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Création d’entreprise L’incubateur, un cocon pour démarrer son entreprise
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Création d’entreprise L’incubateur, un cocon pour démarrer son entreprise

Stéphane Régy |  le 17/04/2009  |  EntreprisesArchitectureAménagementTechniqueInnovation

Conseils stratégiques, aide au financement, mise à disposition de locaux et de laboratoires… Ces structures d’appui à l’entrepreneuriat peuvent apporter beaucoup aux porteurs de projets innovants.

«On n’est jamais trop entourés ! », s’exclame Damien Lambert, l’un des fondateurs de l’entreprise Amoès. Lorsqu’ils ont choisi en 2007 de transformer leur prototype de chaudière à bois innovante en projet d’entreprise, ce jeune entrepreneur et ses trois associés ont cherché du soutien. Ils en ont trouvé chez l’incubateur parisien Agoranov, ainsi que dans la structure d’incubation de l’Ecole centrale de Paris, où ils faisaient leurs études. Deux ans plus tard, ils sont ravis. Au point d’avouer une certaine inquiétude au moment de quitter les deux incubateurs et de voler de leurs propres ailes. « C’est un peu angoissant de quitter ce cocon », avoue Damien Lambert.

Créés par la loi sur l’innovation et la recherche du 12 juillet 1999, les incubateurs se présentent en effet comme des structures d’appui à la création d’entreprises innovantes. « Notre but consiste à mettre les entrepreneurs dans les meilleures conditions possibles pour réussir. Lorsqu’ils sortent de notre structure, ils doivent être aptes à éviter les principaux pièges inhérents à la création d’entreprise. On pourrait comparer cela à l’acquisition d’un permis de conduire une entreprise », explique Philippe Gangneux, dirigeant de Senari Incubation (Haute-Normandie). Qu’ils dépendent du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ou qu’ils émanent de structures privées, ces organismes s’adossent à des centres de formation pointus : université, grande école…

Une aide à la prise de décision

Durant les trois ans environ que dure leur incubation, les porteurs de projet accueillis dans ces structures bénéficient d’une aide multiple. Premier service proposé, l’hébergement. Dans la majeure partie des cas, les incubateurs mettent à disposition des entrepreneurs des locaux, du matériel informatique, ou des laboratoires de recherche. « Pour quelqu’un comme moi qui n’avait pas énormément de moyens au démarrage, c’est à la fois utile et économique », se réjouit Frédéric Cordier, créateur d’Agir Acoustique et actuellement incubé chez Normandie Incubation. Deuxième atout : la possibilité de bénéficier d’aides financières. « Nous disposons d’une enveloppe d’environ 50 000 euros pour chaque projet », confirme Laurent Protin, qui dirige Normandie Incubation. En règle générale, cette somme est allouée au financement d’études de faisabilité ou à la réalisation de prototypes.

Le principal atout des structures d’incubation réside pourtant ailleurs, dans les conseils qu’elles prodiguent aux entrepreneurs hébergés. « Nous faisons un point hebdomadaire avec l’équipe de l’incubateur sur l’état d’avancement de notre projet. Cela nous permet de pointer ce qui ne va pas, de corriger certaines choses, et de gagner du temps. C’est quasiment de l’aide à la décision », illustre Dominique Sutra del Galy, qui travaille actuellement sur un projet d’éolienne urbaine au sein de l’incubateur normand. En plus d’un suivi régulier, le personnel des incubateurs – entre cinq à dix personnes en moyenne – aide les porteurs de projet à effectuer les démarches de dépôt de brevet ou à remplir les dossiers de demandes d’aides financières à l’innovation, deux processus complexes et pourtant décisifs. « Au total, chaque incubé bénéficie de 250 heures de conseil par an », résume Philippe Gangneux.

Dernier apport enfin, et non des moindres : la mise en relation des porteurs de projets avec des spécialistes de l’entrepreneuriat. « Nous faisons régulièrement venir des avocats, des experts-comptables et d’autres professionnels incontournables dans le processus de création d’entreprise », détaille ainsi Patrick Tiberghien, directeur de l’incubateur APUI, qui dépend de l’Ecole des mines de Douai.

De plus en plus de projets BTP

Pour prétendre intégrer un incubateur, une seule condition : défendre un projet innovant. « L’innovation peut être matérielle, mais elle peut aussi se retrouver dans la façon de vendre le produit, par exemple », précise Laurent Protin. La procédure d’admission, elle, se fait sur dossier dans un premier temps, puis à l’oral. « L’idéal est de déposer un dossier d’une dizaine de pages décrivant le projet, ainsi que son caractère innovant », détaille Philippe Gangneux. Les chances d’être retenu ? Elles s’élèvent environ à un tiers. « Nous bénéficions de huit places, et nous recevons environ 25 projets par an », explique Denis Guillaumin, le directeur du Polytechnicum de Marne-la-Vallée, qui accueille l’incubateur Polystart.

Les projets en relation avec le secteur du BTP recueillent de plus en plus de suffrages, alors que jusqu’ici les incubateurs étaient davantage tournés vers les filières Telecom et Biochimie. « La tendance développement durable amène des dossiers très intéressants, centrés sur les énergies alternatives, solaire et éolienne notamment », conclut Patrick Tiberghien.

« 80 % des entreprises incubées sont toujours en vie au bout de cinq ans »

Christelle Taillardat, secrétaire générale de Retis, association d’accompagnement à l’innovation.

mA quoi ressemble le paysage des incubateurs en France ?

Il existe actuellement environ 30 structures d’incubation labellisées par le ministère de la Recherche, suivant la loi Allègre du 12 juillet 1999. Parallèlement, plusieurs grandes écoles, comme dernièrement HEC ou Sciences Po, ont également créé leurs propres incubateurs privés.

Au total, on estime qu’il existerait une centaine de ces structures d’appui à l’innovation. Chaque année, environ 1 000 projets sont en incubation.

mQuel bilan tirer de ce dispositif ?

Il s’agit d’un succès incontestable. Pour preuve, 80 % des entreprises qui passent par un incubateur sont encore en vie au bout de cinq ans d’existence, alors que la moyenne nationale ne dépasse pas les 50 %.

mQue reste-t-il à améliorer dans le dispositif existant ?

Les incubateurs ne parviennent pas encore à capter le public jeune. En règle générale, les porteurs de projets incubés ont dépassé la trentaine. Pour l’heure, moins de 5 % des jeunes diplômés sortant des grandes écoles choisissent la voie de l’entrepreneuriat. C’est trop peu.

Bernard Teresinski, fondateur d’Arkhos Ingénierie « Des élèves ingénieurs m’aident à réaliser mes études »

Architecte libéral, Bernard Teresinski, 43 ans, a mis au point un outil permettant d’optimiser les performances environnementales et énergétiques des opérations immobilières et d’aménagement urbain grâce des indicateurs d’écoefficience innovants. C’est pour cela qu’il a décidé en novembre 2007 de rejoindre APUI, l’incubateur de l’Ecole des mines de Douai. « Je bénéficie ici de plusieurs avantages, notamment en termes de moyens humains. Par exemple, l’équipe de l’incubateur a mis à ma disposition six élèves ingénieurs afin de réaliser une étude de faisabilité », explique le créateur, à qui la structure d’incubation prête également des locaux sur le campus. Pour l’heure, Bernard Teresinski n’a pas encore déposé les statuts de l’entreprise qui portera son projet. « Je viens de déposer un dossier auprès de l’agence pour l’innovation Oseo afin de recueillir des aides financières et d’obtenir le label de jeune entreprise innovante », précise-t-il. A l’heure actuelle, l’entrepreneur n’a pas encore fixé non plus la date à laquelle il quittera l’incubateur.

Philippe Dhervilly, président fondateur d’ARD « Un soutien déterminant »

Incubateur ? Avant d’intégrer la structure Normandie Incubation, Philippe Dherdilly, aujourd’hui âgé de 52 ans, n’avait jamais entendu ce drôle de mot. « J’en ai entendu parler la première fois lorsque j’ai rencontré le responsable de la structure lors d’un petit-déjeuner organisé par l’agence de développement économique de Caen, en 2002. Tout ce que je savais à l’époque, c’est que j’avais besoin de soutien pour développer mon projet de mise au point de sols stabilisés naturels », explique-t-il. Cet ancien consultant en construction de golfs, qui avait auparavant travaillé dans les travaux publics, cherchait en effet des aides financières pour acquérir du matériel de recherche, ainsi qu’un carnet d’adresses suffisamment fourni pour lui faire rencontrer d’éventuels partenaires. Pari tenu. Après trois ans d’incubation, son entreprise a pris son envol, au point d’employer actuellement 12 personnes et de réaliser un chiffre d’affaires de 1,7 million d’euros.

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