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« Construire là où sont les besoins »

Propos recueillis par Laurence Francqueville et Françoise Vaysse - |  le 18/06/2010  |  ConjonctureImmobilierLogementBouches-du-RhôneApprentissage BTP

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Marc Pigeon, président de la Fédération des promoteurs constructeurs (FPC) -

A la veille du congrès annuel de la Fédération des promoteurs constructeurs, qui se tiendra les 24 et 25 juin à Marseille autour du thème « promoteur immobilier, un engagement citoyen », son président se montre serein face au projet de réforme des aides à l'accession à la propriété.

- Vous avez pris la tête de la fédération en pleine crise de l'immobilier. Estimez-vous que celle-ci est derrière nous ?

La crise des opérateurs s'est estompée grâce au plan de relance gouvernemental. Pour autant, la crise du logement persiste. Elle se traduit par une faible production et la perception par nos concitoyens d'un décalage qui va croissant entre le prix de l'immobilier et leurs revenus. Dans le monde de l'immobilier et du logement, je dirais qu'on est toujours en crise. Et l'on ne s'en sortira pas sans une réflexion et une programmation à moyen ou long terme qui permettrait à toute la filière immobilière de s'organiser.

- La reprise du marché vous paraît-elle durable?

Vous parlez de reprise, mais en comparaison d'une année 2008 au cours de laquelle les ventes s'étaient effondrées. Aussi le volume d'activité actuel, même en reprise, ne permettra pas de répondre aux besoins. Si l'investissement locatif privé est à un bon niveau, il nous manque environ 30 000 logements pour satisfaire les aspirations de nos concitoyens à accéder à la propriété. Et je ne me prononcerai pas sur la pérennité de la reprise, car rien n'est jamais durable. Les dispositifs se succèdent, mais avec des espérances de vie limitées. Ainsi, par exemple, le dispositif Scellier en faveur de l'investissement locatif était programmé pour quatre ans. Neuf mois plus tard, il a été révisé. Nous ne sommes sûrs de rien.

- Cette reprise n'est-elle justement pas menacée par la réforme des aides à l'accession à la propriété, qui vise à faire des économies ? Selon vous, que convient-il de faire et de ne pas faire ?

Cette réforme ne m'inquiète pas. Au contraire, nous l'espérons. Car jamais, depuis quinze ans, l'accession à la propriété n'a été aussi faible. Nous partageons l'idée qu'on doit pouvoir faire mieux avec moins d'argent. Ainsi, la déductibilité des intérêts d'emprunt, votée dans le cadre de la loi Tepa, est onéreuse et a peu d'effet sur le pouvoir d'achat immobilier puisqu'on en bénéficie après l'acquisition. Il convient de resolvabiliser les ménages en amont, au moment de l'analyse financière préalable à l'acte d'achat. Et, à la lumière du succès du Pass foncier, le cumul d'un prêt sans intérêt et d'une avance à remboursement différé me paraît un puissant levier de resolvabilisation. Nous avons, avec nos amis de la fédération du bâtiment, proposé un dispositif qui facilite l'accession dans les zones tendues et intègre des critères environnementaux. Notre proposition a été élargie à l'ancien. Elle est bâtie sur le même principe, considérant qu'il ne peut y avoir d'aide sans contrepartie de travaux, pour éviter à la fois de gaspiller l'argent public et de nourrir la chaudière des prix.

- Qu'elle est votre opinion sur la nouvelle réforme du Scellier annoncée par Benoist Apparu, le secrétaire d'Etat au Logement et à l'Urbanisme ?

L'objectif est de construire là où sont les besoins et de prévenir les dérives. Anticipant l'analyse actuelle, j'avais proposé en septembre dernier une baisse des plafonds de loyers et le recalibrage de certaines zones - notamment la zone A - pour s'ajuster au plus près du marché. Benoist Apparu veut aussi revoir certains secteurs où la demande est faible. Nous sommes donc sur la même ligne.
Dans cet esprit, j'ai adressé deux nouvelles propositions au ministre : la première, pour limiter l'élargissement du Scellier à des secteurs de ville de zone C (NDLR : la moins tendue), qui représentent pour ces cités de véritables enjeux. Des opérations programmées mixant location et accession permettraient de mieux maîtriser l'offre tout en ne condamnant pas ces agglomérations à l'immobilisme. La seconde pour permettre à l'investissement privé de participer à nouveau au développement d'une offre locative sociale.

- La profession est-elle prête à verdir le Scellier fin 2010 comme prévu ? Cette perspective ne va-t-elle pas gonfler les ventes au dernier trimestre ?

Au second semestre, 80 % des permis seront déposés en BBC. La promotion immobilière va être le moteur de ce bouleversement technologique. Nous sommes au rendez-vous de nos engagements. Les perspectives pour le second semestre sont difficiles à évaluer. Entre la réduction programmée des aides pour le prêt à taux zéro et du Pass foncier dès le mois prochain, s'ajoute l'influence des débats autour de la loi de finances sur la réforme de l'accession et la réduction des niches fiscales. Au fil de la communication, des phénomènes accélérateurs ou à l'inverse attentistes peuvent se produire.

- Quelle est votre analyse du Grenelle 2 dernière version ?

Les critiques sur le Grenelle 2 ne s'appliquent pas au bâtiment, qui est unanimement reconnu comme un élément positif de la loi. D'ailleurs, tous les acteurs de la filière ont pris en compte cette démarche environnementale et le Conseil national de la construction, que je préside désormais, prépare, sous l'égide de Philippe Pelletier, les modalités de matérialisation de leur engagement.

- Comment appréciez-vous la situation de l'immobilier d'entreprise ?

L'immobilier d'entreprise, qui est étroitement lié à l'activité économique, est en repli. Et je vous fais observer le professionnalisme des opérateurs qui, tirant profit de l'expérience passée, ont su parfaitement gérer cette période difficile. Dans ce contexte, nous avons toutefois quelques raisons d'espérer. D'abord, parce qu'il existe des fonds prêts à s'investir à contre-courant de la conjoncture pour être au rendez-vous de la reprise. Ensuite, le fait de construire des bâtiments basse consommation va, comme pour le logement, donner un coup de vieux au reste du parc. Un marché de réhabilitation-rénovation devrait se développer auprès de propriétaires avertis, soucieux de ne pas détenir un patrimoine obsolète.

- Où en est la réforme de la fédération que vous avez lancée il y a un an ?

Une nouvelle gouvernance a été mise en place et nous allons dévoiler au congrès de Marseille les premiers résultats d'une enquête que nous avons lancée auprès des promoteurs sur notre métier. Ils montrent de façon évidente l'élargissement de notre périmètre d'action. D'ailleurs, dans le prolongement de votre précédente question, je confirme, par exemple, que nous avons un rôle à jouer dans la rénovation-réhabilitation, surtout dans la logique de la reconstruction de la ville sur elle-même. Cette problématique peut et doit tout à fait relever du champ d'action des promoteurs.

- Qu'en est-il de la fondation sur le logement social ou très social que vous aviez prévu de lancer ?

Le projet sera soumis à notre assemblée générale, le 24 juin. Cet engagement sociétal doit être volontaire. Il conviendra donc, pour le concrétiser, que j'obtienne une large majorité lors de cette assemblée. Mon projet est de créer un fonds abrité par la Fondation de France, dont l'objet serait d'aider le financement de programmes d'hébergement pour des personnes très défavorisées. Des associations spécialisées en assureront la gestion, ainsi que l'accompagnement et l'assistance individuelle.

- Où en est votre observatoire de la conjoncture ?

Il fonctionne. Nous observons déjà 62 % du marché et nous pensons atteindre 75 ou 80 % d'ici à la fin de l'année. Nous ne prétendons pas à l'exhaustivité. Nous avons surtout pour objectif de produire des études qualitatives fiables.

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PHOTO - 338409.BR.jpg - © Photos : Vincent Leloup/Le Moniteur
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