanisme, l’aménagement du territoire et l’environnement (COFHUAT). Les dispositifs Scellier puis Dufflot, malgré leurs défauts ont permis la construction de 30.000 logements qui, sans eux, n’auraient jamais vu le jour. Il est quand même possible de soutenir intelligemment la demande et d’améliorer l’offre. » Et de citer Eugène Claudius-Petit, ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme à la fin des années 40, qui avait su lancer une politique d’urbanisme d’urgence pour répondre à la crise du logement d’après-guerre en s’appuyant, entre autres, sur l’imagination des architectes, des ingénieurs et des constructeurs.

 « En attendant, pour maintenir nos chiffres d’affaires, nos entreprises ont sacrément rogné leurs marges tout en devant faire face, en plus, à la concurrence déloyale que constitue le recours abusif aux travailleurs détachés, a rappelé Olivier Tommasini. Et puisque les espoirs de reprises s’éloignent, la question du maintien des effectifs va se poser. La situation peut devenir dramatique. » Un constat amorcé par Romain Bridault, qui avait affirmé que les taux de rentabilité voisinant les 1% étaient de plus en plus fréquents, rendant plus complexe le soutien des banques, que la moyenne des trésoreries atteignait un plancher de 15/20 jours et que les inquiétudes étaient grandes pour les carnets de commandes du 2e trimestre 2014 et de l’année 2015. « On est sur l’os », ont constaté en choeur Xavier Kieken et Vincent Bassez, chargé d’études du CAUE Nord.

 

« Faire moins mais mieux »

 

« L’argent public n’est plus là, a lancé Benoit Poncelet, directeur du CAUE du Nord.  Les projets en cours sont abandonnés ou sérieusement redimensionnés faute d’investissement et, pour la même raison, rien n’est lancé. Mais, justement, les nouveaux édiles ont été élus sur fond de crise, pour ça : épargner les deniers. Il n’y aura plus de prise de risque de leur part. Le constat est grave mais la réalité est là. Si on fait moins, on doit faire mieux. C’est aux acteurs de la construction de réagir et d’inventer. La question est de savoir comment réfléchir, comment s’organiser. Et il faudra le faire ensemble. »

François Vandermeersch et Romain Bridault ont, par ailleurs, assuré que certaines formes entrepreneuriales résistaient mieux au choc économique et de citer : « Les groupements formels ou informels, la sous-traitance technique, le contractant général, les SCOP. » « Sans compter, ajoutait Vincent Bassez, en aparté, que toute la filière, de la commande à la construction, doit se poser la question de l’industrialisation de ses procédés. » Dans la foulée, Xavier Huou, directeur d’exploitation de Rabot-Dutilleul, expliquait comment son entreprise a adopté le Lean, une méthode de gestion de la production qui met l’accent sur la gestion sans gaspillage éprouvée par le constructeur automobile japonais Toyota. Il insistait, avec Nicolas Delecourt, sur la nécessité de chercher ailleurs les sources d’inspiration afin d’améliorer tous les processus.

« Plus que jamais, concluait Nicolas Guillon, responsable de la rédaction Nord du Moniteur, il apparait nécessaire de se mettre autour de la table entre acteurs du BTP pour inventer des solutions autonomes. » Et si la première réunion de ce genre avait eu lieu le 26 juin dans la grande salle du CAUE du Nord ? Toute table ronde a ses chevaliers. Ceux du BTP local étaient présents, ce soir-là, au Club Excellence du Moniteur. Leur dynamisme, leur engagement, leur courage et leur lucidité ont quelque chose de rassurant.

 

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