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Conjoncture La crise de l’immobilier fait ralentir le bâtiment
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Conjoncture La crise de l’immobilier fait ralentir le bâtiment

Françoise Vaysse avec Julien Beideler |  le 18/09/2008  |  LogementImmobilierConjonctureRénovationEnergies renouvelables

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Après onze ans de croissance ininterrompue, le bâtiment est frappé par la crise de l’immobilier, résidentiel ou non. Les défaillances d’entreprises montent à pic et l’intérim fait les frais du ralentissement.

Le bâtiment rentre dans le rang. C’en est fini de caracoler sur des croissances à deux chiffres et de créer 15 000 emplois par trimestre, comme il le faisait depuis 2005. Pour l’année 2008, l’activité ne devrait augmenter que de 0,7 % à 0,9 %. Mais, sur les marchés, les ventes de logements neufs et anciens s’effondrent et le non-résidentiel se montre hésitant.

Ce qui frappe dans cette crise, c’est sa brutalité. Le recul de 34 % des ventes de logements neufs au deuxième trimestre (après - 28 % au T1) a fait l’effet d’une douche glaciale, en plein mois d’août. Les professionnels n’ont pu se consoler avec l’ancien : selon les notaires, les ventes ont chuté de 25 % au premier semestre. Or, chaque transaction génère des travaux dans le nouveau logement.

Dans le non-résidentiel privé, les bureaux franciliens sont au diapason avec le climat économique : la demande placée (locations et ventes à utilisateurs) a baissé de 19 % au premier semestre et les investisseurs ont mis deux fois moins d’argent sur l’immobilier d’entreprise que l’an passé (4,7 milliards contre 11). Quant aux locaux administratifs, ils subissent le contrecoup du cycle électoral et de la fin du plan hôpital. Seule l’hôtellerie s’en tire et promet de devenir le nouvel eldorado des investisseurs.

Inquiétude

Cerise sur le gâteau : les perturbations dans la remontée des informations statistiques depuis un an faussent les chiffres des mises en chantier et empêchent de mesurer exactement l’ampleur du ralentissement. « Si je me trompe de 10 % dans mes prévisions, 40 000 logements sont en jeu », se plaint un prévisionniste.

« L’avenir nous inquiète », reconnaît Didier Ridoret, qui vient de prendre la présidence de la FFB. De fait, les défaillances d’entreprises ont bondi de 34 % entre les premiers semestres 2007 et 2008 et 4 400 emplois seulement ont été créés au deuxième trimestre contre 12 000 au premier trimestre.

Certes, compte tenu de l’inertie du secteur, les carnets de commandes représentaient encore 6,5 mois d’activité en juillet (contre 7 à l’été 2007). Mais la prise de commandes est plus difficile. Tournées vers l’entretien-réhabilitation, les petites entreprises s’en tirent. Les très grands groupes sont protégés par leur internationalisation. Mais « les entreprises moyennes risquent de souffrir le plus fin 2008, début 2009 », analyse le patron de la FFB.

Les maçons touchés

La Capeb est sur la même longueur d’onde : pour elle, les moins de 10 salariés encaissent mieux le coup que les 10/20 salariés. Mais, elle pense être dans le bas de sa fourchette de prévision pour 2008 (entre 1,5 % et 2 %) et ne voit pas de redémarrage avant fin 2010/début 2011, le temps de sentir les effets du Grenelle de l’environnement. Compte tenu de leur implication dans la maison individuelle (les ventes en diffus ont chuté de 13 % au premier semestre, selon Caron Marketing), les maçons sont les premiers à sentir la crise. Les charpentiers aussi.

Dans le second œuvre, les plombiers chauffagistes commencent à être concernés : le baromètre de l’Union climatique de France confirme un ralentissement de la croissance au deuxième quadrimestre 2008. Les énergies renouvelables sont les plus dynamiques, la climatisation se porte bien ( 1,6 %) mais le chauffage souffre plus, notamment dans le neuf ( 0,6 %). Or, il représente 41 % des activités du génie climatique. Dans la plomberie-sanitaire, l’ambiance est moyenne.

Les fabricants de parquet font part d’un ralentissement très fort (entre - 10 et - 20 %) dans les secteurs liés à la grande diffusion comme le contrecollé. Les entreprises de l’Union des professionnels de la peinture et des finitions continuent de qualifier de « favorable » la conjoncture, car elles travaillent à 80 % dans la rénovation. Certes, elles notent un léger flottement dans le programme de rénovation des équipements publics après les élections. Mais elles placent tous leurs espoirs dans l’isolation par l’extérieur. « Dès qu’il y aura des mesures d’incitations financières post-Grenelle, le marché va décoller. Et alors, il doublera tous les ans », parient-elles. Finalement, le Grenelle de l’environnement apparaît bien comme une planche de salut pour le secteur.

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GRAPHIQUE - EVE Conjoncture graf courbes.ai - © Source : FFB
Michel Verrando, président de l’Union des métalliers à la Fédération française du bâtiment.

«Faut-il parler de crise ? Je crains qu’en faisant preuve d’un excès de pessimisme, nous n’effrayions les investisseurs susceptibles de maintenir l’activité. Pour l’heure, la métallerie échappe plutôt à la morosité de la conjoncture générale. Deux éléments jouent en notre faveur : les chantiers de mise aux normes en matière d’accessi­bilité et les premières baisses des prix de l’acier.»

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Philippe Caillol, président de l’Union des métiers du plâtre et de l’isolation.

« Dans nos métiers, l’activité est encore à haut niveau mais les carnets de commandes s’effritent. Le logement neuf baisse, les marchés de bureaux-tertiaire stagnent et l’entretien-réhabilitation est encore dynamique. Reste à savoir comment se concrétisera le Grenelle de l’environnement. Ce pourrait être une chance historique pour la profession.»

« Nous sommes sur un rythme de 14 000 défaillances par an »

Karine Berger, directrice des études de l’assureur-crédit Euler Hermes Sfac.

Dans votre dernière note, vous évoquez une « crise du bâtiment ». Sur quoi vous basez-vous ?

Nous parlons de crise car depuis le deuxième trimestre 2008, le bâtiment connaît une croissance négative de sa production. Cette phase de récession devrait durer encore pendant les trois prochains trimestres, c’est-à-dire jusqu’à l’été 2009. Nous basons notre prévision sur deux indicateurs tangibles que sont les mises en chantier et les permis de construire.

Dans quelle mesure cette situation impacte-t-elle les entreprises ?

Cette situation dégradée se retrouve au travers de la forte remontée des défaillances d’entreprises. Nous constatons une augmentation de l’ordre de 25,3 % entre juin 2007 et 2008, ce qui fait de la construction l’un des plus forts contributeurs à l’augmentation de la sinistralité. Au premier semestre 2008, l’augmentation des défaillances a même atteint 27 % pour la construction – et 36,7 % pour l’immobilier. Aujourd’hui, nous sommes sur un rythme de 14 000 défaillances annuelles contre 10 000 il y a un an. Cette croissance devrait s’atténuer pour se poursuivre en 2009 sur un rythme de 10 %.

Quelles sont les entreprises les plus touchées ?

Il est très difficile de dresser un portrait-robot ; une vague de 25 % affecte tout le monde. Il est vrai que fin 2007-début 2008, les petites structures (de moins de 20 salariés) ont été les premières touchées. Mais par la suite, la sinistralité a gagné des entreprises de taille significative. Aujourd’hui, elles doivent faire face, comme les autres, à une crise de la demande, qui affecte leurs carnets de commandes.

34 %

Boom des défaillances

6 762 entreprises de la construction ont été défaillantes au cours des six premiers mois de 2008 contre 5 046 au premier semestre 2007, selon l’Insee. Depuis mars, leur nombre dépasse systématiquement le millier.

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