Energie

Comment les centrales nucléaires françaises font face aux risques naturels ?

Le risque sismique est devenu depuis quelques années en France une préoccupation majeure en matière de sûreté nucléaire. S’il n’y a pas de risque de tsunami, ni de tremblement de terre d’une ampleur de celle enregistrée par le Japon, les experts s’accordent à reconnaître qu’il y aura certainement des leçons à tirer, notamment sur les problèmes d’inondations qui, à l’instar de la catastrophe japonaise, ont dégradé les équipements de refroidissement des réacteurs.

«En termes de réglementation, les centrales nucléaires sont des ouvrages qui appartiennent à une classe de risque à part, au-delà même du «risque spécial» correspondant aux installations Seveso», pose Wolfgang Jalil (Amadeus Consult), professeur à l’Ecole nationale des ponts et chaussées. «Cela revient à prendre en compte la possibilité de séismes très importants, y compris dans les zones peu sismiques comme le nord de la France». Pour dimensionner les installations, on définit le SMS (séisme majoré de sécurité) qui est égal au SMHV (séisme maximal historiquement vraisemblable) auquel on applique un coefficient de sécurité. De sorte qu’en France, les centrales nucléaires sont conçues pour résister à un tremblement de terre dont la magnitude peut aller jusqu’à 6,8 (6,3+0,5). «Au-delà des épaisseurs de béton, on peut si besoin mettre en œuvre des appareils d’appui, sortes d’amortisseurs, qui vont fortement réduire les mouvements en cas de séisme, ajoute Wolfgang Jalil. C’est un système que l’on retrouve sur la centrale de Cruas sur les bords du Rhône».

Des modifications en fonction de l’aléa sismique

L’industrie nucléaire travaille depuis longtemps sur la question des marges de dimensionnement sous séisme. Dès 1978, la Nuclear Regulatory Commission (autorité de sûreté nucléaire américaine) a revu ses règles de dimensionnement pour la réévaluation des installations existantes. En France, la sûreté de chaque installation est réévaluée tous les dix ans au cours du «réexamen de sûreté». «On y vérifie deux aspects: la santé de l’ouvrage qui vieillit et la conformité de l’installation aux normes en vigueur, explique Thomas Houdré, directeur des centrales à l’Autorité de sûreté nucléaire. Si elle n’est pas le seul paramètre sismique déterminant la conception d’une centrale, la nouvelle cartographie du risque sismique peut conduire à modifier ou renforcer les installations nucléaires». «L’aléa sismique est systématiquement réévalué, ce qui peut conduire à une augmentation du niveau de séisme à considérer», ajoute Philippe Bisch, directeur scientifique de l’ingénieriste Iosis (groupe Egis). Si les marges sont insuffisantes, des travaux de mise à niveau sont réalisés». Au Tricastin (dans la Drôme) par exemple, les supports de planchers et de chemins de câbles ont été revus dans la salle des machines. Parfois, les coûts induits par la mise en œuvre des modifications demandées sont tels que l’exploitant préfère mettre à l’arrêt son installation. Ce qui fut le cas par exemple pour Areva à Cadarache ou à la Hague. Depuis 2003, EDF dit avoir investi 500 millions d’euros dans des travaux d’adaptation au risque sismique et d’inondations (dont 130 millions pour l’ingénierie et la R&D).

Les inondations, ennemies n°1

Ainsi, malgré l’application prochaine d’un nouveau zonage sismique, les experts ne sont pas inquiets sur l’état du parc français. Ils le sont davantage sur les effets induits par un séisme (tsunami, inondations…). Si la France ne risque pas la survenue d’un tsunami comme au Japon, plusieurs incidents intervenus ces dernières années ont mis en évidence la fragilité des équipements techniques (panne des groupes électrogènes…) chargés de garantir le refroidissement du cœur. En 2009, à Cruas (Ardèche), la crue du Rhône avait charrié des végétaux qui ont obstrué la station de pompage. Résultat : durant 10 heures, le réacteur n°4 a été privé de sa source de refroidissement. Plus grave, en 1999, l’ouragan Martin provoque l’inondation d’une partie de la centrale nucléaire du Blayais (Gironde). Suite à cet incident grave, EDF a rehaussé les digues, procédé à des enrochements… Qui ont donné satisfaction lors des passages successifs de Klaus en 2009 et Xynthia en 2010. Les centrales du parc français existant sont munies de deux voies de refroidissement possibles, donc une redondance simple. A comparer avec l’EPR en construction à Flamanville qui est muni de quatre voies de refroidissement possibles. «Et pour plus de sécurité, ces quatre bâtiments de sauvegarde sont posés sur un radier commun», détaille Philippe Bisch. «De ce point de vue-là, mais aussi plus globalement, l’EPR répond clairement à des objectifs de sûreté supérieurs», appuie Thomas Houdré.
Vulnérabilité au changement climatique
C’est surtout le parc existant qui inquiète les associations écologistes. Celles-ci soulignent le vieillissement des installations françaises, souvent trentenaires, alors que l’un des réacteurs japonais qui a explosé dépassait les 40 ans d’âge. La centrale de Fessenheim (Alsace), entrée en service en 1977 et installée dans une zone sismique à aléa moyen, cristallise les débats. Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Ecologie s’est voulu rassurante : «les installations françaises sont préparées à faire face aux risques naturels. Fessenheim a été conçue pour résister à un séisme supérieur au plus puissant connu, celui de 1356 à Bâle (en Suisse, à 80 km de là)». Pour autant, le débat qui s’ouvre dans l’opinion publique française va nécessairement aborder la question des risques naturels. «En France, il faudra certainement se reposer la question des risques d’inondation, estime Wolfgang Jalil. Certes au Blayais, les digues ont été améliorées, mais que faire en cas de rupture ? Ne faudrait-il pas revoir là aussi la sécurité du système de refroidissement ?» Avec ses 17 réacteurs en bord de mer, la France pourra difficilement s’épargner un réexamen de la vulnérabilité de ses installations nucléaires au regard du changement climatique.

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