Performance énergétique

Culture technique : «Les délices du feu», par Olivier Jandot

Mots clés : Manifestations culturelles

Une histoire du confort thermique telle qu’élaborée, à partir du XVIIIe siècle, au travers des hivers rigoureux du «petit âge glaciaire»…

Le confort de l’habitat humain n’a pas attendu la RT 2012 pour s’imposer progressivement dans nos lieux de vie. Nourrissons gelés dans leurs berceaux, aristocrates enfermés dans leur chaise à porteur au milieu de leur salon pour échapper aux courants d’air, écrivains enveloppés dans une peau d’ours, paysans réfugiés dans leur lit, voyageurs retrouvés morts sur le bord des chemins… Les archives historiques donnent à voir nos aïeux aux prises avec l’hiver. La souffrance due aux rigueurs du climat, et la manière de s’en déprendre, est au cœur de l’ouvrage d’Olivier Jandot, «Les délices du feu. L’homme, le chaud et le froid à l’époque moderne». Au XVIIIe siècle, tandis que les premiers thermomètres fiables font leur apparition, la rigueur des hivers de ce «petit âge glaciaire» attesté fait de nombreuses victimes : 100 000 décès en France en 1709, avec des températures qui descendent fréquemment en-dessous de -20°C.

Habitués au confort de nos immeubles, nous peinons à imaginer ce qu’a pu représenter l’épreuve de l’hiver pour les hommes du passé, contraints de grelotter au coin de leur cheminée fuligineuse pour essayer de lutter contre les morsures du froid. Habitations particulières, églises, universités, etc. Autant de lieux de vie inchauffables où, à la différence de nos habitudes actuelles, on ne se dévêt pas à l’intérieur. A Versailles même, la question du chauffage n’est pas résolue et Louis XV, las de souffrir le martyr, envisage de dormir dans une petite pièce plus facile à chauffer, mais «contraint par l’étiquette de sacrifier à la cérémonie du Lever et du Coucher» dans la chambre royale, «il continue à s’y geler tous les matins d’hiver». Des anecdotes qui témoignent de l’incapacité des sociétés anciennes à se protéger efficacement des assauts du froid.

La cheminée, on le sait, est peu efficace ; à l’inverse du poêle qui permet de maintenir une température plus douce, lus homogène et plus élevée. Très répandu en Allemagne et en Europe centrale, il peine à s’implanter en France. Question d’esthétique, de psychologie aussi : «l’endurance à la douleur [est] une nécessité mais aussi une vertu». Les sensibilités évoluent toutefois au XVIIIe siècle, en ville, avec la recherche nouvelle d’un confort que l’on qualifiera bientôt de bourgeois. Il faudra cependant attendre la seconde moitié de ce XVIIIe siècle pour voir se développer une réelle réflexion technique sur le chauffage domestique, nourrissant dès lors cet appétit de bien-être et de chaleur qui est toujours le nôtre aujourd’hui…

Agrégé et docteur en histoire, Olivier Jandot enseigne au Lycée Gambetta-Carnot d’Arras. Il est également chargé de cours à l’Université d’Artois. Ses recherches portent sur l’histoire sociale et culturelle de l’époque moderne et s’attachent, par une histoire écrite «au ras du sol» et à hauteur d’individu, à tenter de saisir les mutations des sensibilités.

«Les délices du feu. L’homme, le chaud et le froid à l’époque moderne» 342 p. aux éditions Champ Vallon, 27€.

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