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Coopératives d’artisans : l’union fait la force

-Florent Lacas |  le 10/06/2011  |  Loire-AtlantiqueMaine-et-LoireOrneTarn

Groupement d’entreprises -

De plus en plus d’artisans se regroupent pour pouvoir répondre au marché de la maison individuelle. En s’unissant, ils mutualisent également leurs moyens.

Ces dernières années, les créations de coopératives de petites entreprises du bâtiment se sont accélérées, comme le prouvent les statistiques de la Fédération française des coopératives et groupements d’artisans (FFCGA). Entre 2007 et 2010, soixante-treize coopératives de construction ont ainsi été créées dans le bâtiment, portant leur nombre à 188 (soit une augmentation de 63 % en trois ans). Principales raisons de cet engouement : l’application plus stricte de la loi de 1990, qui oblige une entreprise à établir un contrat de construction de maison individuelle pour bâtir et des contrôles de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes plus fréquents. « Ce nouveau contexte ne permet plus aux artisans seuls de décrocher de tels marchés, souligne Anne-Marie Becker, secrétaire générale de la Fédération française des artisans coopérateurs du bâtiment. Ils sont donc incités à passer d’une profession solitaire à une profession solidaire, d’autant plus que la demande est forte sur les maisons à ossature bois. » Sur le marché de la maison neuve, la concurrence de constructeurs plus importants tend à cantonner les artisans dans des rôles de sous-traitants, moins valorisants financièrement et professionnellement. « Ce n’est pas l’artisan voisin qui fera perdre des marchés à une entreprise artisanale, mais plutôt le gros donneur d’ordre », estime de son côté Alain Bonamy, secrétaire général de la FFCGA. « Aujourd’hui, les clients veulent une offre globale, et les grands groupes sont prêts à la leur donner. Ils ne visent pas les artisans en tant que tels, mais surtout leur clientèle ! » Pour contrer cette concurrence, les petites entreprises font valoir l’atout de la proximité, de plus en plus recherchée par les clients. « Le fait que l’entreprise choisie soit basée près de chez eux est un argument commercial très fort, assure Alain Bonamy. Cela permet de répondre au besoin de sécurité, de sérénité que demandent les particuliers. »

Promouvoir la formule

Ce contexte favorable au regroupement des entreprises ne semble pas en passe de disparaître. C’est la raison pour laquelle la FFCGA et la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb) veulent promouvoir cette démarche. Ce qui peut sembler contradictoire avec une certaine vision de l’artisanat basée sur l’idée d’indépendance. « Mais le regroupement en coopérative rend l’entreprise plus indépendante, estime Alain Bonamy. L’artisan perd surtout sa liberté lorsqu’il est confiné à un rôle de sous-traitant. »

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Relation client - Proposer une offre globale clés en main

« Lorsqu’ils se font construire une maison, les particuliers veulent aujourd’hui bénéficier d’une offre globale. » C’est ce constat qui a conduit quatorze entreprises du bâtiment à se réunir, en 2005, au sein de la coopérative MA2B (Orne). « Plusieurs réunions ont été nécessaires, au départ, pour trouver les bons collègues », indique-t-on chez MA2B, dont la plupart des membres ont le label Ecoartisan. A présent, le groupement est en mesure de construire chaque année une dizaine de maisons à ossature bois basse consommation. « Les entreprises, seules, n’avaient pas la capacité de faire un contrat de construction de maison individuelle, assez compliqué à mettre en place. Elles étaient peu informées sur les assurances. » Au sein de la coopérative, deux employés ont été embauchés afin de monter les dossiers pour les clients et gérer aussi l’administratif. Tout n’a pas été sans heurts pour mettre les quatorze artisans du groupement d’accord. « Cela a été dur au début car chaque entreprise n’était pas certaine d’obtenir autant de travail que les autres. Mais l’on se rend vite compte qu’avec des personnes motivées, la coopérative devient un moyen de se donner mutuellement du travail, en restant équitable. »

Le résultat

Les artisans de ce groupement sont en mesure de construire une dizaine de maisons par an.

Recrutement - Une technico-commerciale démarche des prospects

Le groupement d’entreprises permet aux artisans, souvent concentrés sur l’aspect technique de leur métier, de mettre l’accent sur la dimension commerciale de ce même groupement. Ainsi, la coopérative Artisans d’ici (basée à Lempaut dans le département du Tarn), créée en 2010, réunit dix entreprises du bâtiment. Elle a recruté un dessinateur et une technico-commerciale. Cette dernière « est souvent en déplacement, cherche à décrocher des marchés pour le groupement, surveille les foires et les salons. Sur les travaux de rénovation, elle se rend avec le maçon chez le client puis organise, le cas échéant, un deuxième rendez-vous sur place avec tous les artisans qui vont intervenir, explique-t-on chez Artisans d’ici. C’est un concept très efficace et qui plaît. » Cette salariée technico-commerciale est payée par la coopérative, c’est-à-dire de manière mutualisée. Lorsqu’un contrat est conclu, le client peut se reposer sur le groupement qui va mener à bien les travaux. « Juridiquement, tout est bien cadré et le client sait à qui s’adresser, puisqu’il a un seul interlocuteur pour l’accompagner tout au long du projet. L’idée d’avoir affaire à un groupement d’entreprises organisé le met en confiance. » Le fait de se regrouper pour décrocher des chantiers de maison individuelle permet également de valoriser le travail des entreprises. Certaines d’entre elles avaient été contactées par des constructeurs pour jouer des rôles de sous-traitants, mais à des tarifs très bas. Au sein des Artisans d’ici, même si 30 % du chiffre d’affaires est mis en commun pour financer le groupement, les entreprises effectuent un travail qui est payé en temps et en heure, grâce au contrat de construction de maison individuelle.

Le résultat

Les clients ont un seul interlocuteur tout au long du projet.

Stratégie locale  - Créer un réseau d’artisans qui maille le territoire

Sur le département de la Loire-Atlantique, la coopérative Arboreal réunit 32 entreprises depuis fin 2008, organisées en cinq groupes de travail autonomes, capables de mener un chantier de la conception à la réalisation. « Nous organisons une réunion mensuelle afin de distribuer le travail de manière équitable à chacun des groupes », explique Christian Hervy, gérant de la SARL Hervy (charpente-menuiserie), membre d’Arboreal. L’ensemble du département est ainsi couvert par le même réseau d’artisans qui dispose d’un bureau d’études et d’une secrétaire. Cela permet de s’assurer une certaine quantité de travail tout en renforçant sa renommée locale. « Grâce à notre taille, nous avons pu être présents sur le salon de la maison bois, à Angers. Par ailleurs, l’effet de groupe crée une émulation entre les entreprises. Et permet à certaines d’entre elles, plus isolées, de se développer », détaille Christian Hervy. Le regroupement en réseau n’est pas seulement un atout en interne : le principe semble également plaire aux clients. Ces derniers « adhèrent beaucoup à l’esprit coopérative ’’, et viennent souvent vers nous pour cette raison, confirme Christian Hervy. Ils savent également que nous ne réunissons que des bons artisans, qui ont pignon sur rue, et [les clients] préfèrent travailler avec Arboreal plutôt qu’avec des constructeurs lambda. » Les questionnaires de satisfaction montrent que les clients apprécient également l’ambiance saine qui règne au sein de la coopérative, le respect entre les entreprises et envers le client. « Nous proposons une politique de prix très claire, en prenant soin de prévoir clairement, en amont, la liste de travaux à faire », ajoute Christian Hervy. Aucun risque que le particulier se retrouve, au final, avec un prix supérieur à ce qu’il avait signé.

Le résultat

Grâce à sa taille, le réseau Arboreal peut répondre aux marchés locaux.

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