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Contrôles de justification du comptable public en matière de marchés à procédure adaptée : incidences de l’arrêt du Conseil d’État du 8 février 2012, CCAS de Polaincourt

Le sous-directeur chargé de la gestion comptable et financière des collectivités locales Jean-Luc Brenner |  le 06/07/2012  | 

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Instruction n° 12-011-M0 du 30 mai 2012 Direction générale des finances publiques NOR : BUD Z 12 00029 J

La présente instruction vise à commenter l’arrêt du Conseil d’État en date du 8 février 2012 (req. n° 340698), Ministère du budget, des comptes publics et de la réforme de l’État, en ce qui concerne ses conséquences sur les modalités de contrôle des justifications des marchés publics à procédure adaptée par les comptables publics.

Cet arrêt figure en annexe n° 1 de la présente instruction alors que les conclusions du rapporteur sont reprises en annexe n° 2 car ces dernières, bien que seulement partiellement suivies par la Haute juridiction, synthétisent l’état actuel du droit fixant la portée du contrôle des pièces justificatives des dépenses par les comptables publics.

1. Rappel de la portée du contrôle des pièces justificatives des dépenses par le comptable public

La portée du contrôle des pièces justificatives a été précisée par l’instruction codificatrice n° 07-024-M0 du 30 mars 2007 commentant le décret n° 2007-450 du 25 mars 2007, dont est issue la liste en vigueur des pièces justificatives des dépenses des organismes publics locaux et hospitaliers (liste figurant en annexe I du Code général des collectivités territoriales et mentionnée par les articles L. 1617-3 et D. 1617-19 de ce même code).

À ce titre, le comptable public doit notamment vérifier non seulement la production de toutes les pièces justificatives prévues par la liste susvisée, mais aussi leur cohérence à partir de l’ensemble des éléments de droit et de fait dont il dispose (Conseil d’État, 28 juillet 2004, ministre de l’Économie contre M. DAVIAU, req. n° 244405). Comme le signalait le paragraphe 3.2.3 de l’instruction précitée de 2007, face à une situation d’incohérence des pièces qui lui sont produites, le comptable public doit « suspendre le paiement de la dépense car le juge rattache cette contradiction à l’une des causes de suspension visées aux articles 12, 13 et 37 du décret n° 62-1587 du 29 décembre 1962 ».

Dans ce contrôle de cohérence des pièces justificatives, le comptable public doit d’ailleurs interpréter les pièces justificatives dans le cadre de la réglementation en vigueur : « Pour apprécier la validité des créances, les comptables doivent exercer leur contrôle sur l’exactitude des calculs de ­liquidation et la ­production des justifications et il leur appartient d’interpréter conformément aux lois et règlements en vigueur les actes administratifs qui en sont l’origine » (Conseil d’État, 8 novembre 2000 ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie contre Mme Kammerer, req. n° 212718 : arrêt commenté par l’instruction n° 01-057 M0 du 28 juin 2001).

Dans ses conclusions sous l’arrêt précité du 8 février 2012 (cf. annexe n° 2 de la présente instruction), le rapporteur du Conseil d’État résume ainsi l’état de la jurisprudence administrative en ce domaine :

– « Le comptable doit exiger de l’ordonnateur qu’il produise les seules pièces justificatives prévues par la nomenclature, bien entendu complètes et précises, dont il doit s’assurer de la régularité formelle sans se faire juge de leur légalité, ou de celle des actes administratifs dont elles procèdent. C’est la part un peu mécanique de son pouvoir de contrôle.

– En revanche, deux degrés de liberté [lui sont reconnus] vis-à-vis des pièces justificatives : d’une part, il peut et même doit, si nécessaire, porter une appréciation juridique sur les pièces fournies, qui doivent être interprétées conformément aux lois et règlements en vigueur ; d’autre part, il doit contrôler que les pièces fournies sont cohérentes au regard de la nature et de l’objet de la ­dépense ».(1)

2. Application en l’espèce de ce cadre juridique du contrôle des pièces justificatives par le comptable public

Au titre de la vérification de la cohérence des pièces, « il revient au comptable de vérifier si les pièces fournies sont cohérentes au regard non seulement de la nature de la dépense telle qu’elle a été ordonnancée mais également de la catégorie de la dépense définie dans la nomenclature applicable » (conclusions susvisées du rapporteur).

En l’espèce, la Chambre régionale des comptes de Franche-Comté (2) a constitué le comptable débiteur envers le centre communal d’action social (CCAS) de Polaincourt pour avoir payé sur factures trois mandats correspondants à des fournitures dont les montants dépassaient le seuil de l’article 11 du Code des marchés publics au-dessus duquel le marché doit prendre la forme écrite.

Sur appel du comptable, la Cour des comptes a confirmé le débet prononcé à son encontre. La Cour a jugé que, comme « chaque ­mandat excédait le montant de 4 000 euros HT qui constituait le seuil au-delà duquel les marchés sont passés en forme écrite, selon l’article 11 du Code des marchés publics applicable au moment du paiement, le contrôle de la validité de la créance que doit exercer le comptable devait l’amener à demander la production d’un document écrit ou d’un certificat administratif à l’ordonnateur ».

En cassation, la Haute assemblée, réunie en section du contentieux, a annulé la décision de la Cour des comptes, qui, « en fondant son arrêt sur le fait que M. A, comptable du centre d’action sociale de Polaincourt, s’est à tort abstenu d’exiger avant tout paiement de la dépense, dès lors que les factures présentées étaient chacune d’un montant supérieur à 4 000 euros, la production d’un contrat écrit, sans rechercher si le comptable avait demandé et obtenu de l’ordonnateur un certificat par lequel ce dernier engageait sa responsabilité en justifiant l’absence de contrat écrit, […] a commis une erreur de droit […] ».

En l’espèce, le Conseil d’État constate que le comptable public se trouvait dans un cas d’incohérence des pièces justificatives qui lui étaient produites et qu’il lui appartenait donc de suspendre le paiement et demander à l’ordonnateur la production des justifications nécessaires. Toutefois, et c’est l’originalité de cette jurisprudence, dès lors que l’ordonnateur lui a produit un certificat administratif par lequel il déclare avoir passé un contrat oral, le comptable doit payer la dépense.

3. Il ne s’agit donc pas d’un revirement de jurisprudence sur la portée des contrôles des comptables publics

3.1. Le Conseil d’État confirme que le comptable public ne peut subordonner ses actes de paiement à une appréciation de la légalité interne des pièces justificatives qui lui sont produites

Les comptables publics sont personnellement et pécuniairement responsables des contrôles qu’ils effectuent sur les dépenses sur le fondement des articles 12 et 13 du décret du 29 décembre 1962 modifié portant règlement général sur la comptabilité publique. En vertu de l’article 12 précité, les comptables sont tenus d’exercer, en matière de dépenses, le contrôle de la qualité de l’ordonnateur, de la disponibilité des crédits, « de l’exacte imputation des dépenses aux chapitres qu’elles concernent selon leur nature ou leur objet », « de la validité de créance, dans les conditions prévues à l’article 13 ». Ce dernier article précise que, s’agissant de la validité de la créance, « le contrôle porte sur la justification du service fait et l’exactitude des calculs de liquidation », ainsi que sur « l’intervention des contrôles préalables et la production des justifications […] ».

Ces règles sont claires : le comptable contrôle la régularité de la dépense telle qu’elle lui est produite par l’ordonnateur sans avoir à en apprécier ni la légalité ni l’opportunité ou l’utilité. Le Conseil d’État a développé une jurisprudence abondante sur l’étendue et les limites du contrôle de la validité de la créance par le comptable. La position de la Haute assemblée est constante puisqu’elle juge, depuis la décision Ministre de l’Économie et des Finances C/ Balme, que, « pour apprécier la validité des créances, les comptables doivent exercer leur contrôle sur la production des justifications mais n’ont pas le pouvoir de se faire juges de la légalité des décisions administratives » (3).

Ce principe est clairement réaffirmé par l’arrêt du Conseil d’État du 8 février 2012 (req. n° 340698) : « Si le contrôle [de la validité de la créance] peut conduire les comptables à porter une appréciation juridique sur les actes administratifs à l’origine de la créance et s’il leur appartient d’en donner une interprétation conforme à la réglementation en vigueur, ils n’ont pas le pouvoir de se faire juges de leur légalité ». Dans un autre arrêt du même jour (4), il l’a répété : « En reprochant au comptable de ne pas avoir suspendu le paiement des sommes litigieuses au seul motif que les bons de commande étaient d’une date postérieure à celles des factures qui se rattachaient à eux, le juge des comptes a en réalité exigé du comptable qu’il exerce un contrôle de légalité sur les pièces justificatives fournies par l’ordonnateur ».

Il convient aussi de rappeler que « le comptable d’une commune, d’un département ou d’une région ne peut subordonner ses actes de paiement à une appréciation de l’opportunité des décisions prises par l’ordonnateur. Il ne peut soumettre les mêmes actes qu’au contrôle de ­légalité qu’impose l’exercice de sa responsabilité personnelle et pécuniaire. Il est tenu de motiver la suspension du paiement » (article L. 1617-2 du Code général des collectivités territoriales) (5).

3.2. Le Conseil d’État confirme également que le comptable public n’a pas à contrôler la légalité du mode de passation d’un marché public

Le premier alinéa de l’article 11 du Code des marchés publics en vigueur dispose que « les marchés et accords-cadres d’un montant égal ou supérieur à 15 000 euros HT sont passés sous forme écrite » (seuil issu du décret n° 2011-1853 du 9 décembre 2011).

L’article 118 de la loi n° 2012-387 du 22 mars 2012 a inséré l’article 19-1 suivant à la loi n° 93-122 du 29 janvier 1993 relative à la prévention de la corruption et à la transparence de la vie économique et des procédures publiques : « Le pouvoir adjudicateur soumis au Code des marchés publics peut décider de passer un marché public ou un accord-cadre sans publicité ni mise en concurrence préalables, au sens des règles de la commande publique, si le montant estimé de ce marché ou de cet accord-cadre est inférieur à 15 000 euros hors taxes. Lorsqu’il fait usage de la faculté offerte par le premier alinéa, le pouvoir adjudicateur veille à choisir une offre répondant de manière pertinente au besoin, à faire une bonne utilisation des deniers publics et à ne pas contracter systématiquement avec un même prestataire lorsqu’il existe une pluralité d’offres potentielles susceptibles de répondre au besoin ».

Dans son arrêt du 8 février 2012 (req. n° 340698), le Conseil d’État confirme que le comptable doit interpréter une justification de la dépense qui lui est produite nécessairement en vertu de la réglementation applicable, en l’espèce le Code des marchés publics : « La nomenclature des pièces justificatives dont les comptables des collectivités territoriales et de leurs établissements publics doivent exiger la production doit être regardée comme se référant, pour déterminer les cas dans lesquels les marchés doivent faire l’objet d’un contrat écrit, aux dispositions de l’article 11 du Code des marchés publics ».

Au cas d’espèce, la Cour des comptes avait engagé la responsabilité du comptable pour avoir réglé trois factures d’un montant excédant chacune le seuil fixé à l’article 11 du Code des marchés publics, à partir duquel un marché ou un accord-cadre est passé sous forme écrite. Toute la question était de savoir si l’application correcte de cette disposition par l’ordonnateur de la dépense relevait du contrôle de la validité de la créance, que le comptable est tenu d’exercer, ou de la légalité de la décision de passation du marché, qu’il n’a pas le pouvoir de vérifier. La Haute Assemblée a retenu la première branche de l’alternative : « Lorsque la dépense est présentée par l’ordonnateur, sous sa seule responsabilité, sous la forme d’un marché public sans formalités préalables, et que la facture produite fait état d’un montant égal ou supérieur à 4 000 euros hors taxes, sans qu’un contrat écrit ne soit produit pour justifier la dépense engagée, il appartient au comptable de suspendre le paiement et de demander à l’ordonnateur la production des justifications nécessaires. En revanche, dès lors que l’ordonnateur a produit, en réponse à cette demande, un certificat administratif par lequel il déclare avoir passé un contrat oral et prend la responsabilité de l’absence de contrat écrit, il appartient au comptable, qui n’a pas à se faire juge de la légalité de la passation du marché en cause, de payer la dépense. »

Ainsi, le Conseil d’État rappelle que la dépense est présentée sous la seule responsabilité de l’ordonnateur sous la forme d’un marché sans formalités préalables (aujourd’hui « marché passé selon une procédure adaptée (6) » ). Il considère, par ailleurs, que les pièces présentées au comptable étaient incohérentes et que ce dernier aurait dû suspendre le paiement des mandats considérés. Dans l’hypothèse où l’ordonnateur lui aurait ensuite produit un certificat administratif attestant l’absence de tout contrat écrit au motif que le marché avait été passé par oral, le comptable, qui n’est pas juge de la légalité de la passation du marché en cause, aurait dû procéder au règlement de la dépense.

4. Les catégories de dépenses de la liste des pièces justificatives relatives aux marchés publics doivent être interprétées à la lecture de la réglementation en vigueur de la commande publique

Il ressort de la jurisprudence du Conseil d’État l’obligation pour le comptable d’apprécier la cohérence des pièces justificatives de la dépense au regard de la réglementation en vigueur. Ce faisant, le Conseil d’État établit clairement le lien entre la liste des pièces justificatives et le Code des marchés publics. Les rubriques de la liste doivent, en effet, nécessairement correspondre aux notions juridiques auxquelles elles se ­rapportent.

Ainsi, lorsque la liste des pièces justificatives actuellement en vigueur, issue du décret du 25 mars 2007, distingue les « prestations fixées par contrat » (sous-rubrique 423) des « autres prestations », il convient de l’interpréter comme se référant aux dispositions de l’article 11 du Code des marchés publics, en vertu desquelles, dans leur rédaction actuelle, « les marchés et accords-cadres d’un montant égal ou supérieur à 15 000 euros HT sont passés sous forme écrite ».

5. Au cas d’espèce, la production du certificat administratif s’analyse comme une réponse possible à l’incohérence des pièces justificatives et non pas comme une modification de la liste des pièces justicatives par le juge

Ce certificat administratif par lequel l’ordonnateur certifie avoir passé un contrat oral n’est pas une pièce justificative à produire systématiquement par l’ordonnateur mais à la demande du comptable constatant une incohérence des pièces.

À l’instar d’une réquisition de paiement, elle fait endosser la responsabilité du paiement par l’ordonnateur au lieu du comptable, dispensant de fait celui-ci d’obtenir la pièce justificative appropriée, qui, en l’occurrence, serait le « contrat » au sens large, c’est-à-dire le document écrit portant commande au titre du marché à procédure adaptée.

En outre, l’instruction n° 07-024-M0 du 30 mars 2007 commentant la liste des pièces justificatives des dépenses du secteur public local précise « que la production de certificats administratifs ne saurait valablement se substituer à une pièce justificative prévue par la liste des pièces justificatives. La production d’un certificat administratif en substitution d’une pièce justificative s’analyse comme l’absence de production de cette dernière. Dans ce dernier cas, les comptables doivent suspendre le paiement pour ­absence ou insuffisance de pièces justificatives »..

En tout état de cause, il ne peut être juridiquement déduit de cette jurisprudence qu’elle modifie la liste des pièces justificatives en vigueur concernant les marchés à procédure adaptée. Elle ne fait que préciser l’attitude attendue du comptable en cas d’incohérence et donc d’insuffisance des pièces énumérées par cette même liste.

6. Cet arrêt précise l’attitude à adopter par les comptables à l’égard des marchés publics non écrits d’un montant égal ou supérieur au seuil de l’article 11 du Code des marchés publics

L’arrêt du Conseil d’État en date du 8 février 2012 (req. n° 340698), Ministère du budget, des comptes publics et de la réforme de l’État précise que le comptable public à qui n’est pas produit un contrat écrit pour un marché public d’un montant supérieur au seuil fixé par l’article 11 du Code des marchés publics (15 000 euros HT actuellement) doit signaler à l’ordonnateur l’insuffisance des pièces. Dans ce cas, il ne peut payer la dépense correspondante, sans engager sa responsabilité personnelle et pécuniaire, que sur la ­production d’un certificat administratif de l’ordonnateur attestant l’absence de conclusion d’un contrat écrit.

Ainsi, pour les marchés publics à procédure adaptée d’un montant égal ou supérieur au seuil fixé par l’article 11 du Code des marchés publics (7), doit être produit au comptable public, conformément à l’analyse du juge, le contrat écrit au sens large, c’est-à-dire le document écrit de passation. À défaut, un certificat administratif par lequel l’ordonnateur prend la responsabilité de l’absence de marché écrit, permet au comptable, qui n’est pas juge de la légalité de la passation du marché, de procéder au règlement du mandat de dépense.

Toute difficulté d’application pourra être portée à la connaissance de la direction générale des Finances publiques, sous le timbre du bureau CL-1A.

Annexe n° 1

Arrêt du Conseil d’État n° 340698 du 8 février 2012 (CCAS de Polaincourt)

Publié au recueil Lebon

Section du Contentieux

M. Bernard Stirn, président

M. Raphaël Chambon, rapporteur

M. Xavier de Lesquen, rapporteur public

Lecture du mercredi 8 février 2012

République française

Au nom du peuple français

Vu le pourvoi, enregistré le 18 juin 2010 au secrétariat du contentieux du Conseil d’État, présenté par le Ministre du budget, des comptes publics et de la réforme de l’État ; le ministre demande au Conseil d’État d’annuler l’arrêt n° 57767 du 6 mai 2010 par lequel la Cour des comptes a confirmé le jugement du 30 avril 2009 de la chambre régionale des comptes de Franche-Comté, qui avait constitué M. A débiteur ­envers le centre communal d’action sociale de Polaincourt, au titre de l’exercice 2006, de la somme de 15 238,55 euros augmentée des intérêts de droit ;

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code général des collectivités territoriales ;

Vu le code des juridictions financières ;

Vu le code des marchés publics ;

Vu la loi n° 63-156 du 23 février 1963 ;

Vu le décret n° 62-1587 du 29 décembre 1962 ;

Vu le décret n° 2003-301 du 2 avril 2003 ;

Vu le décret n° 2006-975 du 1er août 2006 ;

Vu le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique :

I. le rapport de M. Raphaël Chambon, Auditeur-rapporteur ;

II. les conclusions de M. Xavier de Lesquen, rapporteur public ;

Considérant qu’en vertu de l’article 60 de la loi de finances du 23 février 1963, la responsabilité personnelle et pécuniaire des comptables publics se trouve engagée dès lors notamment qu’une dépense a été irrégulièrement payée ; que selon le VI de l’article 60, le comptable public dont la responsabilité pécuniaire est ainsi engagée ou mise en jeu a l’obligation de verser immédiatement de ses deniers personnels une somme égale à la dépense payée à tort ; que s’il n’a pas versé cette somme, il peut être, selon le VII de l’article 60, constitué en débet par le juge des comptes ; que s’agissant des comptables locaux, l’article L. 1617-2 du code général des collectivités territoriales dispose que : Le comptable d’une commune, d’un département ou d’une région ne peut subordonner ses actes de paiement à une appréciation de l’opportunité des décisions prises par l’ordonnateur. Il ne peut soumettre les mêmes actes qu’au contrôle de légalité qu’impose l’exercice de sa responsabilité personnelle et pécuniaire ;

Considérant, en premier lieu, qu’en vertu de l’article 19 du décret du 29 décembre 1962 portant règlement général sur la comptabilité publique, les comptables publics sont, dans les conditions fixées par les lois de finances, personnellement et pécuniairement responsables de l’exercice régulier des contrôles prévus aux articles 12 et 13 ; qu’aux termes de l’article 12 de ce décret : « Les comptables sont tenus d’exercer : (…) / B. – En matière de dépenses, le contrôle : / (…) De la validité de la créance dans les conditions prévues à l’article 13 ci-après (…) ; que l’article 13 du même décret dispose que : En ce qui concerne la validité de la créance, le contrôle porte sur : / La justification du service fait et l’exactitude des calculs de liquidation ; / L’intervention préalable des contrôles réglementaires et la production des justifications (…) » ; qu’aux termes de l’article 37 du même décret : « Lorsque, à l’occasion de l’exercice du contrôle prévu à l’article 12 (alinéa B) ci-dessus, des irrégularités sont constatées, les comptables publics suspendent les paiements et en informent l’ordonnateur (…) » ; qu’en vertu de l’article 47 du même décret, les opérations de dépense doivent être appuyées des pièces justificatives prévues dans les nomenclatures établies par le ministre des finances avec, le cas échéant, l’accord du ministre ­intéressé ;

Considérant qu’il résulte de ces dispositions que, pour apprécier la validité des créances, les comptables doivent notamment exercer leur contrôle sur la production des justifications ; qu’à ce titre, il leur revient d’apprécier si les pièces fournies présentent un caractère suffisant pour justifier la dépense engagée ; que pour établir ce caractère suffisant, il leur appartient de vérifier, en premier lieu, si l’ensemble des pièces requises au titre de la nomenclature comptable applicable leur ont été fournies et, en deuxième lieu, si ces pièces sont, d’une part, complètes et précises, d’autre part, cohérentes au regard de la catégorie de la dépense définie dans la nomenclature applicable et de la nature et de l’objet de la dépense telle qu’elle a été ordonnancée ; que si ce contrôle peut conduire les comptables à porter une appréciation juridique sur les actes administratifs à l’origine de la créance et s’il leur appartient alors d’en donner une interprétation conforme à la réglementation en vigueur, ils n’ont pas le pouvoir de se faire juges de leur légalité ; qu’enfin, lorsque les pièces justificatives fournies sont insuffisantes pour établir la validité de la créance, il appartient aux comptables de suspendre le paiement jusqu’à ce que l’ordonnateur leur ait produit les justifications ­nécessaires ;

Considérant, en second lieu, d’une part, que selon le dernier alinéa de l’article L. 1617-3 du code général des collectivités territoriales : La liste des pièces justificatives que le comptable peut exiger avant de procéder au paiement est fixée par décret ; qu’aux termes de l’article D. 1617-19 du même code dans sa rédaction applicable au litige : « Avant de procéder au paiement d’une dépense ne faisant pas l’objet d’un ordre de réquisition, les comptables des communes, des départements, des régions et de leurs établissements publics (…) ne doivent exiger que les pièces justificatives prévues pour la dépense correspondante dans la liste définie à l’annexe I du présent code et établie conformément à celle-ci » ; que la liste des pièces justificatives figurant à l’annexe I du code général des collectivités territoriales était, à la date des paiements litigieux, fixée par le décret n° 2003-301 du 2 avril 2003 ; que le point 41 de cette annexe, relatif aux travaux, fournitures ou services entrant dans le champ d’application du code des marchés publics, dans sa rédaction issue de ce décret, précise que : « La dépense est ­présentée sous la seule ­responsabilité de l’ordonnateur selon l’une des modalités suivantes : / marché public sans formalités préalables : / - ne faisant pas l’objet d’un contrat écrit ; / - faisant l’objet d’un contrat écrit ; / marché public avec formalités préalables » ; que pour les dépenses présentées par l’ordonnateur comme correspondant à un marché public passé sans formalités préalables ne faisant pas l’objet d’un contrat écrit, les pièces justificatives exigées sont : mémoire ou facture comportant les énonciations définies en annexe C ; que pour les dépenses présentées par l’ordonnateur comme correspondant à un marché public passé sans formalités préalables faisant l’objet d’un contrat écrit, l’ordonnateur doit en outre produire, lors du premier paiement, le contrat ;

Considérant, d’autre part, qu’aux termes de l’article 11 du code des marchés publics issu du décret du 1er août 2006 et en vigueur depuis le 1er septembre 2006, dans sa rédaction alors applicable : « Les marchés et accords-cadres d’un montant égal ou supérieur à 4 000 euros hors taxes sont passés sous forme écrite (…) » ;

Considérant qu’il résulte des dispositions citées ci-dessus que lorsqu’elle distingue, parmi les marchés publics sans formalités préalables, entre ceux faisant l’objet d’un contrat écrit et ceux ne faisant pas l’objet d’un tel contrat, la nomenclature des pièces justificatives dont les comptables des collectivités territoriales et de leurs établissements publics doivent exiger la production doit être regardée comme se référant, pour déterminer les cas dans lesquels les marchés doivent faire l’objet d’un contrat écrit, aux dispositions de l’article 11 du code des marchés publics en vertu desquelles, dans leur rédaction alors applicable, les marchés d’un montant égal ou supérieur à 4 000 euros doivent être passés sous forme écrite ; qu’il suit de là que lorsque la dépense est présentée par l’ordonnateur, sous sa seule responsabilité, sous la forme d’un marché public sans formalités préalables et que la facture produite fait état d’un montant égal ou supérieur à 4 000 euros hors taxes, sans qu’un contrat écrit ne soit produit pour justifier la dépense engagée, il appartient au comptable, devant cette insuffisance apparente des pièces produites pour justifier la dépense correspondant à un marché public sans formalités préalables faisant nécessairement l’objet d’un contrat écrit en vertu de la réglementation applicable, de suspendre le paiement et de demander à l’ordonnateur la production des justifications nécessaires ; qu’en revanche, dès lors que l’ordonnateur a produit, en réponse à cette demande, un certificat administratif par lequel il déclare avoir passé un contrat oral et prend la responsabilité de l’absence de contrat écrit, il appartient au comptable, qui n’a pas à se faire juge de la légalité de la passation du marché en cause, de payer la dépense ;

Considérant qu’il ressort des pièces du dossier soumis aux juges du fond que la dépense relative à des prestations de livraison de repas au foyer des personnes âgées du centre communal d’action sociale de Polaincourt avait été présentée par l’ordonnateur sous la forme d’un marché public sans formalités préalables et justifiée par la seule production de factures, établies à l’automne 2006, dont chacune était d’un montant supérieur à 4 000 euros, seuil qui, depuis l’entrée en vigueur du code des marchés publics de 2006 et dans la version alors applicable de l’article 11 de ce code, rendait obligatoire la passation du marché sous forme écrite ; qu’en fondant son arrêt sur le fait que M. A, comptable du centre communal d’action sociale de Polaincourt, s’est à tort abstenu d’exiger avant tout paiement de la dépense, dès lors que les factures présentées étaient chacune d’un montant supérieur à 4 000 euros, la production d’un contrat écrit, sans rechercher si le comptable avait demandé et obtenu de l’ordonnateur un certificat par lequel ce dernier engageait sa responsabilité en justifiant l’absence de contrat écrit, la Cour des comptes a commis une erreur de droit ; que son arrêt doit, dès lors, être annulé ;

Décide :

Article 1er

L’arrêt de la Cour des comptes du 6 mai 2010 est annulé.

Article 2

L’affaire est renvoyée à la Cour des comptes.

Article 3

La présente décision sera notifiée à la ministre du budget, des comptes publics et de la réforme de l’État, porte-parole du Gouvernement, à M. Marc A et au centre communal d’action sociale de ­Polaincourt.

Annexe n° 2

Conclusions du rapporteur de l’arrêt du Conseil d’État n° 340698 du 8 février 2012

340698 Min Budget c/ M. Deroy DEXT

Rapporteur : Raphaël Chambon

342825 Min Budget c/ M. Gastou

Rapporteur : Marc Pichon de Vendeuil

Section du 20 janvier 2012

Lecture du 8 février 2012

Conclusions Xavier de Lesquen, Rapporteur public

I. « Le diable est dans les détails ». La comptabilité, publique comme privée, est une illustration de cette formule de Descartes, tant les détails, qui y sont partout, renvoient à des questions de principe qui peuvent rapidement devenir redoutables. Les deux affaires qui vous sont soumises peuvent paraître anodines, et les faits sur lesquels elles reposent sont à coup sûr habituels pour n’importe quel comptable public. Elles vont pourtant vous permettre de clarifier une délicate question sur l’étendue du contrôle de la validité de la créance que le comptable public doit, sous peine d’engager sa responsabilité personnelle et pécuniaire, exercer en matière de production des justifications préalablement au paiement d’une dépense, et notamment son articulation avec deux notions qui lui sont étroitement liées : la responsabilité de l’ordonnateur et le contrôle de légalité.

II. Les faits sont les suivants. Dans l’affaire 340698, M. Deroy, comptable du centre communal d’action social de la commune de Polaincourt (Haute-Saône), a été constitué débiteur, au titre de l’année 2006, des deniers de l’établissement public communal pour la somme de 15 238, 55 € par un jugement de la chambre régionale des comptes de Franche-Comté du 9 juillet 2009, confirmé en appel par un arrêt de la cour des comptes du 6 mai 2010. La somme mise à sa charge correspond au paiement sur seules factures de 3 mandats correspondants à des fournitures de repas par une société prestataire, pour les mois de septembre à novembre 2006, sans production par l’ordonnateur d’un contrat écrit alors que le montant de la facture était, à chaque fois, légèrement supérieur à 4.000 euros ht, seuil au-delà duquel les marchés doivent être passés sous forme écrite en vertu des dispositions de l’article 11 du code des marchés publics entré en vigueur au 1er septembre 2006.

Dans l’affaire 348825, par un arrêt de la Cour des comptes du 21 juin 2010, M. Gastou a été constitué débiteur du port autonome de Bordeaux, dont il est le comptable, pour les sommes de 55.143, 94 euros au titre de l’année 2006 et de 114.118, 80 euros au titre de l’année 2007, ces sommes correspondant au paiement de douze factures de la société RABA SARP SUD-OUEST, prestataire du port en matière de collecte et recyclage des déchets, au motif que les factures étaient toutes d’une date antérieure à celle des bons de commande leur correspondant et ne pouvaient donc être considérées, selon la Cour, comme des pièces justificatives valides.

Dans le premier cas, le juge financier tire de l’article 11 du code des marchés publics l’obligation de passer le marché en la forme écrite et, se référant à la nomenclature des pièces justificatives que le comptable doit exiger, estime que ce dernier devait suspendre le paiement et demander à l’ordonnateur la production « d’un document écrit ou d’un certificat administratif ». Dans le second cas, le même juge estime que l’inversion de l’ordre chronologique normal entre bon de commande et facture révèle une irrégularité dans la passation des marchés, au regard notamment du I de l’article 5 du code des marchés publics relatif à la définition préalable des besoins de l’acheteur public. Il en déduit que les factures et les bons de commande en cause ne pouvaient être considérés comme des « pièces justificatives valides » pour le paiement des dépenses. Dans les deux cas, c’est le ministre du budget qui se pourvoit en ­cassation.

III. Les principes généraux de la responsabilité du comptable résultent de l’article 60 de la loi du 23 février 1963 de finance pour 1963 et, s’agissant des comptables des collectivités territoriales et de leurs établissements locaux, également de la loi du 2 mars 1982 relative aux droits et libertés des communes, des départements et des régions. En vertu du I de l’article 60 de la loi de finance pour 1963, « les comptables publics sont personnellement et pécuniairement responsables du recouvrement des recettes, du paiement des dépenses, de la garde et de la conservation des fonds et valeurs appartenant ou confiés à l’État, aux collectivités locales et aux établissements publics nationaux ou locaux, du maniement des fonds et des mouvements de comptes de disponibilités, de la conservation des pièces justificatives des opérations et documents de comptabilité ainsi que de la tenue de la comptabilité du poste comptable qu’ils dirigent ». Ils sont également « personnellement et pécuniairement responsables des contrôles qu’ils sont tenus d’assurer en matière de recettes, de dépenses et de patrimoine dans les conditions prévues par le règlement général sur la comptabilité publique ».

Le paragraphe IV de l’article 60 de la loi de finance pour 1963 dans sa rédaction alors en vigueur – la disposition a depuis été déplacée au I - précise que la responsabilité pécuniaire prévue ci-dessus se trouve engagée dès lors, notamment, qu’une dépense a été irrégulièrement payée. Le comptable a alors l’obligation, en vertu du VI, de verser immédiatement de ses deniers personnels une somme égale au montant de la dépense payée à tort, faute de quoi, en vertu du VII, il peut être constitué en débet par arrêt du juge des comptes.

Notons immédiatement que, par une disposition de la loi du 28 décembre 2011 de finances rectificative pour 2011, le mécanisme du paragraphe VI a été réformé pour permettre au juge des comptes de moduler la somme mise à la charge du comptable lorsque le manquement n’a pas causé de préjudice financier à l’organisme public. Cette innovation ne remet pas en cause le caractère tout à fait dérogatoire du droit commun de la responsabilité des agents public d’un régime en vertu duquel le comptable est tenu de compenser sur ses deniers personnels les conséquences d’une irrégularité affectant les comptes de l’organisme public dont il devient, au sens propre, le débiteur.

IV. C’est donc le règlement général sur la comptabilité publique, qui résulte du décret du 29 décembre 1962, qui fixe les contrôles que sont tenus d’exercer les comptables publics. Ce décret est applicable aux comptables de l’État, des collectivités territoriales et de leurs établissements publics, en vertu de son ­article 1.

Comme vous le savez, les ordonnateurs « prescrivent l’exécution des recettes et des dépenses » et, à cet effet, ils constatent les droits des organismes publics, liquident les recettes, engagent et liquident les dépenses (article 5) et ils sont responsables des certifications qu’ils délivrent (article 7). En vertu de l’article 11, les comptables publics sont pour leur part seuls chargés de la prise en charge et du recouvrement des ordres de recettes et des créances et du paiement des dépenses, les contrôles qu’ils sont tenus d’assurer résultant de l’article 12 du décret.

Nous allons maintenant nous concentrer sur les dépenses, qui sont seules en jeu ici. En ce qui les concerne, l’article 12 du règlement général dispose que le contrôle porte sur 5 points :

– la qualité de l’ordonnateur ou de son délégué,

– la disponibilité des crédits,

– l’exacte imputation des dépenses aux chapitres qu’elles concernent selon leur nature ou leur objet,

– la validité de la créance dans les conditions prévues à l’article 13,

– le caractère libératoire du ­règlement.

Le contrôle de la validité de la créance porte, en vertu de l’article 13, sur deux aspects de la dépense : d’une part, « la justification du service fait et l’exactitude des calculs de liquidation » et d’autre part, « l’intervention préalable des contrôles réglementaires et la production des justifications ».

Si l’on synthétise les articles 12 et 13 du règlement général, les comptables sont donc tenus d’exercer trois types de contrôles sur les dépenses :

– vient en premier le contrôle de la production des justifications, les fameuses pièces justificatives qui sont le point de départ des contrôles réglementaires, pour ne pas dire de l’activité comptable tout entière ;

– vient ensuite le contrôle de la régularité des opérations financières, requis à l’article 13 au titre de la validité de la créance, qui renvoie aux conditions de l’article 12 (disponibilité des crédits, l’exacte imputation des dépenses etc…) mais aussi à la régularité des opérations définies aux articles 27 et suivant, notamment l’émission des titres de paiement ;

– le comptable contrôle enfin ce qu’on peut appeler le bien-fondé de la dette, qui porte sur la justification du service fait et l’exactitude des calculs de liquidation.

Le contrôle de la production des pièces justificatives s’impose donc en premier, et conditionne largement – nous en reparlerons – les deux autres. Encore faut-il définir précisément les pièces requises. C’est à ce stade qu’intervient la nomenclature, véritable bible des comptables publics qui en définit la liste avec précision, selon la nature et l’objet de la dépense.

Elle est prévue, pour les comptables publics de l’État et de ses établissements publics, par l’article 47 du décret de 1962, en vertu duquel les opérations et notamment celles de dépense « doivent être appuyées des pièces justificatives prévues dans des nomenclatures établies par le ministre des finances avec, le cas échéant, l’accord du ministre intéressé ».

V. Comme nous l’avons dit, les dispositions précitées sont complétées, pour les comptables des collectivités territoriales et de leurs établissements publics par des textes qui leur sont propres, mais nous pouvons sans peine affirmer que les principes qui en résultent sont identiques à ceux de l’État.

C’est la loi de décentralisation du 2 mars 1982 qui a prévu, à son chapitre « Suppression de la tutelle financière », des dispositions spécifiques aux comptables qui figurent dorénavant aux articles L. 1617-1 à L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales. Les comptables des collectivités territoriales sont tout d’abord des comptables directs du Trésor nommés par le ministre du budget en vertu de l’article L. 1617-1 du CGCT, rendu applicable aux établissements publics communaux par l’article L. 1617-4.

L’article L. 1617-2 du CGCT dispose que « le comptable d’une commune, d’un département ou d’une région ne peut subordonner ses actes de paiement à une appréciation de l’opportunité des décisions prises par l’ordonnateur. Il ne peut soumettre les mêmes actes qu’au contrôle de légalité qu’impose l’exercice de sa responsabilité personnelle et pécuniaire », ce qui donne un fondement législatif à des principes qui se dégagent déjà, en creux, du règlement général sur la comptabilité publique, dans la mesure où celui-ci, comme on l’a vu, définit de façon précise et limitative les contrôles que le comptable doit exercer.

Enfin, l’article L. 1617-3 dispose que la liste des pièces justificatives que le comptable peut exiger avant de procéder au paiement est fixée par décret. Cette disposition renvoie dorénavant à l’article D. 1617-19 du CGCT, en vertu duquel « Avant de procéder au paiement d’une dépense ne faisant pas l’objet d’un ordre de réquisition, les comptables des communes, des départements, des régions et de leurs établissements publics (…) ne doivent exiger que les pièces justificatives prévues pour la dépense correspondante dans la liste définie à l’annexe I du présent code (a) et établie conformément à celle-ci ». Le principe du caractère limitatif des pièces exigées ne diffère pas, si ce n’est la fermeté de la phrase, de celui qui s’applique aux comptables de l’État en vertu du seul article 47 du règlement général sur la comptabilité publique. En revanche, il résulte de ces dispositions que les comptables locaux disposent de leur propre nomenclature, tout aussi normative que celle de l’État, et qui est annexée au code.

VI. C’est à ce stade que l’on peut apprécier l’étendue du contrôle de la validité de la créance que le comptable public doit, sous peine d’engager sa responsabilité personnelle et pécuniaire, exercer sur la production des pièces justificatives. Il faut à ce stade préciser que les textes précités imposent aux comptables une obligation de résultat, consistant à ne payer qu’après qu’aient été effectués les contrôles réglementaires prescrits, et ceci quelles que soient les diligences accomplies. Il est toujours loisible au comptable de se retourner vers l’ordonnateur pour lui demander tout élément de nature à lui permettre d’exercer pleinement son contrôle. Mais il ne pourra formellement suspendre le paiement que dans le cas prévu à l’article 37 du décret du 29 décembre 1962, « lorsque, à l’occasion de l’exercice du contrôle prévu à l’article 12 (alinéa B) ci-dessus, des irrégularités sont constatées ». Il en informe alors l’ordonnateur.

Dès lors, soit l’ordonnateur fournit les éléments demandés ce qui permet au comptable de procéder au paiement, le cas échéant par voie de certificat dont il assume la responsabilité en vertu de l’article 7 du décret de 1962, et que le comptable ne pourra accepter s’il s’avère inexact (cf. l’article 37 du décret), soit l’ordonnateur fait usage du pouvoir de réquisition prévu au I de l’article 60 de loi de finance pour 1963, obligeant ainsi le comptable à payer mais endossant les irrégularités relevées. Cependant, l’article 110 du décret de 1962 pour les comptables de l’État et l’article L. 1617-3 du CGCT pour les comptables des collectivités territoriales, en rendant ineffectif le recours à la réquisition pour certaines irrégularités, notamment en cas indisponibilité des crédits ou d’absence de justification du service fait, le cantonnent en réalité à quelques cas de figure et notamment à celui de l’absence de production de justificatifs.

La Cour des comptes étant juge de la régularité des comptes (Cf. votre décision d’assemblée du 12 juillet 1907, Nicolle, au recueil p. 670, confirmée récemment par votre décision du 10 janvier 2007, Ministre de l’économie, des finances et de l’industrie, n° 276093, au recueil), ce n’est que si le paiement a été effectué sans qu’aient été exercés les contrôles que le comptable est tenu d’assurer que la Cour pourra constituer le comptable débiteur de l’organisme public. En revanche, le juge des comptes ne pourra légalement le mettre en débet au seul motif qu’il n’aurait pas effectué de diligences qui ne pourraient conduire à la suspension du paiement des dépenses en cause.

Le premier contrôle auquel doit procéder le comptable consiste donc à vérifier que l’ensemble des pièces requises par la nomenclature applicable lui ont été produites par l’ordonnateur, et qu’elles sont complètes et précises, la nomenclature énonçant selon la nature des pièces les mentions qui doivent y figurer. C’est par exemple le cas pour une facture, dont les mentions obligatoires sont définies à l’annexe C de la nomenclature annexée au CGCT et à l’annexe 2 de la nomenclature applicable aux établissements publics nationaux.

Se pose ensuite la question de savoir si le comptable doit aller au-delà de cette simple computation des pièces ou s’il doit porter sur celles-ci une appréciation, et si oui, de quelle nature. La doctrine affirme généralement que le comptable est tenu d’exercer un contrôle de la régularité externe des pièces, qu’elle oppose à leur légalité interne. Mais c’est à ce stade que l’on aborde des frontières délicates, et en vérité assez difficiles à tracer d’une façon claire et opérationnelle.

VII. Une limite au contrôle est clairement énoncée : le comptable ne doit pas se faire juge de la légalité des actes administratifs à l’origine de la dépense, et au premier chef des pièces qui lui sont ­produites.

Mis en œuvre pour la première fois par l’arrêt de la Cour des Comptes du 28 mai 1952, Marillier, receveur de la commune de Valentigney, Rec. C. comptes p.55, ce principe a été consacré par votre arrêt de Section du 5 février 1971, Ministre de l’Économie et des Finances c/ BALME, p. 105 qui énonce qu’ : « Il ressort des articles 12 et 13 du décret du 29 décembre 1962 que, pour apprécier la validité des créances, les comptables doivent exercer leur contrôle sur l’exactitude des calculs de liquidation et sur la production des justifications, mais qu’ils n’ont pas le pouvoir de se faire juges de la légalité des décisions administratives. »

La justification première de ce principe est tirée des textes, qui délimitent de façon précise le contrôle de la validité de la créance qu’est tenu d’exercer le comptable, et dont la présidente Grévisse, dans ses conclusions sur l’arrêt Balme, relèvent qu’il ne concerne que la « régularité comptable de la dépense » et que, s’agissant de la production des justifications, le comptable n’a qu’à s’assurer « que de la production et de la régularité formelle des justifications c’est-à-dire des pièces qui, selon les nomenclatures établies par le ministère des Finances et les ministres intéressés, doivent être fournis pour les dépenses d’une catégorie intéressée ».

L’application qui en est faite par la décision de section est éclairante : le comptable refuse de payer le traitement de M. Balme sur le fondement de l’indice afférent à l’échelon auquel l’intéressé avait été nommé par un arrêté municipal, au motif que les justifications produites à l’appui du mandat du maire, et spécifiquement cet arrêté, étaient insuffisantes. Mais derrière cette notion de suffisance se cache l’idée que la pièce fournie par le maire ordonnateur était illégale car contraire à un texte réglementaire, et que le comptable devait donc l’écarter. C’est cette démarche que vous censurez : dès lors que les pièces requises sont produites avec le mandat de paiement et qu’elles sont établies en la forme régulière par les autorités compétentes – nous reviendrons sur ce point – le comptable ne peut s’opposer au paiement au motif de leur illégalité sans se faire juge de la légalité d’un acte administratif et empiéter sur les pouvoirs de ­l’ordonnateur.

Vous avez constamment réaffirmé ce principe, dans des décisions concernant différents types de dépenses, que ce soit encore le versement d’un traitement (8 juillet 1974, Ministre de l’Economie et des Finances c/ Sieurs Mery, Florence et Brevard, n° 91282, p. 405 (8)), ou le versement d’indemnités (7 octobre 1981, Rispail, n° 10186, au Recueil (9) ; 10 février 1997, Ibo, n° 172307, T. p.751 (10)) ou encore le versement d’un prêt qu’un département a consenti à une commune (Section 23 mai 1980, Commune d’Evaux-les-Bains, n° 17583, p. 239 (11)). Il répond évidemment à de fortes considérations pratiques : ce serait une source de blocages administratifs si le comptable se faisait juge des actes de l’ordonnateur, et s’opposait au paiement dès lors qu’il considérerait qu’un acte à l’origine de la dépense est illégal.

Ce serait également méconnaître notre construction institutionnelle, l’acte administratif ayant son juge, qui est le juge administratif de droit commun, et l’ordonnateur encourant la responsabilité prévue à l’article 9 du décret du 29 décembre 1962, qui peut être disciplinaire, pénale et civile sans préjudice des sanctions qui peuvent lui être infligées par la cour de discipline budgétaire et financière.

IX. Il ne faut cependant pas déduire de votre décision Balme que le comptable n’a pas à porter d’appréciation juridique sur les pièces qui lui sont produites. Par une décision importante et largement commentée du 8 décembre 2000, Ministre de l’économie, des finances et de l’économie c/ Mme Kammerer, n° 212718, A, vous avez enrichi votre considérant de principe sur le contrôle de la validité des créances, en jugeant qu’il résulte des dispositions des articles 12 et 13 du décret du 29 décembre 1962 que « si, pour apprécier la validité des créances, les comptables doivent exercer leur contrôle sur l’exactitude des calculs de liquidation et la production des justifications et s’il leur appartient d’interpréter conformément aux lois et règlements en vigueur les actes administratifs qui en sont l’origine, ils n’ont pas le pouvoir de se faire juges de la légalité de ces actes ».

La reconnaissance aux comptables d’un pouvoir d’interprétation des actes administratifs conformément aux lois et règlements en vigueur nous paraît extrêmement importante et, en pratique, indispensable. C’est, à notre sens, l’un des degrés de liberté dont dispose le comptable dans le contrôle des pièces justificatives : il lui permet d’interpréter les justifications fournies à l’appui du mandat de paiement conformément à la réglementation en vigueur, afin de déterminer s’il a bien l’objet que l’ordonnateur lui prête. Cette liberté est assortie d’une responsabilité car, faute d’avoir porté la bonne interprétation sur les pièces qui lui sont produites, le comptable pourra être mis en débet par le juge des comptes.

Ce pouvoir est également à manipuler avec précaution, de la part du comptable et de son juge, car l’exercice du pouvoir d’interprétation des actes de l’ordonnateur heurte, en pratique si ce n’est en droit, les pouvoirs de ce dernier, comme l’illustre bien votre ­décision Kammerer. Une délibération du conseil municipal instaure un régime de versement d’une indemnité pour travaux supplémentaires aux agents administratifs et techniques et un arrêté du maire fixe les modalités du versement. Vous jugez que la cour n’a pas commis d’erreur de droit en fondant son arrêt constituant le comptable en débet pour le versement de l’indemnité aux agents logés gratuitement par la commune, dès lors que la délibération municipale et l’arrêté du maire, qui constituent des pièces justificatives de la dépense, ne peuvent être regardés comme ayant expressément ou implicitement dérogé aux dispositions d’un décret interdisant le versement de l’indemnité en cause à cette catégorie d’agents.

X. Un autre degré de liberté reconnu au comptable dans le contrôle des pièces justificatives a été mis en évidence par votre décision du 21 mars 2001, Morel, n° 195508, A : il touche à la contradiction entre les pièces. Ce mot de « contradiction » est ambigu.

Le concept de contradiction des pièces est d’une application assez naturelle pour le juge financier lorsqu’il s’agit de contrôler l’exactitude des calculs de liquidation : cf. Cour des comptes 19 mai 1994, Sieur L, payeur du département du Finistère, s’agissant des pièces justificatives contradictoires quant au montant des paiements déjà effectués pour l’exécution d’un marché public. Ou Cour des comptes, 29 juin 2000, Commune de Felletin (n° 23386), s’agissant de la contradiction entre les actes d’engagement et le CCAP sur les règles d’actualisation du prix.

Mais même dans le cadre du contrôle de l’exactitude des calculs de liquidation, il peut s’avérer délicat à manipuler, comme ­l’illustre l’intéressante décision de la Cour des comptes du 28 septembre 2006, Commune de Pont-de-Claix (n° 45982) : face à une ­incohérence des pièces justificatives s’agissant de l’exonération des pénalités de retard encourues par le titulaire du marché, le comptable estimant qu’un ordre de service produit par l’ordonnateur huit mois après la fin des travaux avait révélé une modification de la date contractuelle d’achèvement, le juge commence par interpréter cette décision au regard du CGAC pour en déduire que l’acte en cause ne pouvait avoir cette portée et constate ensuite qu’au regard de la nomenclature, le comptable aurait dû exiger la délibération du conseil municipal renonçant à l’application des pénalités.

La notion de contradiction ou d’incohérence des pièces justificatives est plus délicate à manier en dehors du champ des calculs de liquidation, car elle dérive rapidement vers un contrôle de légalité. Ainsi, dans sa décision du 24 octobre 1990, Centre hospitalier de Lorient, la Cour des comptes énonce que « le comptable saisi de pièces justificatives contradictoires et incompatibles entre elles doit suspendre le paiement et en informer l’ordonnateur sous peine de voir engager sa responsabilité » dans une circonstance où les contrats passés entre le directeur d’un hôpital public et des praticiens suppléants fixaient des rémunérations à un taux plus élevé que celui autorisé par les dispositions réglementaires en vigueur.

Dans sa décision du 13 juin 2005, Thermes nationaux d’Aix-les-Bains (n° 42684), la Cour met au débet le comptable qui a payé des taxes foncières en méconnaissance de dispositions du CGI qui en dispensent l’établissement public, tandis qu’il retient une solution inverse pour la taxe d’apprentissage en jugeant que « les conditions d’assujettissement des établissements publics à ladite taxe sont complexes, que la doctrine diverge à ce sujet et que la jurisprudence est peu fournie », le commentaire de cette décision à la Revue du Trésor fondant ce contrôle sur la nécessité de vérifier si les justifications qui sont présentées ne comportent pas, soit entre elles, soit avec la documentation qui était communément disponible, des discordances telles qu’il en résulte une irrégularité ».

C’est clairement une solution inverse que vous avez pris dans votre décision du 8 juillet 2005, Ministre de l’économie, des finances et de l’industrie c/ M. Basserie, 263254, A, dans une affaire où était en cause la détermination du taux de TVA applicable à la ­dépense. Vous censurez la motivation de la cour au motif « qu’en jugeant que les comptables s’étaient abstenus de s’assurer de la régularité des dépenses litigieuses au regard des dispositions du code général des impôts », elle a mis à la charge des intéressés « une obligation de contrôle de la légalité de l’acte administratif à l’origine de ces dépenses » (12). Vous comprendrez dès lors qu’il faille être prudent sur l’emploi du concept d’incohérence ou de contradiction, qui ouvre la voie à des confusions.

XI. Tel n’est cependant pas le cas de votre arrêt Morel. S’il s’appuie sur le caractère contradictoire des pièces, c’est uniquement à l’égard de la nature de la dépense. Vous jugez en effet que « le comptable doit, afin d’exercer son contrôle sur la production des justifications du service fait, être en mesure d’identifier la nature de la dépense », et que le contrôle doit conduire le comptable, « dans la mesure où les pièces justificatives produites sont à cet égard contradictoires », à suspendre le paiement jusqu’à ce que l’ordonnateur lui ait produit, à cet effet, les justifications nécessaires ».

Cette démarche est familière de la Cour des comptes : voir par exemple sa décision du 23 juin 1999, Caisse de crédit municipal de Nice, qui juge incompatibles et contradictoires au regard de l’objet de la dépense un mandat portant la mention « Sponsoring club sportif » et des pièces justificatives faisant état d’une subvention. D’une façon très intéressante, la cour relève une contradiction au regard de l’objet de la dépense, mais également de la nomenclature, les deux types de dépenses n’entrant pas dans la même catégorie de la nomenclature, et ne conduisant pas à la production des mêmes pièces justificatives.

Vous avez de nouveau fait usage de votre jurisprudence relative à la contradiction des pièces justificatives à l’égard de la nature, ou en l’espèce, de l’objet de la dépense dans votre décision du 28 juillet 2004, Ministre d’État, ministre de l’économie, des finances et de l’industrie c/ Daviau, n° 244405, B : si le comptable identifie, en rapprochant les factures d’un marché, que les prestations dont il lui est demandé le paiement sont étrangères à l’objet du marché en cause, vous jugez qu’il doit suspendre le paiement et réclamer « la production de toute pièce de nature à justifier le paiement ». (Voir, allant dans le même sens Cour de comptes, 3 juin et 1er juillet 2004, Commission des opérations de bourse, n° 39949)

Pour résumer ce qui nous paraît être l’état de votre jurisprudence, le comptable doit exiger de l’ordonnateur qu’il produise les seules pièces justificatives prévues par la nomenclature, bien entendu complètes et précises, dont il doit s’assurer de la régularité formelle sans se faire juge de leur légalité, ou de celle des actes administratifs dont elles procèdent. C’est la part un peu mécanique de son pouvoir de contrôle.

En revanche, vous lui reconnaissez deux degrés de liberté vis-à-vis des pièces justificatives : d’une part, il peut et même doit, si nécessaire, porter une appréciation juridique sur les pièces fournies, qui doivent être interprétées conformément aux lois et règlements en vigueur ; d’autre part, il doit contrôler que les pièces fournies sont cohérentes au regard de la nature et de l’objet de la dépense.

XII. Ce cadre étant posé, nous pouvons en venir à l’examen de la première affaire, qui va vous permettre de vous prononcer sur la nature juridique des catégories qui sont créées par la nomenclature comptable.

Comme nous l’avons vu, la Cour des comptes a déduit de l’article 11 du code des marchés publics alors applicable que les mandats en cause, d’un montant supérieur chacun à 4.000 euros HT, ne pouvaient être payés sans que soit produit au comptable, en plus de la facture, le marché en la forme écrite.

Le code des marchés publics, dans sa version issue du décret du 1er août 2006, entré en vigueur le 1er septembre 2006, disposait en effet à son article 11 que « les marchés et accords-cadres d’un montant égal ou supérieur à 4 000 € HT sont passés sous forme écrite ». Auparavant, en vertu des dispositions du code résultant du décret du 7 janvier 2004 (article 11 également), l’obligation du contrat écrit ne s’appliquait qu’aux marchés dont le montant était égal ou supérieur aux seuils fixés à l’article 28 pour la passation selon la procédure dite adaptée (soit 135 000 € HT pour l’État et 210 000 € HT pour les collectivités territoriales, pour les marchés de fournitures et de services). Le champ du contrat écrit a donc été largement étendu en 2006, les modifications ultérieures du code, intervenues en 2008 (13) et 2011 (14) l’ayant d’abord réduit, en remontant le seuil de 4.000 à 20.000 € HT puis élargi de nouveau en le fixant à 15.000 € HT (15). Mais à la date des paiements litigieux (fin 2006), c’était bien le seuil de 4.000 € HT qui demeurait applicable.

La difficulté que nous rencontrons maintenant est que la nomenclature applicable dans les circonstances de l’espèce, celle annexée au code général des collectivités territoriales en vertu de son article D. 1617-19, est issue du décret n° 2003-301 du 2 avril 2003, et que son contenu est peu clair, s’agissant de sa rubrique 41 relative aux travaux, fournitures ou services entrant dans le champ d’application du code des marchés publics, du fait qu’elle se réfère aux notions du code des marchés publics de 2001.

La rubrique 41 est ainsi rédigée : « La dépense est présentée sous la seule responsabilité de l’ordonnateur selon l’une des modalités suivantes : « marché public sans formalités préalables » « - ne faisant pas l’objet d’un contrat écrit » [ou] « faisant l’objet d’un contrat écrit » [et] « marché public avec formalités préalables ». Selon le cas, le comptable est invité à se référer aux rubriques 411 ou 412, la ­première, dénommée « Dépense justifiée par l’ordonnateur par un marché public passé sans ­formalités ­préalables » regroupant deux sous-rubriques :

– celle dénommée « 4111. Ne faisant pas l’objet d’un contrat écrit » pour laquelle n’est exigée qu’une seule pièce justificative : le mémoire ou la facture dont les énonciations sont définies dans une annexe C.

– celle dénommée « 4112. Faisant l’objet d’un contrat écrit » pour laquelle en plus du mémoire ou de la facture est exigée, pour le premier paiement, le contrat et, le cas échéant, les annexes ayant des incidences financières.

Les dénominations de la nomenclature de 2003 ne correspondent donc plus à celles du code du marché public applicable à compter du 1er février 2006. La notion de marché public sans formalités préalables est issue de l’article 28 du code dans sa version résultant du décret de 7 mars 2001 et elle a été remplacée par celle de marché passé selon une procédure adaptée au même article du code refondu en 2004. Quant au « contrat écrit » qui figure à l’article 11 du code de 2001 et de 2004, il est devenu « marché en la forme écrite » comme nous l’avons vu dans le même article du code de 2006.

XIII. Dès lors se pose une première question de principe : faut-il regarder les catégories de la nomenclature comme des éléments de faits, correspondant le cas échéant à la présentation qui est faite de la dépense par l’ordonnateur, comme y invite expressément la nomenclature de 2003 s’agissant des travaux, fournitures ou services entrant dans le champ d’application du code du marché public, ou faut-il les considérer comme des catégories juridiques, résultant du règlement général sur la comptabilité publique et renvoyant à des notions extérieures à la nomenclature, comme en l’espèce à celles issus du code des marchés publics.

Le ministre du budget, auteur du pourvoi, milite fortement pour la première solution. Selon lui, le comptable doit en rester à une lecture littérale de la nomenclature : dès lors que celle-ci prévoit que la dépense est présentée, comme en l’espèce, par l’ordonnateur comme un marché public sans formalité préalable ne faisant pas l’objet d’un contrat écrit, le comptable doit se référer, comme l’y invite la nomenclature, à la rubrique 4111 et il peut donc payer au vu de la seule facture. Il soulève donc un moyen unique : la Cour des comptes a entaché son arrêt d’erreur de droit en estimant que le comptable aurait dû exiger un contrat écrit pour payer les factures d’un montant supérieur à 4 000 euros alors même que ces dépenses avait été présentées par l’ordonnateur sous la forme d’un marché public sans formalités préalables ne faisant pas l’objet d’un contrat écrit.

Dans un premier temps, nous devons vous dire que cette solution nous a semblé s’imposer. Il ressort du règlement général sur la comptabilité publique et également, pour les comptables locaux, de l’article L. 1617-3 du CGCT, que le comptable ne doit exiger que les pièces justificatives exigées par la nomenclature et que, s’agissant de la rubrique 41, relative aux travaux, fournitures ou services entrant dans le champ d’application du code du marché public, celle-ci invite, au surplus, à s’en tenir à la présentation de la dépense par l’ordonnateur. Et le ministre justifie sa position par sa volonté de ne plus contraindre les comptables publics à contrôler le respect des seuils de passation des marchés publics, d’où la rédaction, selon lui, de la nomenclature qui fait état de la présentation de la dépense sous la seule responsabilité de l’ordonnateur.

Mais à la réflexion, cette position nous a semblé juridiquement peu correcte, en dehors de toute appréciation que l’on peut porter sur son opportunité. La première raison, qui nous paraît essentielle, est tirée du rôle de la nomenclature dans l’exercice des contrôles auquel le comptable est tenu en application du règlement général sur la comptabilité publique. Nous l’avons vu, la nomenclature est la clé de voûte du contrôle comptable : c’est à partir des pièces justificatives définies par elle, en fonction de la nature et de l’objet de la dépense, que le comptable est en mesure d’exercer le contrôle de validité de la créance. Son rôle serait dès lors dénaturé si le comptable pouvait être contraint à situer une dépense dans une catégorie déterminée alors qu’au vu de sa nature et de son objet, et notamment de son montant, elle relève manifestement d’une autre. Ce serait en effet ôter toute effectivité au contrôle si le comptable devait suivre aveuglement la qualification de la dépense telle qu’elle lui est transmise par l’ordonnateur, sans la rediriger d’office, au vu de sa nature, vers la catégorie pertinente de la nomenclature, dont il se déduira – c’est bien le but – les pièces exigibles.

C’est le raisonnement que tient la Cour des comptes dans sa décision du 23 juin 1999, Caisse de crédit municipal de Nice, déjà citée, lorsque, relevant que l’objet de la dépense était une subvention à un club sportif et non une dépense publicitaire, elle juge que le comptable devait la rediriger dans la catégorie adéquate de la nomenclature et exiger en conséquence la production de la décision de l’assemblée délibérante fixant les modalités d’attribution de la subvention. Nul doute que l’activité du comptable le conduit régulièrement, en relation avec l’ordonnateur, à réorienter les dépenses que ce dernier lui présente dans les catégories pertinentes de la nomenclature et à demander, le cas échéant, les pièces justificatives complémentaires qui en résultent.

Relevons d’ailleurs que la Cour des comptes exige déjà des comptables qu’ils interprètent la nomenclature dans le cas où la dépense ne correspond à aucune de ses catégories, en raisonnement « par assimilation » avec les ­catégories existantes et en exigeant du comptable qu’il dispose des pièces apportant des garanties équivalentes : Cour des comptes, 20 sept. 1973, Casenave et Mazerolles, comptables service départemental de protection incendie Meurthe-et-Moselle ou Cour des comptes 9 mai 2007, Chambre régionale d’agriculture de Corse. Il nous semble donc, et ce point est central, qu’il appartient nécessairement au comptable de vérifier si les pièces justificatives produites sont cohérentes au regard de la catégorie de la dépense définie dans la nomenclature applicable et de la nature de la dépense.

Il s’agit en réalité, si l’on se rapporte au contrôle de la production des justifications, d’un troisième degré de liberté du comptable vis-à-vis des pièces justificatives, qui rejoint assez intimement le second que nous avons évoqué ci-dessus. Il consiste donc à affirmer que, pour exercer leur contrôle sur la production des justifications, il revient au comptable de vérifier si les pièces fournies sont cohérentes au regard non seulement de la nature de la dépense telle qu’elle a été ordonnancée mais également de la catégorie de la dépense définie dans la nomenclature applicable.

XIV. Une seconde raison nous incite à aller dans le même sens : elle est tirée de la relation de la nomenclature avec le code des marchés publics. La nomenclature renvoie aux nombreuses notions juridiques qui sont liées aux multiples domaines dans lesquels la collectivité engage ses moyens financiers, des travaux, fournitures et services aux dépenses de personnel en passant par les acquisitions immobilières ou les interventions sociales, économiques et financières ou les opérations mentionnés sous mandat. Et ce faisant, nous vous avons cité les têtes de chapitre de la nomenclature annexée au CGCT.

Afin que le contrôle comptable se rattache à la réalité des opérations financières en cause, les rubriques de la nomenclature doivent nécessairement correspondre aux notions juridiques auxquelles elles se rapportent, faute de quoi l’ordonnateur agirait dans un certain cadre juridique, nécessairement évolutif, tandis que le comptable demeurait enserré dans les catégories de fait définies par la nomenclature, éventuellement obsolète. La prise en compte de l’évolution de la norme dans le temps est d’ailleurs une illustration de cette nécessité, comme le montre la présente affaire. Le ministre lui-même fait spontanément l’effort de rapporter la catégorie des « marchés publics sans formalités préalables » qui figure dans la nomenclature aux marchés passés selon une procédure adaptée du nouveau code des marchés publics alors en vigueur.

Cette interprétation ne résulte pas d’une hiérarchie entre la nomenclature et le code des marchés publics, la première prise par décret simple tandis que le code des marchés publics relève du décret en Conseil d’État. Il ne nous semble pas douteux qu’il s’agit de deux législations indépendantes même si le code des marchés publics de 2001 comportait encore des dispositions qui pouvaient paraître normatives en matière de comptabilité. Son article 28 disposait en effet qu’en cas de marchés publics passés sans formalités préalables portant sur des fournitures ou des services, les numéros pertinents de la nomenclature sont transmis par l’ordonnateur au comptable assignataire et le règlement des prestations peut avoir lieu sur présentation de mémoires ou factures. Mais ces dispositions ont disparu du code dès sa version issue du décret du 7 janvier 2004. La relation entre les deux textes nous semble donc relever, dorénavant, du jeu habituel des références entre législations distinctes.

XV. Si l’on admet les deux points que nous venons d’examiner, la solution du litige nous semble s’imposer. Dans un premier temps, vous pourrez interpréter les sous-catégories de la catégorie 411, relative aux marchés publics sans formalités préalables - devenus à formalité adaptée – pour en déduire, au vu des modifications du code des marchés publics, que lorsqu’elles distinguent les marchés selon qu’ils font ou pas l’objet d’un contrat écrit, elles doivent être regardées comme se référant aux dispositions de l’article 11 du code des marchés publics en vertu desquelles, dans leur rédaction alors applicable, les marchés d’un montant égal ou supérieur à 4 000 euros doivent être passés sous forme écrite.

Par ailleurs, vous ne pourrez considérer que la seule circonstance que la dépense est présenté sous la responsabilité de l’ordonnateur dispense le comptable des contrôles qui relèvent de son pouvoir, et notamment de celui consistant à vérifier si les pièces fournies sont cohérentes au regard de la catégorie de la dépense définie dans la nomenclature applicable.

Or, en l’espèce, la pièce produite – une facture – étant d’un montant supérieur à 4.000 € HT, il y a une incohérence à la rattacher à la catégorie 4111 concernant les marchés ne faisant pas l’objet d’un contrat écrit interprété comme ci-dessus.

Le comptable devait donc se retourner vers l’ordonnateur afin de vérifier que la commande passée était bien supérieure au seuil et, si tel est le cas, lui demander avant le paiement de la dépense la production d’un contrat écrit, ou pour le moins d’un marché en la forme écrite, conformément à la liste des pièces justificatives résultant de la nomenclature, sans pour autant qu’il vérifie la conformité de la passation du marché aux règles du code des marchés publics et donc qu’il exerce un contrôle de légalité.

XVI. Nous devons maintenant examiner les considérations d’opportunité invoquées par le ministre. Celui-ci explique que l’intention du pouvoir réglementaire est de permettre aux comptables de payer au vu de la seule facture les marchés passés sans formalité préalable, sauf cas particuliers définis dans une note (6) sous la rubrique 4112 de la nomenclature de 2003. Ils concernent le versement d’une avance ou d’acomptes, les prélèvements pour retenue de garantie dans le cadre d’un marché public passé sans formalités préalables et les prestations de maîtrise d’oeuvre, qui doivent obligatoirement faire l’objet d’un contrat écrit.

Mais si telle est l’intention du pouvoir réglementaire, il lui appartient non pas de créer des catégories dans la nomenclature selon que le marché public sans formalités préalables fait l’objet ou non d’un contrat écrit, avec toutes les conséquences que nous avons examinées, mais d’en rester à la catégorie des marchés publics sans formalités préalables et d’inscrire, dans la liste des pièces requises, le contrat écrit dans les cas particuliers qu’il mentionne. Une autre solution consisterait à créer des sous-catégories correspondant précisément aux types de marché pour lesquels il exige la production du contrat (Prestations de maîtrise d’œuvre, prestations dont le paiement donne lieu à avance, acompte ou retenue de garanties…), ce qui est la démarche entamée par le Premier ministre dans le décret du 25 mars 2007 pour la nomenclature qui remplace celle de 2003 annexée au CGCT, si ce n’est qu’il crée une sous-catégorie 423 pour les « Prestations fixées par contrat » qui nous paraît poser les mêmes difficultés que celles examinées ici.

Une autre considération touche au contrôle du seuil des marchés passés sans formalité préalable. Vous n’avez pas à vous prononcer sur cette question dans la présente affaire, mais la solution que nous vous avons proposée pourrait être regardée comme ayant vidé de son sens la formule « la dépense est présentée sous la seule responsabilité de l’ordonnateur » qui vise directement l’alternative « marché public sans formalités préalables / marché public avec formalité préalable ». Nous ne le pensons cependant pas, tout en ramenant l’affirmation de cette responsabilité dans le cadre des principes qui résultent du décret du 29 décembre 1962.

Au vu d’une facture présentée par l’ordonnateur comme correspondant à un marché à procédure adaptée de fourniture ou de service, alors que son montant est supérieur au seuil qui figurait à l’article 26 du code des marchés publics, soit 210.000 € HT (16) pour les collectivités territoriales, le comptable doit suspendre le paiement et demander des explications à l’ordonnateur. Dès lors que celui-ci justifie la procédure choisie, en se fondant par exemple sur les dispositions de l’article 30 du code des marchés publics relatives aux marchés pour les types de prestations qui ne sont pas énumérées à l’article 29, alors le comptable doit s’en satisfaire. Il en reste ainsi, conformément à son pouvoir, à un contrôle de la régularité formelle de la catégorie retenue au sein de la nomenclature, sans entrer dans une analyse juridique consistant à se demander si l’ordonnateur pouvait légalement faire usage des modalités de passation du marché qu’il invoque.

Il se peut que vous soyez arrêtés par la difficulté à laquelle peut conduire la solution que nous vous proposons dans les circonstances où l’obligation qui en résulte pour l’ordonnateur, celle de fournir le marché en la forme écrite dans les circonstances de l’espèce, serait difficile à satisfaire du fait que le marché n’existe pas en cette forme. Mais il nous semble que l’ordonnateur peut alors faire usage, sous sa responsabilité, du certificat administratif qui devra comporter les éléments qui sont prévus par la ­nomenclature.

Vous pourriez aller encore un peu plus loin et juger que le comptable a l’obligation procédurale de demander un certificat par lequel l’ordonnateur engage sa responsabilité en justifiant l’absence de contrat écrit. Vous devriez alors en déduire que le juge des comptes doit rechercher, avant la mise en débet, si le comptable a bien procédé à ces diligences. Cette solution aurait le mérite d’indiquer clairement la démarche à suivre en cas d’absence de contrat écrit. Mais il nous semble que l’obligation procédurale ainsi consacrée aurait une portée plus pédagogique que juridique : en effet, la circonstance que le comptable n’a pas effectué les diligences en cause est sans incidence sur l’issue du litige. Elle ne pourrait pas, d’une façon qui nous paraît certaine, faire échapper le comptable à sa responsabilité pécuniaire : en effet, l’irrégularité tirée de ce qu’il n’a pas demandé le certificat s’ajoute à celle, déterminante, tirée de ce qu’il a procédé au paiement sans disposer des pièces requises, que ce soit le contrat en la forme écrit ou le certificat administratif. La seconde seule entraîne la mise au débet ce qui ne serait pas le cas de la première seule.

En l’espèce, il nous paraît plus simple d’en rester à votre conception habituelle de l’irrégularité et de juger que la Cour des comptes n’a pas commis d’erreur de droit en constituant le comptable en débet au motif qu’il a procédé au paiement sans disposer d’un contrat en la forme écrite ou d’un certificat administratif par lequel l’ordonnateur engageait sa responsabilité en justifiant l’absence du contrat écrit.

XVII. Nous voudrions en revenir, avant d’en terminer avec cette première affaire, sur les principes qui gouvernent l’exercice du contrôle des comptables sur la production des justifications. Il nous semble qu’il convient de compléter votre jurisprudence pour préciser, qu’au-delà de celui qui tend à vérifier si l’ensemble des pièces requises au titre de la nomenclature comptable applicable lui ont été fournies, le comptable doit contrôler la cohérence des pièces tant au regard de la catégorie de la dépense définie dans la nomenclature applicable que de la nature et de l’objet de la dépense telle qu’elle a été ­ordonnancée.

Vous pourrez par ailleurs rappeler que si ce contrôle peut conduire les comptables à porter une appréciation juridique sur les actes administratifs à l’origine de la créance et s’il leur appartient alors d’en donner une interprétation conforme à la réglementation en vigueur, ils n’ont pas le pouvoir de se faire juges de leur légalité.

Ce n’est donc qu’au regard de ces éléments que doit s’exercer le contrôle des pièces justificatives. Et il nous semble même que c’est à ces éléments que vous pouvez rattacher le contrôle de la compétence de l’auteur des actes soumis au comptable. C’est en effet ainsi que l’on peut lire votre décision du 20 mars 1970, Boissenin, au recueil p. 210, dont est déduit ce contrôle, en le dirigeant exclusivement vers les pièces justificatives qui sont exigées par la nomenclature. Ainsi, lorsque la nomenclature prévoit que soit produite une délibération du conseil municipal, le comptable ne pourra se satisfaire d’une décision du maire. Il contrôle ainsi que l’acte émane bien de l’autorité prévue par la nomenclature, en demandant le cas échéant les actes de délégation.

Le comptable n’a en revanche pas, selon nous, à contrôler la compétence de l’auteur des actes fournis au regard des lois et règlements applicables et a fortiori, à contrôler la compétence de l’auteur d’un acte administratif sur le fondement duquel est pris l’acte qui lui est produit au titre des pièces ­justificatives.

Cette solution rejoint celle que vous avez affirmée, par votre décision du 30 juillet 2003, M. Marty, n° 232430, aux Tables, par laquelle vous avez jugez que la question de savoir si une collectivité peut prendre à sa charge une dépense au titre des compétences qui sont les siennes est une question de légalité qui ne relève pas du contrôle que doit exercer le comptable en vue du paiement.

Finalement, au vu de l’ensemble de ces considérations, nous vous proposons d’écarter l’unique moyen d’erreur de droit du ministre, et de rejeter le pourvoi. […]

Commentaire

Cette instruction adressée aux comptables publics précise leurs missions et l’étendue de leurs pouvoirs en matière de marchés à procédure adaptée (Mapa). Le document détaille les conséquences de la jurisprudence « Polaincourt » du 8 février 2012, dans laquelle le Conseil d’État explicite les modalités de contrôle des pièces justificatives des dépenses par le comptable public. Celui-ci ne peut subordonner ses actes de paiement à une appréciation de la légalité interne des justifications produites, ni même contrôler la légalité du mode de passation d’un marché public.

?

(1) « Le comptable ne peut se contenter de jouer le rôle d’une chambre d’enregistrement des décisions de l’ordonnateur et des pièces fournies par lui » (Olivier Fouquet et Pierre Collin, commentaires sous l’arrêt CE, 21 mars 2001, Morel, Rec., p. 148). (2) Jugement n° 2009-0003 du 30 avril 2009.(3) CE sect., 5 février 1971, Ministre de l’économie et des finances C/S. Balme, Lebon, p. 105, concl. Mme Grévisse ; AJDA 1971, p. 173.(4) CE, Sect., 8 févr. 2012, n° 342825, Min. du Budget, recueil Lebon(5) Disposition également applicable aux établissements publics locaux et de santé.(6) Marchés dont les montants sont inférieurs aux seuils de l’article 26 du Code des marchés publics ou marchés définis à l’article 30 du même code.(7) Il y aurait incohérence à rattacher une telle dépense à la rubrique 425 « Autres prestations » plutôt qu’à la rubrique 423 « Prestations fixées par contrat » de la liste des pièces justificatives des dépenses publiques locales.(8) Arrêt censurant le refus de payer les traitements d’agents communaux au vu d’arrêtés de nomination pris sur le fondement d’une délibération du conseil municipal que le comptable regarde comme illégaux.(9) S’agissant d’indemnités de frais de déplacement versés à des vétérinaires, arrêt jugeant que la Cour des comptes a commis une erreur de droit en mettant le comptable en débet au motif que l’arrêté préfectoral qui en constitue le fondement juridique ne constituait pas une justification suffisante des mandats émis faite d’avoir été approuvée par le ministre de l’agriculture.(10) S’agissant du versement d’une indemnité de résidence à un magistrat administratif, refusé par le comptable au motif que la décision d’attribution du vice-président du Conseil d’État serait illégale.(11) Arrêt jugeant que le comptable n’avait pas le pouvoir de se faire juge de la légalité de la délibération du conseil général l’ayant décidé.(12) Vous y avez en revanche jugé qu’en procédant au règlement des factures litigieuses sans contrôler le taux de taxe sur la valeur ajoutée qui leur était applicable, le comptables ont omis de vérifier l’exactitude des calculs de liquidation et, à ce titre, engagé leur responsabilité personnelle et pécuniaire.(13) Décret n° 2008-1356 du 19 décembre 2008.(14) Décret n° 2011-1853 du 9 décembre 2011.(15) Seuil qui coïncide avec celui à partir duquel, en vertu du III de l’article 28 du CMP issu du même décret du 9 décembre 2011, le pouvoir adjudicateur peut décider que le marché sera passé sans publicité ni mise en concurrence préalables.(16) Ramené à 206.000 € HT en 2007, puis à 193 .000 € HT fin 2009, il est remonté à 200.000 € HT à compter du 1er janvier 2012.

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