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Construction bois : chez les Beaudonnat, l'alternance au fil des générations
- © Frédéric Pigot / APAP

Construction bois : chez les Beaudonnat, l'alternance au fil des générations

Frédéric Pigot |  le 09/07/2018  |  ossatureboisboisconstructionMaison boisAlternanceArtisan bois

Depuis les années soixante, au cœur de l'Auvergne, la RDL Beaudonnat mise sur l'apprentissage par l'alternance. Un bon moyen d'élever le niveau de formation de cette entreprise de couverture, charpente et menuiserie.

Chez les Beaudonnat, la transmission n'est pas un vain mot. Ici, à Vernines (Puy-de-Dôme), ils travaillent le bois depuis plus d'un siècle. Déjà en 1903, Jean Beaudonnat exerçait une activité de scieur. Joseph lui a succédé puis René par la suite. Avec eux, le bois est devenu la principale source de revenus de la famille. En 1992, c'est une autre génération, Didier, Laurent et leur sœur, qui entre dans l'entreprise. Les deux gars ont poursuivi l'aventure familiale. La RDL Beaudonnat a vu le jour en 1998. Ils assurent aujourd'hui la co-gérance de l'entreprise fondée avec leur père. Ils emploient dix-huit salariés, dont leurs propres enfants.
Aujourd'hui à la retraite, René Beaudonnat ne manque jamais de rappeler qu'il ne dispose que d'un CAP, mais il sait toute l'importance de la formation. "On forme beaucoup par l'alternance", constate Laurent en soulignant que son père l'a fait dès qu'il s'est mis à son compte, dans les années 60 (*). "Il y a eu quelques années creuses, mais c'est rare. On en forme à peu près trois par an. Certains sont devenus nos concurrents."

Formation, adaptation

"Normalement, ça devrait être comme ça. Un artisan est fait pour apprendre son métier et le transmettre par la formation", remarque René Beaudonnat. Du temps où il était en activité, il était élu à la Capeb nationale. "Nous étions six conseillers professionnels, quand on nous a présenté le robot de taille, se souvient-il. Les six ont fait la même analyse : s'il y a quatre robots en France, il n'y aura plus de charpentier." En définitive, ils s'étaient trompés. René Beaudonnat estime à plus de mille le nombre de robots en service et constate que cet outil a donné aux charpentiers l'occasion de refaire des choses qui revenaient trop cher à la main. "Là où il fallait être quatre pour tailler et deux pour poser, il en faut deux pour tailler et six pour poser. On a multiplié par quatre le volume de bois transformé. On avait eu tendance à abandonner la charpente traditionnelle", constate-t-il en expliquant que la machine a redonné aux clients l'envie de belles charpentes. Autre constat : le savoir-faire et l'œil de l'artisan sont toujours nécessaires.
"On n'a pas licencié, on a reformé le personnel à d'autres tâches. Si on n'avait pas fait ça, on n'existerait plus", remarque René Beaudonnat. "Ceux qui ont remplacé les charpentiers par des informaticiens ou des ingénieurs se sont plantés", constate Laurent qui a pris la suite de son père à la Capeb. À la RDL Beaudonnat, ce sont les chefs d'atelier qui ont été mis sur les machines.

L'alternance pour tous

Savoir travailler manuellement constitue donc un pré-requis pour entrer à la RDL Beaudonnat et les co-gérants en sont l'exemple. S'ils disposent chacun d'une licence de gestion de l'entreprise du bâtiment, ils sont tous deux passés par le CAP "structure ossature charpente" et le BEP "bois et matériaux associés". Didier y a associé un bac pro en charpente tandis que Laurent dispose d'un brevet de technicien construction aménagement d'ensemble.
De son côté, Lionel, le fils de Laurent, est titulaire d'un bac travaux paysagers, d'un CAP et BP charpente. Il a, par ailleurs, décroché le titre de meilleur apprenti de France en 2013. Sa sœur, Romane, est titulaire d'un bac ES, d'un BTS assistante de gestion, d'une licence de management et, en alternance, elle prépare un master en management. Mathieu, le fils de Didier, a obtenu un BEP et un brevet de technicien en charpente avant d'intégrer un IUT Génie mécanique. Il est titulaire d'un BTS systèmes constructifs bois et habitat, puis d'un diplôme d'ingénieur bois de l'ECAM (Lyon). Tous sont passés par l'alternance, un principe qui s'applique à l'ensemble du personnel. Depuis octobre, Didier et Laurent disposent d'ailleurs du titre de Maître artisan.

Gagnant-gagnant

"On veut les emmener le plus loin possible. On leur laisse une certaine autonomie, c'est une politique de l'entreprise. On ne veut pas être derrière leur cul. On ne le conçoit pas comme ça. Sur une réunion de chantier, devant l'architecte, ils peuvent dire "nous ne feront pas ça, on ne travaille pas comme ça", souligne Laurent Beaudonnat. Chacun peut discuter avec le client répondre à des demandes particulières. Le premier commercial de notre entreprise, c'est nos compagnons." C'est pourquoi, en plus de la formation, les dirigeants de l'entreprise recherchent un savoir-vivre et une éducation. "Sans ça, ils ne seraient que des exécutants", ajoute René Beaudonnat en citant l'exemple d'un salariés, qui a monté un logiciel pour gérer le stock de la quincaillerie parce qu'il trouvait que c'était le bazar. Une culture de l'autonomie qui a un coût. "Sur un ratio de 90 entreprises de même importance, nos salaires sont 25 % supérieurs", précise Laurent en soulignant que l'entreprise est aux 35 heures annualisées avec quatre jours l'hiver, huit semaines de congé avec récupérations des ponts gérées à l'année. Tous les ans, le calendrier est remis à plat. Mais il reconnaît que cette organisation est possible du fait que la société est restée hyper familiale. "Nous sommes huit de la famille et les autres ce sont des copains."


(*) Durant 18 ans, l'entreprise a accueilli des compagnons du Tour de France.

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