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Construit pour durer… et pour évoluer

Jacques Rolland |  le 27/01/2017  |  ArchitectureRéalisationsTechniqueBâtimentParis

Logements -

Concevoir en pensant à l'avenir : une idée qui fait son chemin, déjà mise en œuvre dans l'Est parisien.

«Un immeuble n'est pas un objet de consommation jetable, revendique l'architecte Luc Poux. Il doit s'inscrire dans la durée. Voilà pourquoi nous avons le devoir de nous interroger sur la durée de vie des bâtiments à construire, leur capacité à muter, à se densifier et à demeurer. Une démarche qui s'inscrit sur le très long terme. » Lancé en 2011, l'appel d'offres de la Régie immobilière de la ville de Paris (RIVP) pour un bâtiment boulevard Davout dans le XXe arrondissement de la capitale (R + 4 à R + 9 de 68 logements sociaux, avec des locaux associatifs et une crèche) était pour lui l'occasion de mettre en œuvre ces idées. Une originalité qui a payé, puisque le projet qu'il a élaboré avec Elisabeth Naud a été retenu, et a aussi reçu en 2012 la mention spéciale « prospective urbaine » du concours bas carbone d'EDF sur le thème « habiter la ville durable ».

Cinq actions visant la durabilité et l'évolutivité à très long terme y sont proposées, et chiffrées. Deux n'ont pas été retenues par le maître d'ouvrage pour des raisons juridiques ou financières. La première a été retoquée à cause du plan local d'urbanisme. Elle visait à créer un espace tampon bioclimatique, modulable entre été et hiver, avec des balcons filants dotés d'un système de fermeture coulissante pour un surcoût estimé à 108 euros/m².

Des fondations pour accueillir la densification. La seconde action répondait au principe d'évolutivité. Le premier sous-sol de stationnement était porté à une hauteur de 3,7 mètres (au lieu de 2,2 m) afin qu'il puisse être transformé en supérette, espace sportif, cinéma ou salon de réception, au lieu d'être inoccupés si la RIVP avait un jour du mal à les louer. Un surcoût (17 euros/ m²) refusé par la Régie. Les trois autres idées ont été adoptées, et Sabine Moscati, directrice des études à l'agence Naud & Poux Architectes, les a mises en œuvre sur le chantier d'autant plus facilement qu'elles les avaient prévues dès la phase d'avant-projet. « C'est la recette pour être efficient et ne pas dépasser les budgets », assure-elle.

Sabine Moscati a d'abord envisagé des surélévations futures. Les fondations et la structure ont alors été renforcées pour permettre une surcharge éventuelle. Elle a ensuite conçu des espaces évolutifs, où les cloisons intérieures peuvent être déplacées au gré des besoins : lors du changement de la structure familiale des occupants, ou pour transformer l'immeuble en bureaux. Ici, pas de voile ni de refends, mais un maillage poteau-poutre où rien ne scinde les niveaux ou ne porte au centre. « Utiliser des prédalles de huit mètres, qui portent de rive à rive, réduit le volume de béton du gros œuvre et simplifie cette étape du chantier », détaille la directrice des études.

Des espaces à redistribuer. La disposition des appartements est aussi pensée avec au moins deux orientations ou, mieux, traversante d'une façade à l'autre. « Cela facilite la distribution des espaces, la ventilation naturelle et les économies d'énergie en hiver comme en été », poursuit-elle. Enfin, les cuisines et les salles d'eau sont évolutives, et les espaces libres de la règlementation handicapés sont laissés temporairement à des usages ou des pratiques de vie différents. La troisième idée consiste à mettre à profit de multiples sources d'énergies vertes ou renouvelables. L'absence de station de raccordement au réseau de chauffage urbain (CPCU) a obligé l'installation d'une chaudière à gaz. En revanche, le système Power-Pipe de récupération des calories sur les eaux usées chaudes, ou eaux grises (lire page 80), et le réchauffement par panneaux solaires thermiques est parfaitement réalisé.

Au total, le surcoût généré pour ce bâtiment bas carbone, évolutif et plein de ressources, représente 8 % du budget total. Baptisée symboliquement Pari(s) 2072, l'opération devrait durer au moins 60 ans. « Et certainement beaucoup plus », promet Luc Poux.

Maître d'ouvrage : Régie immobilière de la Ville de Paris (RIVP).

Maître d'œuvre/architecte : Agence Naud et Poux Architectes.

Consultant environnemental : Franck Boutté Consultant.

Entreprises : Léon Grosse. Labels : BBC Effinergie, certification Cerqual H & E. Surface : 5 618 m2 Shon. Budget : 11,6 million d'euros HT. Chantier : de novembre 2014 à mars 2017.

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Structure - Des fondations qui font le poids

Les architectes du projet du boulevard Davout ont prévu de pouvoir ajouter, durant les décennies à venir, trois niveaux supplémentaires en construction légère, si besoin. Les fondations et la structure du bâti en tiennent compte : elles ont été étudiées en augmen-tant les charges afin d'autoriser cette surcharge dans l'avenir.

« Les calculs sont réalisés comme si le bâtiment était déjà chargé avec ces éléments, détaille Eric Bournique, ingénieur calcul de structures et président du bureau d'études techniques Mizrahi. Nous disposions d'un cahier des charges avec des hypothèses claires, notre travail a donc consisté à calculer les ferraillages et dimensionner les poteaux et les fondations de façon adéquate (photo ci-contre). » Le sur-coût est évalué à 175 000 euros, soit un peu plus de 30 euros/m² initial construit.

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Eaux grises - Ne pas jeter les calories avec l'eau de la douche

La création d'un système d'eaux grises, consistant à récupérer des calories sur les eaux usées chaudes (des douches notamment), a été pensée dès l'origine. Sa réalisation n'en est pas moins complexe. « Toute la difficulté est de savoir le configurer car il double le circuit normal qui va directement à l'égout, souligne Sabine Moscati, directrice des études chez Naud & Poux Architectes. Il faut prévoir des gaines supplémentaires pour reprendre uniquement et de façon séparative les écoulements des baignoires et des douches, et non des cuisines ou des lavabos. » Ces tuyaux doivent être calorifugés pour que les eaux arrivent encore chaudes en plancher du sous-sol, où ils sont raccordés à l'entrée du serpentin qui circule dans le Power-Pipe.

Ce dispositif simple, entièrement en cuivre, est composé d'un tube principal où circulent les eaux grises, entouré d'un serpentin de quatre à six tubes raccordés à l'eau froide d'alimentation afin de la préchauffer avant son entrée dans les chaudières à gaz. En fin de parcours, les eaux grises repartent au réseau d'égout grâce à une pompe de relevage. Le dispositif est complété par 37 m² de panneaux solaires thermiques installés en toiture afin d'atteindre un objectif d'énergie renouvelable de 22,6 % avec le Power-Pipe et de 24 % en solaire, pour les besoins en eau chaude sanitaire.

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