En direct

« Construire un réseau proche du terrain »
Yves Chazelle souhaite que CDC Habitat livre 45 000 logements sur le pôle social et intermédiaire d’ici quatre à cinq ans. - © BRIGITTE CA V ANAGH / LE MONITEUR

Interview

« Construire un réseau proche du terrain »

Propos recueillis par Barbara Kiraly |  le 26/10/2018  |  Risques naturelsAnru 2Bailleurs sociauxLoi ElanAnru

Ma newsletter personnalisée

Ajouter ce(s) thème(s) à ma newsletter personnalisée

Immobilier
Risques naturels
Anru 2
Bailleurs sociaux
Loi Elan
Anru
HLM
Organisme HLM
CDC Habitat
Valider

Yves Chazelle, directeur général de CDC Habitat. Afin de peser davantage dans le monde du logement social, CDC Habitat mène des fusions et des réorganisations en interne.

 

 

Emmanuel Macron a appelé les bailleurs sociaux de Saint-Martin à lancer les travaux au plus vite après les dégâts causés par l'ouragan Irma, comparant certains d'entre eux à des marchands de sommeil. Où en êtes-vous ?

Nous gérons, au travers de la société immobilière de Guadeloupe (SIG), 480 logements à Saint-Martin.

Nous aurons déjà réalisé les travaux de mise en sécurité pour près d'un million et demi d'euros dès la fin 2018 et acté avec les assureurs les montants d'indemnisation pour les reconstructions. Nous avons lancé les appels d'offres visant à lancer les chantiers de reconstruction pour l'ensemble des résidences.

Les cinq premiers chantiers ont commencé et, pour les quatre dernières résidences, les consultations d'entreprises ont été relancées ; les travaux devraient démarrer dans les semaines qui viennent.

Le monde HLM est en pleine restructuration. Quelle est votre stratégie?

Aujourd'hui, presque toutes les entreprises sociales pour l'habitat (ESH) font partie d'un groupe. Nous ne pouvons donc pas nous en rapprocher. Nous avons contacté les autres sociétés d'économie mixte (SEM) immobilières et nous cherchons à travailler avec elles, y compris dans le cadre d'échanges capitalistiques avec des prises de participation minoritaires.

Enfin, la Fédération des entreprises publiques locales (EPL) a annoncé qu'elle allait lancer une société de coordination pour toutes les SEM. Nous allons essayer d'y adhérer. Nous pouvons leur apporter des services, du portage foncier ou la capacité à faire du démembrement de la nue-propriété afin de les aider à réaliser leurs objectifs locaux en matière de rénovation et de construction.

"De nombreux OPH n'ont plus les capacités d'accompagner le développement des projets Anru"

Allez-vous vous rapprocher des offices publics de l'habitat (OPH) ?

Nous constatons que de nombreux OPH n'ont plus les capacités d'accompagner le développement des projets Anru. Comme les OPH n'ont pas de capital, nous ne pouvons pas prendre de participations. Nous leur proposons donc d'agir sur leur patrimoine, en concluant des baux à construire ou à réhabiliter tout en leur garantissant la gestion du patrimoine dans la durée. Ainsi, ils garderont leur autonomie locale. Cette stratégie, déployée auprès des SEM et des OPH, nous permet de construire un réseau proche du terrain. Car nous souhaitons être plus proches des collectivités locales.

Ainsi, élus et bailleurs sociaux penseront plus facilement à se tourner vers nos équipes lorsqu'ils souhaiteront développer des opérations de logements intermédiaires.

Avec quelles ressources comptez-vous déployer cette stratégie ?

D'abord, la Banque des territoires a mis à la disposition des acteurs une enveloppe de 700 millions d'euros, avec l'offre « Tonus ». Ensuite, notre actionnaire, la Caisse des dépôts, nous a accordé une augmentation de capital de 300 millions d'euros. Enfin, notre réorganisation interne doit nous permettre de dégager un potentiel financier de 200 millions d'euros.

Comment y parvenez-vous ?

Nous allons fusionner nos 13 ESH en une seule, nommée CDC Habitat social, qui gérera 190 000 logements sociaux au 1er janvier 2019. A ses côtés, une autre structure demeurera : CDC Habitat (ex-SNI), chargé du logement intermédiaire. Cette réorganisation permettra de centraliser les financements en un seul lieu, et donc de dégager 200 millions d'euros, car nous avons détecté des excédents dans certains territoires, où les besoins de développement n'étaient pas assez forts. Par ailleurs, la centralisation des fonctions supports (ressources humaines, régulation de charges, comptabilité, etc. ) doit nous permettre de gagner en performance. D'ici quatre à cinq ans, nous souhaitons livrer 45 000 logements sur le pôle social et intermédiaire.

Avec la restructuration, nous absorberons cette croissance à moyens équivalents. Ce qui équivaut à gagner 15 à 17 % de performance. Notons toutefois que cette réorganisation ne concerne pas Adoma, ni Maisons & Cités ni les sociétés immobilières d'outre-mer (Sidom).

"D'ici à la fin de l'année, nous aurons lancé 16 000 ordres de services pour construire des logements"

Ne craignez-vous pas de perdre votre ancrage local, alors que vous souhaitez être plus proche des territoires ?

Nous créerons dans le même temps six directions interrégionales chargées d'appliquer la stratégie nationale de CDC Habitat social et de gérer notre patrimoine. Nous leur confierons également les fonctions de développement et de maîtrise d'ouvrage. Les services supports seront mutualisés dans le cadre de groupements d'intérêts économiques (GIE). Ils seront à la fois au service du pôle social et du pôle intermédiaire. Les agences de gestion seront également placées sous leur autorité. Cependant, nous ne touchons pas à notre réseau d'agences qui conserveront leur autonomie de gestion des locataires du parc social et ceux du parc intermédiaire, afin de préserver notre ancrage local et pour ne pas déstabiliser leur rôle majeur de proximité envers les résidents et les élus locaux.

Votre politique d'achat va-t-elle évoluer, au risque de rendre votre commande inaccessible pour les plus petites entreprises ?

Nous avons déjà une direction des achats qui, jusqu'à présent, intervenait en soutien aux entités locales pour sélectionner les marchés de services, de fluides, mais nécessairement pour les travaux. Et cela n'a pas vocation à évoluer. Nous réalisons 95 % du logement intermédiaire en vente en l'état futur d'achèvement (Vefa), et ce taux oscille autour de 70 % pour le logement social.

Ces taux n'ont pas vocation à évoluer.

Les chiffres de la construction de logements sont en berne. Quel est l'état de votre production en 2018 ?

D'ici à la fin de l'année, nous aurons lancé 16 000 ordres de services : 11 000 concernent le logement social et l'intermédiaire, les 5 000 restants sont portés par l'activité d'Adoma. Les Sidom auront signé 2 500 ordres de services, 1 000 pour Maisons et Cités.

"Devenir acteur d'une meilleure cohésion sociale"

CDC Habitat a lancé plusieurs fonds d'investissements…

Le fonds de logement intermédiaire (FLI) sera clôturé à fin 2018, et nous lancerons la souscription de la première tranche du FLI 2 d'ici à la fin de l'année. Grande nouveauté : nous accueillerons des investisseurs étrangers dans ce deuxième fonds. Nous lancerons également un véhicule dédié aux résidences gérées (seniors, étudiants, etc. ) d'ici à la fin d'année 2018, voire au début de l'année 2019.

Il se nommera Résialliance.

CDC Habitat a noué un partenariat avec l'Afpa pour aider ses locataires à trouver une formation. Souhaitez-vous aller plus loin en termes de diversification de services ?

Ramener nos clients vers la formation et l'emploi doit faire partie de notre rôle ; CDC Habitat ambitionne de devenir acteur d'une meilleure cohésion sociale. C'est pourquoi, au congrès HLM de Marseille, nous avons lancé le dispositif « Axel, vos services pour l'emploi » dédié à la mise à disposition de lieux d'accueil des publics dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville.

Après l'Afpa, nous venons de nouer un partenariat avec Pôle emploi, afin d'offrir différents types de services à nos locataires, en fonction de leur profil. Notre action est source de stabilité dans nos résidences en permettant aux personnes en difficulté un retour vers la chaîne formation-emploi et, ainsi, de bénéficier de revenus d'activité. Nous devrons élargir ce service avec un nouveau partenaire comme l'Association pour le droit à l'initiative économique (Adie).

Nous pourrons également proposer des services liés au numérique, en développant, par exemple, des conciergeries, de l'aide au déménagement, etc. Tout un groupe de réflexion planche sur ce sujet en interne.

Éditions du Moniteur Le Moniteur boutique

Le Moniteur n°6000 du 26 octobre 2018

Le Moniteur n°6000 du 26 octobre 2018

Date de parution : 10/2018

Voir

L'expertise immobilière en 50 fiches pratiques

L'expertise immobilière en 50 fiches pratiques

Date de parution : 09/2018

Voir

Traité des baux commerciaux

Traité des baux commerciaux

Date de parution : 12/2017

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur