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International : comment se développer en zones à risques
L'usine Lafarge de Jalabiya, en Syrie, en février 2018. Le cimentier est toujours sous le coup d'une enquête sur ses agissements dans le pays. - © DELIL SOULEIMAN / AFP

Enquête

International : comment se développer en zones à risques

Adrien Pouthier |  le 19/10/2018  |  EntreprisesSécurité et protection de la santéRazel-BecVie du BTP

Face aux dangers climatiques, sanitaires ou sécuritaires, les entreprises misent désormais sur la transparence avec leurs salariés et affinent leur stratégie avec des cabinets de conseil.

« Complicité de crime contre l'humanité », « financement d'une entreprise terroriste », « mise en danger de la vie de salariés », « violation d'un embargo »… Voilà les chefs d'accusation terribles qui pèsent sur Lafarge pour avoir voulu coûte que coûte maintenir l'activité de son usine de Jalabiya, entre 2011 et 2015, dans une Syrie en guerre. On parle ainsi de 12 à 13 millions d'euros versés à des groupes armés et d'une possible vente de ciment à l'Etat islamique. Le coût en termes d'image de marque est élevé. Le bilan humain l'est bien plus. En effet, contrairement à d'autres multinationales, le cimentier français avait décidé de rester en Syrie, exposant ses salariés locaux aux risques de rapt, alors que la direction du site avait, elle, déjà quitté l'usine et évacué ses expatriés. Plusieurs employés locaux ont été enlevés.

Selon des témoignages recueillis par l'AFP, on dénombrerait un mort et un disparu.

Prendre « le juste risque » et apporter la preuve qu'il est mesuré.

La question qui brûle les lèvres est alors la suivante : le jeu en valait-il vraiment la chandelle ? Et au-delà du cas bien particulier de Lafarge, une entreprise doit-elle s'aventurer dans des pays en conflit ou des zones instables ? « Entreprendre, c'est prendre des risques, rappelle Eric Le Grand, vice-président du CDSE, le Club des directeurs de sécurité & de sûreté des entreprises. C'est un passage obligé pour tout dirigeant qui veut se développer. Le paradoxe, c'est que si vous prenez trop de risques, vous ne serez plus là demain, mais si vous n'en prenez aucun, vous pouvez disparaître. Or, les marchés nouveaux se situent souvent dans des zones en fort développement, dans des pays émergents. Et se développer dans ces territoires, c'est être confronté à des menaces importantes : criminalité, terrorisme, corruption, aléas climatiques, risques sanitaires ou géopolitiques. »

Il s'agit donc pour l'entreprise de prendre « le juste risque » et surtout de pouvoir, le cas échéant, apporter la preuve qu'il est bien mesuré, en premier lieu auprès des collaborateurs. « Ces derniers ne vont plus n'importe où, n'importe comment, sans que leur employeur ne leur donne d'informations précises, sans qu'il ait mis en place les mesures de protection adéquates, confirme Laurent Mereyde, président de la commission sûreté internationale du Cindex, le Centre interentreprises de l'expatriation. La sûreté ne se décrète pas mais elle repose sur l'adhésion des collaborateurs. Pour ce faire, il y a eu une mutation en interne des entreprises qui ont appris à communiquer sur le sujet. Il y a vingt ans, c'était davantage l'approche de la discrétion. Aujourd'hui, la transparence est totale et c'est tant mieux. »

Cartographie du risque. D'autant que la « jurisprudence Karachi » - condamnation de la Direction des constructions navales après les attentats de 2002 pour faute inexcusable de l'employeur -a rappelé les obligations de sécurité de l'entreprise vis-à-vis de son personnel dans les pays à risques. « Si vous n'êtes pas en mesure de le rassurer, ou de lui garantir des déplacements sans risque dans des zones "sensibles", vous n'aurez pas de volontaires », confirme Eric Le Grand. Pour ce dernier, avant de décider d'opérer dans un nouveau territoire, « il faut qu'une cartographie des menaces soit établie, que le décideur possède l'ensemble des informations qui lui permettent de dire "je prends le risque". Elles sont de trois ordres : protection, prévention, anticipation. En leur absence, le chef d'entreprise doit dire "je n'y vais pas" ».

« Les collaborateurs ne vont plus n'importe où sans la mise en place des mesures de protection adéquates » Laurent Mereyde, spécialiste [...]

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