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Daniel Buren joue avec Frank Gehry à la Fondation Louis-Vuitton
« Photo-souvenir : Daniel Buren, L'Observatoire de la lumière, travail in situ, Fondation Loui-Vuitton, Paris, 2016. » - © © DB-ADAGP Paris / Iwan Baan / Fondation Louis-Vuitton

Daniel Buren joue avec Frank Gehry à la Fondation Louis-Vuitton

Marie-Douce Albert |  le 10/05/2016  |  ProfessionArchitectureParis

L’architecte Frank Gehry a construit la Fondation Louis-Vuitton « pour être bousculé par les artistes ». A partir du 11 mai, Daniel Buren s’y emploie donc en faisant endosser un joyeux costume à carreaux au monument contemporain achevé en 2014, dans le bois de Boulogne, à Paris. L’œuvre temporaire en 13 couleurs intitulée « L’Observatoire de la lumière » sera visible jusqu’à la fin de l’année.

Daniel Buren connaît Frank Gehry depuis « bien avant qu’il ne soit devenu célèbre… et que je l’ai été aussi, d’ailleurs ». Grâce à des amis communs, l’artiste français a rencontré l’architecte américano-canadien au tout début des années 1970, à Los Angeles. « Il venait de finir sa maison particulière, celle qui a commencé à intriguer la communauté des architectes », se souvient Daniel Buren. Quatre décennies plus tard, les deux hommes sont passés au rang de créateurs à la renommée internationale, chacun dans sa catégorie, et Frank Gehry était en train de mettre la dernière main au « nuage » de verre qu’il a conçu pour la Fondation Louis-Vuitton dans le bois de Boulogne, à Paris, quand il a proposé à Daniel Buren d’imaginer un projet d’œuvre pour le bâtiment. L’édifice devait ainsi être inauguré quelques mois plus tard, en octobre 2014, quand l’architecte a suggéré au plasticien de faire flotter des voiles ou des drapeaux sur les terrasses de la Fondation comme il lui était déjà arrivé de le faire par ailleurs. « Mais pour dire les choses rapidement, ça ne m’a pas inspiré du tout », en rit encore Daniel Buren.

Pour façonner là une de ces créations in situ dont l’artiste s’est fait une spécialité à travers les villes du monde, il avait davantage envie de mettre sa marque sur la structure même du bâtiment. Plus précisément, il a préféré intervenir sur les grands voiles de verre qui lui donnent son allure si caractéristique de grand navire aux voiles gonflées par le vent. « Frank Gehry n’y a vu aucune opposition de principe, poursuit Daniel Buren. Et quand je lui ai pourtant fait remarquer que ce que j’envisageais allait beaucoup changer l’aspect de son architecture, il m’a répondu : 'Daniel, j’ai fait un musée pour être bousculé par les artistes. Tu peux faire ce que tu veux !' »

« L'Observatoire de la lumière, travail in situ, 2016 ». L'œuvre de Daniel Buren permet au public d’évoluer sous (et dans) la couleur.
« L'Observatoire de la lumière, travail in situ, 2016 ». L'œuvre de Daniel Buren permet au public d’évoluer sous (et dans) la couleur.

Un peu moins de deux ans après cette conversion, la Fondation Louis-Vuitton surgit donc parmi les arbres du bois de Boulogne telle qu’elle a été métamorphosée, du moins temporairement, par Daniel Buren : colorée, fantasque et joyeuse. L’artiste a fait coller sur ses douze grandes coques de verres des filtres en vinyle bleus, jaunes, rouges, verts…  le montage de l’œuvre a duré 29 nuits, réparties sur cinq semaines, pendant lesquelles « la moitié des 3 600 verres, soit à peu près 7 000 m² de la surface des voiles, ont été couverts », explique-t-il. En faisant alterner les pièces de couleurs et les verres laissés à leur état d'origine (et en insérant, ça et là, quelques pièces aux rayures discrètes), il a ainsi dessiné de gigantesques damiers de 13 couleurs différentes. Dans ce qui est disponible dans les catalogues -assez limités- des industriels, Daniel Buren a choisi ce qu’il y avait de plus vif, de plus contrasté. Il n'était pas question que son intervention intitulée « L’Observatoire de la lumière », ne soit qu’en demi-teinte. Il fallait que ça claque !

«  Avant le montage, je pensais que le bâtiment en serait transformé. Et je me rends compte que le résultat va bien au-delà de ce que j’escomptais », constate Daniel Buren, alors que l’œuvre, désormais en place, est officiellement ouverte au public à partir du 11 mai et devrait rester visible jusqu’à la fin de cette année. Selon lui, « cette coloration souligne la complexité du bâtiment. On réalise ainsi à quel point tout cela est plié ! » Et alors qu’en temps normal les voiles de verre sont plutôt mats, la Fondation ainsi parée gagne en transparence et en luminosité. Surtout quand, sous les rayons du soleil, les carreaux de couleurs sont projetés sur les parois blanches et les sols des terrasses…  Avant de s’estomper sous l’effet d’un nuage qui passe. Comme il s’est amusé avec le bâtiment de Frank Gehry, Daniel Buren joue en effet avec un autre élément qu’il a trouvé in situ, une des merveilles de l’Ile-de-France : « son ciel changeant ».

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