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Construire le regard Les photographes Véra Cardot et Pierre Joly

le 12/09/2013  |  ProfessionArchitectureCultureTechniqueBâtiment

Par leur engagement, les photographes Véra Cardot et Pierre Joly ont largement contribué à une reconnaissance de l’art et de l’architecture des Trente Glorieuses en France. En allant systématiquement à la rencontre des créateurs, ils ont cherché à comprendre leur démarche et à la rendre sensible pour eux. L’outil photographique est à la fois un support d’analyse, d’illustration et une force de conviction afin de valoriser les nouvelles productions de plus de 300 maîtres-d’œuvre. Leur travail critique mêle étroitement textes et images et renouvelle le reportage architectural. Pendant ces années de croissance, les deux photographes témoignent des nombreux échanges entre l’architecture et les arts plastiques et en soulignent l’importance pour la conception de l’espace. À l’heure où les rénovations d’édifices de cette période se banalisent, l’étude de leur fonds d’archives constitue un précieux témoignage pour l’histoire et la culture architecturales.

L a collaboration de Véra Cardot et Pierre Joly débute en 1960, portée par un engagement communiste et une pratique de la photographie qui les rassemble. D’origine hongroise, Véra Cardot est d’abord une journaliste politique. Ancien élève de l’École Normale, Pierre Joly est, quant à lui, critique d’art depuis 1957. À cet égard, un de ses textes écrit en octobre 1959 dans la revue Les lettres françaises sur la « Jeunesse de la sculpture », offre des clefs de lecture qui seront ensuite reprises par le duo. Citant Alberto Giacometti qui s’explique sur sa volonté de créer une sculpture qu’on pourrait continuer indéfiniment et qui gagnerait en signification, plus on la travaillerait, il conclut : « Ces réflexions sur une sculpture, qui ne voudrait ni ne pourrait se contenter de produire des objets, mais ces objets seraient signes d’autre chose et leur signification ne s’épuiserait pas avec eux, pourraient encore profiter à la sculpture d’aujourd’hui ». C’est ensuite dans le cadre d’une première publication sur le sculpteur Marcel Gimond que Véra Cardot et Pierre Joly réaffirment leur point de vue. Proches des créateurs, ils ambitionnent de décrypter leur manière de faire. Le parti pris du reportage en découle : ils refusent l’idée même de « faire une photo unique qui rendrait compte de tout »(1). Les clichés intègrent alors une série et leur succession compose d’évidentes séquences cinématographiques. L’utilisation récurrente du 6x6 de l’appareil Rolleiflex concourt à asseoir la cohérence du programme de repérage et de diffusion, à fabriquer de la narration par l’image. La série leur est nécessaire car elle brouille l’identité de l’auteur comme le souligne Pierre Joly(2) : « Dans cette suite de photos, nos deux personnalités trouvent à s’exprimer à tel point que le plus souvent, au bout d’un certain temps, nous ne savons plus distinguer qui a fait quoi ». L’œuvre photographique est commune.

Photographier pour apprendre

La rencontre avec le sculpteur André Bloc en 1960 est décisive car son activité les conduit à établir un lien entre les pratiques artistique et architecturale. Fondateur du mensuel l’Architecture d’aujourd’hui, puis de la revue pluridisciplinaire Aujourd’hui : art architecture, il est le principal animateur du groupe Espace constitué en 1951 (3). Mentor de l’architecte Claude Parent – une relation qui aboutit notamment à la réalisation de sa maison au cap d’Antibes –, il est aussi l’auteur de « sculptures habitacles » photographiées par le couple. À la suite d’une conférence de Le Corbusier au Groupe d’ethnologie sociale dirigé par Paul Chombart de Lauwe, Véra Cardot et Pierre Joly se rendent à l’Unité d’habitation de Nantes-Rezé. L’outil photographique qu’ils assimilent à un « merveilleux moyen de connaissance », les guide vers un apprentissage de l’architecture. Une façon de « céder au désir de connaître qu’ils cherchent à traduire en images pour se former une opinion sur chaque ouvrage »(4). Sans leur promettre de commandes, Le Corbusier les invite à effectuer des prises de vue de l’Unité de Briey et du couvent de la Tourette. Pendant l’été 1961, ils réalisent les premiers reportages sur des édifices qu’un de ses disciples, Georges Candilis, a bâti avec Alexis Josic et Shadrach Woods, et par la suite, illustrent la monographie éditée par le trio en 1968. En 1962, ils poursuivent leur travail sur Le Corbusier avec l’Unité de Marseille, la cité Frugès de Pessac, l’usine de Saint-Dié, immortalisent le siège d’IBM à La Gaude édifié par l’américain Marcel Breuer, rencontrent Jean Prouvé dans sa maison à Nancy.

Leur militantisme politique et artistique les pousse à sortir des sentiers battus et à rencontrer des protagonistes aux préoccupations analogues. Dans cette optique, ils photographient de nombreuses constructions issues des commandes publiques comme le logement de masse, les équipements ou encore les villes nouvelles. L’émission télévisuelle « Chambre noire » de Michel Tournier qui leur est consacrée en 1965 rend notamment compte de leur intérêt pour la production inventive d’architectes contemporains qui exercent de manière collective. Ils y présentent le quartier de La Viste à Marseille de Candilis/Josic/Woods, l’ensemble comprenant des logements et une église qu’émile Aillaud conçoit à Forbach avec des artistes, la bibliothèque de Clamart de l’Atelier de Montrouge. Jusqu’en 1990, ils témoignent du travail de plus de 300 maîtres d’œuvre français parmi lesquels Édouard Albert, Robert Auzelle, Henri Bernard, Jean Dubuisson, Guillaume Gillet, Jean Ginsberg, André Gutton, Paul Herbé, Guy Lagneau, Marcel Lods, Raymond Lopez, Oscar Niemeyer, Maurice Novarina, Georges-Henri Pingusson, André Wogenscky, Bernard Zerhfuss. La production de la jeune génération – Georges Adilon, Michel Andrault et [...]

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