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Construire avec la terre de terrassement

RICHARD GOASGUEN |  le 03/06/2011  |  ParisPas-de-CalaisSeine-Maritime

Matériau -

En 2012 sera livré à Gonfreville-L’Orcher (Seine-Maritime) un bâtiment en Cématerre, un nouveau matériau de construction à base de terre, de chaux et de fibre de lin qui se coule comme du béton.

Pourquoi ne pas utiliser la terre alluvionnaire comme du béton et ne pas appliquer aux constructions verticales ce qui se fait pour les terrassements routiers à l’horizontale ? C’est à partir de cette idée simple qu’Alain Lefebvre, président de l’entreprise de bâtiment Lefebvre Industrie, s’est lancée dans l’aventure. Trois années de travail et de recherches en atelier plus tard, avec le soutien de Jean-Elie Dandjinou, ingénieur spécialiste des structures béton du groupe d’ingénierie Auxitec, il crée en mai 2010 la société Cématerre SAS. Ce nom désigne aussi le nouveau produit composé de terre traitée, stabilisée, malaxée puis compactée avec du ciment, de la chaux et du lin. Alain Lefebvre a reçu le soutien du CNRS et de l’université du Havre via son Laboratoire ondes et milieux complexes (LOMC). Puis celui de Jean-Paul Lecoq, député-maire de Gonfreville-L’Orcher (9 200 habitants) en Seine-Maritime.

Plus isolant que le béton

Dans le cadre d’une opération Anru sur le quartier Teltow, la construction d’une pépinière d’entreprises de 600 m² en R 1 était prévue en verre et métal. Elle se fera en Cématerre. Les architectes lauréats du concours se sont pliés de bonne grâce à cette révolution du dossier : « C’est coulé et vibré comme du béton, trois fois plus isolant aux plans thermique et phonique mais moitié moins résistant mécaniquement, d’où des poteaux de 80 cm et des épaisseurs de mur de 45 cm. » Brevets internationaux déposés et Atex (appréciation technique d’expérimentation) du CSTB en cours, Alain Lefebvre a pu signer en février une convention préludant à cette réalisation. Elle prévoit l’installation par le CNRS d’une cinquantaine de capteurs pour suivre le processus constructif et le comportement du bâtiment sur dix ans. Fabriquées avec HPL Distrimix (Pas-de-Calais), les malaxeuses mobiles ont été testées et le chantier a débuté en avril. La matière première est composée sur place avec la terre des terrassements. Puis le produit est coulé dans des coffrages et vibré avec des aiguilles vibrantes.

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