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Construire un écoquartier
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Construire un écoquartier

Propos recueillis par Yannick Nodin, Cyrille Véran et Gilles Davoine. |  le 12/11/2010  |  AménagementNordArchitecture

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Huit acteurs de l’aménagement témoignent du fait que la mise en œuvre d’un écoquartier et d’une ville plus durable nécessite des solutions innovantes à toutes les étapes.

Etape 1 conception

Halle pajol / paris 18e « Le réel enjeu consiste à produire de lurbanité sur ces sites »

Janine Galiano, architecte, agence Galiano Simon

« Réaliser un programme dense d’équipements publics et privés dans l’enveloppe d’une ancienne halle – bibliothèque, auberge de jeunesse, jardin… – avec plusieurs maîtres d’ouvrage nécessite de nouvelles formes de montage opérationnel et de gestion, de composer avec les fortes contraintes de tenue au feu de la structure métallique et d’accessibilité des personnes à mobilité réduite. Mais le réel enjeu consiste à produire de l’urbanité sur ces sites enclavés. La halle Pajol, ancienne gare de marchandises, est adossée aux voies ferrées de la gare de l’est. Pour faire vivre ce lieu, il fallait associer des équipements dont les interactions aient un sens pour les habitants, tout en préservant les qualités morphologiques de l’existant. Nous avons associé les fonctions par familles, avec des mutualisations d’espaces possibles. Les équipements les plus publics (bibliothèque, salle de spectacle) sont placés sous la halle face à un jardin pouvant être mis en partage pour des manifestations ; le gymnase et les bureaux sont logés dans deux bâtiments indépendants. L’urbanité du lieu vient de la perméabilité entre ces fonctions, de la distribution et de la continuité des sols, une gageure sur un site accusant un dénivelé de 4,5 m. »

monge-croix-du-sud / toulouse« Les équipes sont jugées sur la générosité spatiale des projets et leurs vertus d’usage »

Alain Gares, directeur des services de Toulouse Métropole

« Sur 57 ha de la commune de Cornebarrieu, la ZAC Monges-Croix-du-Sud s’inscrit dans un cadre à dominante rurale. Une coulée verte de 1,5 km, financée par Toulouse Métropole, se développe entre les zones habitées. Ces 26 plateformes constructibles s’insèrent dans des franges boisées prescrites par l’aménageur mais financées par les promoteurs. L’abondance des plantations est la meilleure garantie environnementale dans une région où la chaleur d’été peut être forte. Les plateformes rassemblent logements, jardins, piscines et stationnements. Les bâtiments répondent à des dispositifs bioclimatiques précis : orientation, ouvertures, ventilation naturelle, toitures végétalisées, capteurs solaires… Trois équipes de promoteurs et architectes concourrent pour chaque îlot. Elles sont jugées sur la générosité spatiale des projets et leurs vertus d’usage. »

Etape 2 montage

le grand large / Dunkerque« Un montage original pour impliquer les promoteurs dans les choix urbains »

Jean-louis Muller, délégué généralaux grands projets, CU de Dunkerque

« La construction du quartier du Grand Large résulte d’un montage original fondé sur une collaboration triangulaire entre la communauté urbaine (CU) et l’aménageur, les promoteurs et bailleurs sociaux, et l’urbaniste architecte. Cette méthode, fréquente dans les pays anglo-saxons, permet d’impliquer les promoteurs dans les choix urbains plutôt que de les consulter une fois le plan-masse bouclé, au risque de les voir remettre en cause les choix de l’urbaniste. Les groupements promoteurs-bailleurs ont été mis en concurrence sur la base de bilans financiers : engagement sur le prix de vente et de location, coûts de construction, marge. Une fois le groupement retenu (1), un protocole d’accord a été conclu avec la CU sur les aspects financiers (marge plafonnée à 8 %) et la qualité des logements. La charge foncière a été un levier : nous l’avons baissée lorsque les exigences environnementales entraînaient des surcoûts trop importants. Le concours pour désigner l’urbaniste coordonnateur de la ZAC et l’architecte de la première tranche (plus de 300 logements) a ensuite été lancé (2). Même méthode pour la seconde, mais les opérations seront plus petites avec un découpage en 11 lots, plus faciles à commercialiser. La consultation auprès des promoteurs porte sur trois lots (200 logements). Chacun fera l’objet d’un concours sur esquisse mettant en concurrence trois équipes d’architectes. »

Les rives de la haute deûle / lille-lomme« Mettre la dynamique économique au service d’une mixité sociale et fonctionnelle »

Fabienne Duwez, directrice de l’aménageur Soreli

« Cette première ZAC opérationnelle de 25 hectares a pour objectif de donner le ton de la qualité urbaine qu’on souhaite mettre en œuvre sur un territoire totalisant une centaine d’hectares. La création d’Euratechnologies et l’aménagement d’espaces publics majeurs ont formé une pièce autour de laquelle vont s’agréger les actions publiques et privées. Il faut aussi relever les effets d’entraînement entre l’économique et l’urbain. Les 1 500 nouveaux emplois générés par la création d’Euratechnologies sont un moteur pour l’opération. Ils crédibilisent notre démarche auprès des promoteurs, qui ne réalisent que s’ils ont des perspectives de commercialisation. L’idée est de mettre cette dynamique au service d’une mixité sociale et fonctionnelle, que nous déclinons à l’échelle de l’îlot, en privilégiant l’animation des rez-de-chaussée : crèche, restaurants, centre de remise en forme… Les opérations en chantier offriront des parcours résidentiels complets : locatif social, libre ; accession sociale, plafonnée, libre… Avec le développement durable en ligne de mire, puisque nous avons attribué les lots à des groupements de promoteurs concepteurs en imposant à la fois des niveaux de charge foncière et des exigences environnementales. »

Etape 3 Réalisation

les brichères / auxerre« L’eau génère les plantations et construit les lieux »

Serge Renaudie,urbaniste et paysagiste

« L’opération de renouvellement urbain sur le quartier des Brichères ménage un espace paysager central, le long du talweg où convergent les noues de collecte des eaux pluviales. A cet endroit, un ruisseau qui avait été dévié pour alimenter la ville a réapparu. Tout dans le terrain - pentes, fossés, végétation, résurgences - indiquait que ce ruisseau avait existé, même s’il avait disparu des mémoires. Les fouilles archéologiques ont révélé un établissement humain de la période néolithique sur ce qui était alors les berges d’une rivière. Reprendre le fil de cette histoire est émouvant et passionnant. C’est l’eau qui génère les différents types de plantations, qui construit les lieux. Même en plein chantier, nous suivons ses indications et, quand une résurgence s’épand en créant une zone humide, nous modifions le projet pour la respecter. D’autant plus si une poule d’eau et quatre colverts s’y installent. La compréhension et le respect du fonctionnement hydraulique sont essentiels. »

la courrouze / rennes « Nous nous sommes appuyés sur le site pour mettre en œuvre nos exigences »

Emmanuel Couet, maire de Saint-Jacques-de-la-Lande et président de la SEM Territoires

« Sur la Courrouze, plutôt que de faire table rase du site existant, nous avons choisi de nous appuyer sur ses caractéristiques pour fonder notre projet, et mettre en œuvre nos exigences en matière de développement durable.Il y avait fina­lement peu de bâtiments sur le secteur. Certaines halles n’en seront pas moins réhabilitées pour accueillir des logements ainsi que des équipements publics. Le patrimoine végétal a lui aussi fait l’objet d’un inventaire précis, qui a identifié les sujets à conserver sur cette centaine d’hectares reconquis par la nature. Autre legs, les réseaux ferrés qui acheminaient les munitions seront recouverts d’un substrat végétal et conservés : ils pourraient se révéler précieux dans un avenir où l’usage de l’automobile s’estompera. Par ailleurs, la question des sols demeure cruciale : en confinant les terres polluées dans un merlon antibruit qui s’étend le long de la rocade, nous limitons les rotations de camions à proximité du centre-ville. Les matériaux issus de la déconstruction sont également intégrés aux structures de voirie. Et enfin, nous nous attachons à limiter les déblais en imposant aux promoteurs des parkings semi-enterrés. »

Etape 4 évaluation

caserne de bonne / grenoble« Nous avons conduit avec les habitants des comités de gestion HQE »

Michel Gibert, directeur développement durable, Opac 38

« En tant que bailleur social, nous avons tout intérêt à investir dans des techniques environnementales : les bâtiments économes permettront à nos locataires de mieux faire face au renchérissement et à la raréfaction des énergies. Le bâtiment de l’Opac 38 comporte 52 logements, avec des caractéristiques standard pour la ZAC de Bonne : isolation par l’extérieur, double vitrage au gaz argon, ventilation double flux, panneaux solaires thermiques, cogénération… Comme dans tous nos bâtiments visant les économies de charges, nous avons conduit avec les habitants des comités de gestion HQE (haute qualité environnementale), où l’on vérifie après coup quelles sont les performances atteintes par rapport aux cibles initiales. C’est l’occasion de favoriser au quotidien l’appropriation de gestes responsables, en matière de gestion des déchets, de chauffage ou de ventilation. »

lyon confluence / lyon« Les bâtiments livrés sont suivis sur deux ans pour comprendre ce qui a fonctionné ou non »

Marc Jedliczka, directeur de l’association Hespul

« Les trois premiers îlots de Lyon-Confluence, lauréats du programme européen Concerto-Renaissance en 2005, ont des objectifs de performances énergétiques intéressants, puisqu’ils se situent sous les 50 kWh/m2.an, avec 80 % d’énergie renouvelable en dehors des parties privatives. En termes de conception, cela implique des outils nouveaux, tels que la simulation thermodynamique : chacun des bâtiments a ainsi été testé avant le dépôt de permis. Pour vérifier qu’il n’y avait pas de dérive entre les objectifs initiaux et la réalité, nous avons aussi épluché chacun des documents de consultation des entreprises. Dès que les bâtiments sont livrés, un suivi est mené sur deux ans, avec des campagnes de mesures réalisées à l’aide de capteurs. Sur l’ensemble du programme Concerto, une dizaine de logements sont suivis dans le détail. L’idée est moins de sanctionner que de comprendre ce qui a fonctionné ou non dans la conception, la réalisation et la réception des bâtiments. L’un des intérêts de cette démarche est d’avoir structuré la filière : sur les lots suivants, pourtant hors programme Concerto, les projets vont nettement plus loin dans les performances. »

(1) Nacarat, Nexity, Beci, Le Cottage social des Flandres et la Maison flamande pour la première tranche.(2) L’architecte urbaniste Nicolas Michelin (ANMA).

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