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COURTRAI ET LOUVAIN La circulation guide les projets urbains en Belgique

FREDERIC FELIX |  le 09/06/2000  |  ConcoursAménagementTransportsCollectivités localesArchitecture

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A Courtrai, deux architectes italiens, Bernardo Secchi et Paola Vigano, ont conçu un plan de structure pour réorganiser les circulations dans la ville. A Louvain, l'urbaniste flamand, Marcel Smets, a proposé de constituer une nouvelle centralité de l'agglomération autour d'une gare à double entrée.

La Belgique ne fait pas exception au mouvement européen qui amène les villes, petites ou grandes, à concevoir des projets urbains. Pari difficile puisqu'il vise à resituer des projets architecturaux dans un cadre d'évolution d'ensemble. Par définition, le projet urbain se doit donc d'être à la fois souple, volontariste, c'est-à-dire porté par les élus, et, enfin, mené dans des délais raisonnables, à l'échelle d'une décennie. Depuis le début des années 90, plusieurs villes de Flandre ont entrepris cette démarche en faisant appel à des architectes internationaux. En donnant une cohérence aux différents projets d'aménagement au sein d'une même ville, des architectes de renom ont ainsi quitté le cadre du projet d'architecture pour investir celui du projet urbain.

Courtrai Du projet d'architecture au projet urbain

L'histoire de Courtrai est à ce titre exemplaire. Lorsque le maire de Courtrai, Emmanuel de Béthune, a lancé, en 1989, un concours international d'architectes pour dessiner le projet du parc technologique du « Hoog Kortrijk », il ne savait pas encore que le lauréat s'avérerait être, trois ans plus tard, l'auteur du plan d'urbanisme de sa ville. A la différence de ses concurrents, l'Italien Bernardo Secchi avait, dans son projet de parc technologique, insisté sur la mise en valeur des espaces publics entre les bâtiments destinés à accueillir des bureaux, des activités et des logements. En travaillant notamment sur les déclivités du terrain, ce souci d'un traitement d'ensemble du site avait, à l'époque, suscité le consensus non seulement du jury, mais aussi de la population. En 1992, la municipalité a alors sollicité l'architecte pour une autre mission : proposer une politique d'urbanisme à l'échelle de l'agglomération.

De nouveaux axes à la place du « ring »

Bernardo Secchi et son associée, Paola Vigano, ont élaboré un plan de structure selon une idée simple : réorganiser les circulations en réaffectant les lieux par types d'activités. Le plan de structure trace des axes nord-sud et est-ouest, évitant ainsi de boucler le « ring », les boulevards circulaires qui entourent le centre historique. « Nous avons conseillé de ne pas le terminer pour créer un axe fluide le long de la Lys », explique Bernardo Secchi. « Plus que des axes, il s'agit surtout de redonner une épaisseur où l'on trouve tous les espaces publics majeurs », renchérit Paola Vigano.

Réinvestir l'espace public

Ainsi, la séquence nord-sud part de la Grand-Place du centre historique pour aboutir au nouveau cimetière réalisé hors de l'agglomération. Là encore, Bernardo Secchi a développé sa réflexion sur les espaces publics : le nouveau cimetière est formé d'une série de gradins ouverts sur la vallée. « Ce n'est ni un parc ni un cimetière traditionnel, mais un lieu de silence qui offre un parcours amenant à la ville », décrit-il. Quant à la Grand-Place, elle a été progressivement libérée du stationnement automobile, rendant l'espace libre aux piétons et dégageant les perspectives. Hormis la Grand-Place, la place du Théâtre et le nouveau cimetière, réalisés directement par le duo Secchi/Vigano, les programmes d'aménagement suggérés par le plan de structure ont été confiés à d'autres équipes d'architectes. « Pour la plupart, les projets ont respecté les indications stratégiques », reconnaît aujourd'hui avec satisfaction Bernardo Secchi.

Louvain Le rail traité comme une rivière

Dans une démarche similaire, la ville de Louvain a fait appel, après les élections de 1995, à un architecte du cru : Marcel Smets, enseignant en architecture à l'université flamande de Leuwen. Séparée de sa banlieue par un axe ferroviaire très large, Louvain voulait recréer une centralité sur des friches industrielles pour attirer de nouveaux habitants. Le concept de projet urbain s'est, de fait, imposé par l'évidente nécessité de coordonner une kyrielle d'opérations immobilières, situées de part et d'autre de la gare. « La ligne de train est comme une grande rivière pour laquelle il faut organiser un franchissement, un paysage en pente douce et un traitement linéaire », décrit Marcel Smets. Résultat : le projet urbain de Louvain ressemble à une figure longitudinale, au centre de laquelle se trouve une nouvelle gare à double entrée.

Renverser les axes de circulation

« Cette opération doit, à elle seule, provoquer un renversement des axes de circulation : la percée est-ouest contrebalancera l'ancien axe nord-sud saturé par le trafic convergeant vers la gare », analyse Marcel Smets. Par exemple, le franchissement piéton de la gare nécessite la réalisation d'un passage souterrain élargi, faisant office de nouvelle rue entre les deux morceaux de ville. Traitée pour capter la lumière naturelle, cette nouvelle traversée (en cours de réalisation) sera également bordée de boutiques. S'agissant du trafic automobile, le plan urbain substitue au « carrefour en spaghettis » un véritable échangeur devant la gare. Les abords des voies ferrées font l'objet d'une reconquête urbaine au profit du paysage et des équipements publics. Poursuivant le concept de « rivière », un petit bois et un verger sont plantés au pied du viaduc afin de ralentir le trafic. En face, la « maison de la province », dont la construction sera entamée cet été, constituera un nouveau front bâti, privilégiant les cours intérieures et permettant de combler la déclivité entre le boulevard et les rails. D'autres opérations immobilières vont permettre de densifier le tissu urbain. Par exemple, un dépôt des chemins de fer sera transformé en une zone de logements résidentiels. Ce nouveau quartier sera directement relié au centre par des itinéraires piétons.

Les projets urbains de Louvain et de Courtrai marquent ainsi un tournant dans l'évolution de l'urbanisme en Belgique. En effet, ils relèvent davantage de la structure globale que de la programmation technocratique d'opérations qui prévalait auparavant. « La structure est ce qui permet de faire comprendre la ville », insiste Bernardo Secchi. « Le projet urbain est trop souvent présenté comme un projet d'architecture, alors que ce doit être un cadre structurant qui intervient dans une stratégie globale », renchérit Marcel Smets.

COURTRAI De nouveaux axes structurants suppléent au «ring» inachevé

PHOTOS :

LA PLACE DU THEATRE

Les espaces publics libérés du stationnement automobile offrent une nouvelle perspective qui met en valeur les équipements. Ici, le théâtre de Courtrai, construit en 1920, a conservé sa façade d'origine.

LES RUES PIETONNES

La première rue piétonne de Courtrai date de 1967. Leur réfection complète a été entamée en 1998 : consolidation du sol, nouveaux matériaux bicolores et surtout nouvelle ligne de mobilier urbain. Les bancs publics (au premier plan) sont pourvus d'un « couloir d'eau » en guise de fontaine.

LE « PLAN DE STRUCTURE »

Plutôt que d'achever le « ring » (qui forme un « U » sur le plan), Bernardo Secchi et Paola Vigano ont proposé d'aménager les axes nord-sud et est-ouest qui se croisent à la sortie de l'agglomération au niveau du parc technologique du « Hoog Kortrijk ». Pour donner de l'épaisseur à l'axe nord-sud qui traverse le centre-ville, les équipements et les espaces publics (en orangé) font l'objet de projets d'aménagement.

LA GRAND-PLACE

En forme de trapèze, la Grand-Place profite de larges perspectives. Toutes les terrasses de café ont dû se conformer à une charte graphique, imposant notamment des stores bruns à glissières. La déclivité est soulignée par de fines marches.

LE NOUVEAU CIMETIERE

Conçu par Bernardo Secchi et Paola Vigano comme un « parc du silence », le nouveau cimetière est une succession de gradins engazonnés, offrant au visiteur une nouvelle perspective sur la vallée. Située à la sortie de l'agglomération, le cimetière est une nouvelle porte de la ville, matérialisée par quelques arbres.

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LOUVAIN Une gare pour un centre-ville

PHOTO : LA RUE SOUTERRAINE EN CHANTIER

De 12 m de long et 4 m de large, le nouveau passage piétonnier percé sous les rails accueillera des boutiques s'installeront dans les larges espaces entre les piliers. Des ouvertures au plafond laissent pénétrer la lumière naturelle.

PLAN : LE PROJET AUTOUR DE LA GARE DE LOUVAIN

Le plan-masse propose une requalification des axes convergeant sur la nouvelle gare à double entrée (en jaune au centre). Chaque « rive » de l'axe ferroviaire est traitée différemment : au sud un front bâti de nouvelles constructions (dont la future « maison de la province ») ; et au nord un espace planté.

MAQUETTE : LA RECONQUETE URBAINE

Côté nord, la nouvelle entrée de la gare est au coeur d'un projet de reconquête urbaine : remise à niveau par rapport aux voies ferrées, comblement de dents creuses, aménagement de petits espaces verts (au premier plan), requalification des axes routiers. Les projets architecturaux doivent allier l'urbanisme industriel du XIXe siècle à la conception d'un nouveau centre-ville.

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