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« Croire que les forêts urbaines vont changer la température ambiante est naïf»
L'architecte Alain Sarfati. - © DR
Tribune

« Croire que les forêts urbaines vont changer la température ambiante est naïf»

le 05/07/2019  |  Espace publicVégétalisationEspaces vertsProfessionPaysage

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Paris
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L’architecte Alain Sarfati réagit au projet de la mairie de Paris, annoncé en juin dernier, de transformer quatre sites emblématiques de la capitale en îlots verts. A partir de 2020, les parvis de l’Hôtel de ville et de la gare de Lyon, les abords de l’Opéra-Garnier et une des deux voies de la berge rive-droite seront en effet aménagés en « forêts urbaines » et ce, dans une volonté de « débitumer » la ville. Dans une tribune adressée au « Moniteur », Alain Sarfati déplore une idée qui a germé dans « la précipitation » face à l’urgence climatique.

 

La ville de Paris propose « quatre forêts urbaines » pour améliorer les conditions de vie des Parisiens qui vont souffrir du réchauffement climatique annoncé par les experts du GIEC. Ils prédisent des pointes de 50°C, à l’horizon 2050. Si les prévisions se révélaient justes, la ville serait tout simplement invivable, avec ou sans forêt.

Dans ces conditions, on comprend l’inquiétude des édiles mais la précipitation n’est pas bonne conseillère. On savait déjà que l’arbre pouvait cacher la forêt, mais on ne savait pas que la forêt pouvait cacher la ville. La cacher parce qu’on la déteste ? Dans quelles conditions, à partir de quelle taille une forêt pourrait-elle être urbaine ? Mieux que quatre « forêts », j’aurais préféré que l’on se mette en situation de dire : plus une rue de Paris sans un arbre en pleine terre, plus une perspective sans son feuillage. Pas une utopie mais un regard attentif sur chaque lieu, dans chaque situation différente, de quoi concerner tout le monde.

Palmiers à tous les coins de rue

L’amour de la ville, celui de Paris, la plus belle ville du monde, devrait nous rendre plutôt fiers et devrait nous éviter de tomber dans les pièges triviaux : faire revenir la nature dans la ville, ou, transformer la ville en campagne à défaut de construire les villes à la campagne. Le problème de Paris est économique et social et non pas la plantation d’oliviers, de palmiers ou de magnolias en bac à tous les coins de rue. A quand une nouvelle association de bien-pensants pour arrêter la souffrance et la maltraitance des végétaux en ville ? Réchauffement climatique ou pas, on peut affirmer que dans 10 ans il n’y aura plus aucune place pour les véhicules automobiles individuels dans Paris et cela est inéluctable. C’est la logique des choses de la ville moderne. L’urgence n’est pas pour 2050, elle est pour aujourd’hui : construire des parcs de stationnement à toutes les entrées de la capitale, prévoir les « mobilités douces », moderniser les transports en commun.

A un an des élections municipales, le projet proposé n’est pas clair, plutôt obscur : quatre forêts urbaines dont la totalité de surface serait équivalente à la place des Vosges. Pour améliorer l’air de Paris ? Pour apaiser l’angoisse des conducteurs désespérés, coincés dans les embouteillages ? Pour améliorer la température ressentie ? Il s’agit de détruire l’atmosphère de Paris au prétexte de réduire la pollution, pollution qui sera réduite de facto par l’abandon des véhicules à moteurs thermiques à court terme… avant même que les végétaux n’aient eu le temps de se développer.

Rien à envier à Berlin

Pourtant la question existe, la surface de l’espace alloué à l’automobile se réduit : quelle nouvelle allocation peut-on proposer ? Il est évidemment difficile de proposer un projet qui plaise à tout le monde, celui-ci plaira à ceux qui détestent la ville, ceux qui ne la regardent pas et qui rêvent de vivre à la campagne. Nous sommes dans une totale uniformisation, l’uniformisation des façades végétalisées, bientôt nous n’aurons plus le choix. Les Parisiens qui veulent de la forêt peuvent aller en forêt, personne ne les en empêche. Croire que quelques plantations vont changer la température ambiante est assez naïf, elles changeront juste l’atmosphère urbaine. Et Paris ne sera plus Paris. J’aime Paris parce qu’elle est différente, c’est la ville qui a inventé, avec Alphand, l’arbre d’alignement. L’avenue de l’Opéra a été préservée, mais elle est l’unique avenue à ne pas avoir d’arbres et ce volontairement, pour que l’on puisse admirer la perspective sur le palais Garnier.

Il faut absolument s’élever contre les faux projets : Paris n’a rien à envier aux villes vertes que sont Berlin, Stockholm ou Washington. Nous offrons un autre paysage et c’est lui qu’il convient de comprendre, de développer, de promouvoir.

Commentaires

« Croire que les forêts urbaines vont changer la température ambiante est naïf»

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urbanIT

05/07/2019 16h:05

l'urbanité est une vertu, la beauté certainement aussi...très bien décrite par Sarfati , non seulement j'adhère à son propos, mais n'imagine pas un instant apprécier l'urbanité grâce à ce qui ne l'est pas, laissons le subtil mélange à sa logique de conception, tous les espaces urbains ne peuvent être " fleuris" ...quelle "Piazza" y survivrait dans nos cultures de l'ombre et de la lumière !!!

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amandier

05/07/2019 16h:36

Il est heureux que des personnalités de l'architecture expriment clairement des idées simples; puissent nos politiciens et politiciennes entendre ces propos pleins de bon sens et proposer enfin des solutions pérennes qui ne soient pas le fruit de calculs politiques en vue des prochaines élections municipales.Merci M. Sarfati d'avoir dit ce que beaucoup pensent tout bas, sans pouvoir être écoutés.

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fraisse

05/07/2019 17h:21

Enfin une pensée raisonnée et amoureuse de paaris contre le simplisme ecolo-bobo-cucul

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MIDE

05/07/2019 18h:17

je suis d'accord avec Sarfati notamment sur le fait de retrouver dans les villes les arbres d'alignement ou pas dans les rues et places et en pleine terre ; merci pour les magnolia en bac initiés par un paysagiste au parc Citroen et qui ont fait tache d'huile à travers la France ! Des arbres oui pour créer des ambiances, une sensation de fraicheur, des ombrages surtout sur parkings ! Et faisons participer les riverains au végétal sur le domaine public (non sur les façades avec engrais et goutte à goutte)

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Juan

05/07/2019 20h:33

Peut il prendre la retraite et laisser des architectes compétents prendre le sujet en main?

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Michèle Bonnier

06/07/2019 07h:59

Bonjour Je suis tout-à-fait d'accord avec ce commentaire. Restons lucides, planter une forêt à Paris, étant donnée la nature du sous-sol (canalisations, matériaux divers, sol compacté bloquant l'expansion des racines …) n'est pas réaliste Je conseille de lire " La vie secrète des arbres" de Peter Wohlleben, et en particulier le chapitre " les enfants des rues ".

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Pbracco1417

07/07/2019 14h:47

Quelques milliers de m2 d’espaces végétalisés supplémentaires dans Paris ne va pas changer le climat, mais c’est un début dans la bonne direction. Rappelez vous de l’histoire du colibri qui veut éteindre l’incendie avec quelques gouttes d’eau, … il apporte sa contribution alors que les autres ne font rien. Il ne faut pas dénaturer le patrimoine architectural et urbain parisien, mais les banlieues doivent être repensées complètement pour que le végétal l’emporte sur le minéral. N’en déplaise à certains scientifiques la déforestation pour construire, faire des routes, faire de l’agriculture intensive, … est la principale raison du réchauffement climatique, bien davantage que la pollution. La température dans un sous bois dans Paris est inférieure de plus de 10° à celle d’un parking goudronné en plein soleil. Cela n’interpelle personne. Respecter la nature et notre planète ne coute rien, il suffit de bien raisonner. Planter des arbres de façon massive partout où cela est possible est notre devoir. Cela coute beaucoup moins cher que l’électricité qu’il faut consommer pour alimenter la climatisation. La planète ne nous appartient pas, nous l’empruntons aux milliards d’enfants qui naîtront dans les millénaires à venir. Nous devons maintenir ce patrimoine unique et miraculeux dans l’univers, et préserver les ressources naturelles dont il dispose. Il est temps de tout recycler et de stopper le gaspillage. Par exemple brûler du pétrole est inacceptable, les résidus de débroussaillage devraient être mis en compost plutôt que brûlés. Il faut interdire les pesticides, les engrais non naturel, la vente de produits alimentaires dénaturés, tout cela nous est imposé sans concertation et les politiques désavoués en sont responsables. www.philippebracco.com

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Archi

08/07/2019 11h:59

Ah, les archis qui ont du mal à évoluer Ah, les archis qui ont peur de ne plus pouvoir couler de béton partout Ah, les archis qui veulent surtout que rien ne bougeTriste

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Cheval

08/07/2019 17h:02

Bravo Alain Toujours une analyse critiques juste Un petit coucou d'Ethiopie Philippe jaouen

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Jungmee

08/07/2019 21h:50

Bonjour,Je suis ravie au bon sens et on ne manque pas d'informations. Il est vrai que les reculs sont plutôt rares ou non partagés, ou bien encore non médiatisés. Bien au contraire que des diffusions que la végétalisation est la solution miracle, les appâts de gains, les intérêts, les inerties et la population, béni oui oui (sans désinvolture). Il suffit d'observer sur Linkedin. Je suis jardinière (pro) de Dame Nature, grande tristesse dans son ensemble. Ravie de lire pour la première fois une personne qui parle de la souffrance du végétal qu'on malmène, j'ai beau en parler on me boude, on m'écarte. Pour finir le nombrilisme Français est inquiétant, c'est un problème mondial et global et on ne parle que de Paris ! Cordialement

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Damien Tron

12/07/2019 09h:06

Cher confrère, je ne partage pas ton point de vue. L'urgence climatique, ou plutôt environnementale, car la dimension climatique n'en est qu'une des dimensions, oblige à envisager toutes les solutions. Celle de mettre des arbres en ville a fait ses preuves, dans les rue concernées, l’îlot de chaleur est réduit de 3 à 5°. C'est très loin d'être négligeable. Si cette adaptation urbaine permet à quelques milliers de logements de mieux vivre les canicules et de ne pas s'équiper de climatisation gourmandes en énergie et rejetant encore plus de chaleur en ville, c'est encore ça de gagné. Aujourd'hui, on connaît la fragilité d'un alignement d'arbres tous identiques, si une maladie arrive, elle se propage immédiatement d'un bout à l'autre de la voie. Alors qu'une variété d'essence ralentit, voire stoppe la propagation de celle-ci. Rendre une petite part du sol non-étanche, pour infiltrer un peu d'eau, peut aussi être efficace. On sait que 5% de véhicules en moins réduit de 20% les embouteillages, on peut imaginer que 5% d'eau de pluie (d'orage) en moins dans les stations d'épuration, réduise les dysfonctionnement de celles-ci par très fortes précipitations. Par ailleurs, Paris a toujours évolué, faut-il dire que Haussmann l'a défigurée? Non, bien sûr, même s'il l'a beaucoup détruit, transformé sa structure urbaine. J’aime aussi Paris, j’aime que la ville évolue, mais j’espère avant tout qu’on se mobilise tout azimuthe pour limiter la catastrophe environnementale. Au-delà, je pense que l’urgence est telle qu’il faut rendre obligatoire la rénovation énergétique des immeubles en copropriété, quitte à créer un organisme qui fasse d’office les travaux aux frais des copropriétaires (ou de la commune pour les équipements publiques, des entreprises pour les immeubles tertiaires...) Bien à toi Damien Tron

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Coco

18/07/2019 17h:12

Merci cher confrère de cette prise de position , on l'on voit que sous couvert de lutte contre le réchauffement climatique , on est prêt à oublier que les rapports "pleins vides" de la ville sont une des spécificité de la qualité des espaces Parisiens ... A quand une forêt place du Panthéon , place de la Concorde , place du palais royal , etc .... Un investissement fort sur le parc doux des transports urbains ,des véhicules techniques de la ville , la limitation de la taille des véhicules de livraison , la diminution de la vitesse aurait un effet bien plus radical sur la température et la qualité de l'air que quelques arbres dans un sous sol occupé .

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Robert Lugné

19/07/2019 10h:42

NAIF est de croire que la ville peut faire l’économie de sa remise en question face au changement climatique. La ville s’est construite, par nature, en opposition à la nature. Celle-ci lui indique aujourd’hui sa limite. Les villes salvatrices de demain seront végétales. D’ailleurs, elles ne s’appelleront plus des villes.C’est là que peut se trouver le génie de l’architecte s’il veut faire œuvre avec son temps. Il est heureux que le politique lui tende la main. L’idée de la forêt urbaine est une bonne idée. Puissent les architectes, les urbanistes, les ingénieurs, les paysagistes et toutes les autres professions de l’art de bâtir s’en saisir pour la rendre intelligente, viable et humaine.Ne nous voilons pas la face, aujourd’hui construire pollue et la responsabilité des architectes est de ce fait immense. En attendant les inventions du futur, le végétal est sans doute notre meilleur allié. Redécouvrons la richesse du sol originel et plutôt que de l’ignorer, ayons la courtoisie de l’élever quand nous prenons sa place. Donnons à la 5e façade ce sol que nous ne voulions plus voir. Tout comme les forêts urbaines, les jardins sur les toits sont l’avenir des villes. Ils nous procureront le bien-être, la fraicheur, la biodiversité, la nourriture et la convivialité dont nous avons tant besoin.

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