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Communes fleuries : Eu, coup de cœur normand (3/3)
Le jardin de l'auberge du jeunesse, installée dans les dépendances du château, illustre la double priorité municipale à l'eau et au patrimoine - © © Laurent Miguet

Communes fleuries : Eu, coup de cœur normand (3/3)

Laurent miguet |  le 22/08/2016  |  France entière

Le jury national des villes et villages fleuris de France désignera l'élite des communes vertes lors de son assemblée plénière du 25 octobre. Paysage Actualités a participé aux visites des candidats d'Ile-de-France, des Haut-de-France et de Normandie. Avec Eu (Seine-Maritime) se clôt l'e-feuilleton des coups de coeur suscités par ces découvertes.

L’équipe d’ingénieurs qui pilote la ville d’Eu depuis 2014 a remis en ordre de marche sa machine à produire et gérer les espaces verts. Au fil de la visite guidée du 4 août avec le jury national des villes et villages fleuris, la reprise en main des entrées de ville le démontre et illustre l’ouverture au management participatif : « Sur ce rond-point qui débouche de la route de Beauvais, les crayons que vous voyez émerger du parterre fleuri résultent d’une initiative des jardiniers de la ville, suite à l’attentat contre Charlie Hebdo », témoigne Jean-Christophe Raguet, directeur des services techniques recruté en janvier 2015 par le nouveau maire Yves Derrien. Ces services emploient 65 agents, dont 21 aux espaces verts qui anticipent leur renouvellement avec trois contrats d’avenir.

Services créatifs

Un récent coup de com de la municipalité témoigne de sa sensibilité managériale : soutenu par les élus et la direction des services, le refus de tondre des pelouses maculées de crottes de chien a déclenché une conférence de presse pour annoncer l’amende de 68 euros désormais associée aux déjections canines sur l’espace public.

L’optimisation des ressources internes et la transversalité entre urbanisme, espaces verts, voirie et patrimoine font partie des leitmotivs du maire : la commune espère réduire son endettement par la réduction des sous-traitances. L’aménagement récent d’un square de centre-ville témoigne de l’inventivité des services pour réemployer les matériaux disponibles : l’abattage d’un saule pleureur malade a fourni le bois d’un banc et d’une poubelle. A côté, la ville a réemployé les chapeaux de pierre qui coiffent les anciens parapets d’un pont sur la Bresle, après être sorti par le haut d’une difficile négociation avec le département de Seine-Maritime : ce dernier possède les  berges, alors que la voirie détient les voiries, mais à qui appartiennent les garde-corps ?

La ville a réemployé le chapeau de l'ancien parapet, rabaissé pour inciter aux promenades urbaines grâce à une  plus grande proximité de l'eau.
La ville a réemployé le chapeau de l'ancien parapet, rabaissé pour inciter aux promenades urbaines grâce à une plus grande proximité de l'eau. - © © Laurent Miguet

Un peu plus loin, la structure d’un ancien toboggan revit sous la forme d’un abribus. L’art du recyclage n’empêche pas la cohérence, comme en témoigne la remise en peinture de la totalité du mobilier urbain dans la même teinte gris anthracite, choisie tant pour des raisons budgétaires que pour son harmonie avec la brique qui domine le bâti.

L’eau et le patrimoine

L’abaissement des parapets du pont sur la Bresle démontre une volonté de mieux intégrer l’eau dans la ville, l’une des trois priorités du mandat d’Yves Derrien, qui en cite deux autres : la mise en valeur de la cité gallo-romaine de Briga, riche d’une basilique et de huit temples répartis sur 50 hectares à l’Est de la ville, et l’entretien d’un patrimoine bâti exceptionnel, autour du château Louis-Philippe et de son parc de 12 hectares créé au XVIIème siècle par la Grande Mademoiselle.

Cousine de Louis XIV, la Grande Mademoiselle a créé le parc du château Louis-Philippe, au centre-ville.
Cousine de Louis XIV, la Grande Mademoiselle a créé le parc du château Louis-Philippe, au centre-ville. - © © Laurent Miguet

La collégiale Saint-Laurent et l’hôtel Dieu en constituent les deux autres pièces maîtresses, en même temps que des charges budgétaires difficiles à maîtriser quand elles s’additionnent avec celles qui résultent des fonctions de centralité d’agglomération, pour une ville de 7500 habitants. A l’hôtel Dieu du XVIIème siècle, la rénovation des jardins mobilisera les étudiants de la maison familiale rurale d’Yzengremer (Somme), qui crée à la rentrée 2016 un brevet de technicien supérieur sur le paysage et le patrimoine. La ville s’appuiera également sur cette formation pour la mise en valeur de son site gallo-romain.

Le Tréport, ville sœur

La priorité au patrimoine fait partie des points communs entre les trois voisines désignées comme « sœurs » : Mers-sur-Mer, Le Tréport et Eu. A tel point que les trois villes – dont la première située en Haut-de-France et les deux autres en Normandie – ont envisagé de lancer conjointement une aire de valorisation de l’architecture et du patrimoine (Avap) avant de reculer sous le poids de la complexité administrative. Engagée dans cette voie avec l’appui de deux étudiants en architecture de l’école de Chaillot qui ont consacré à la ville leur projet de fin d’étude, Eu devrait faire partie des premières expérimentatrices de la nouvelle procédure de Site patrimonial remarquable (SPR), nouvelle version des Avap née cet été de la loi Création architecture patrimoine (Cap).

La coopération des villes sœurs ne s’en poursuit pas moins, sous l’angle des circulations douces : d’ici un an, l’aménagement de l’espace naturel, sur le site de l’ancienne station d’épuration d’Eu, prolongera un chemin piétonnier et cyclable vers le Tréport, une ville sœur ouvrière et toujours communiste, qui a longtemps appréhendé le château de sa voisine comme le symbole d’un conflit de classe. « Alors que dans notre cas, le patrimoine constitue un fardeau difficile à soutenir, cette idée subsiste dans l’esprit de nombreux électeurs, mais cela n’empêche pas les maires de bien s’entendre », souligne Yves Derrien.

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