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Smart City - Comment le BTP occupe le terrain

Florent Maillet, avec Augustin Flepp et Jessica Ibelaïdene |  le 23/02/2018  |  RéglementationCher

L'essor des villes intelligentes promet une compétition féroce lors des appels d'offres. L'atout des constructeurs : leur savoir-faire en matière d'aménagement et de pilotage de projets complexes.

Au cœur du Cher, Marmagne vit un début d'année historique, et pas seulement à cause des chutes de neige qui ont perturbé le quotidien de ses 2 000 habitants au début du mois de février. L'essentiel est ailleurs. La commune a lancé en janvier une expérimentation inédite de smart city, à travers un ambitieux projet d'autoconsommation énergétique collective. SmartMagne, c'est son nom, se concrétise par l'installation de 817 panneaux solaires sur neuf bâtiments publics. L'énergie produite devrait couvrir une grande partie des besoins de la collectivité : elle alimentera les neuf ouvrages, des bornes de recharge rapide pour véhicules électriques et quelques habitations à proximité. Mieux, des algorithmes permettront de déterminer le sort de l'énergie produite : consommation, stockage, réinjection dans le réseau…

Un sacré défi technologique - et un investissement de départ de 1,6 million d'euros - qui se révèle emblématique à deux titres au moins. Il témoigne d'abord de l'appétit des collectivités de toutes tailles pour les démarches de ville intelligente. « Les exemples d'initiatives des métropoles sont souvent cités, mais de nombreuses petites et moyennes communes s'intéressent au sujet et lancent des consultations. C'est même notre activité principale », témoigne Yehia Khalife, directeur smart city et infrastructures de transport chez l'ingénieriste Artelia.

Les ensembliers urbains bien placés. SmartMagne montre ensuite qu'un groupe de BTP peut endosser le rôle de chef de file. Le projet est en effet l'œuvre principale du spécialiste des infrastructures énergétiques Omexom, l'une des pépites de Vinci Energies. Une belle ligne sur le CV de la major, tant la concurrence s'annonce féroce sur les marchés de smart city à venir : énergéticiens (lire p. 16) , opérateurs télécoms, géants de la technologie… tout le monde veut sa part du gâteau. Le jeu est d'autant plus ouvert que « la révolution numérique efface les frontières des métiers de chacun, diagnostique Isabelle Baraud-Serfaty, directrice du cabinet Ibicity (lire p. 14) . Dans la smart city, ce sont les compétences d'ensemblier urbain, intervenant sur toute la chaîne de valeur, qui feront la différence. » Ce qui érige tout de même le BTP en candidat naturel.

Au sein des majors, la stratégie « ville intelligente » repose déjà sur des convictions profondes. La première est celle d'une approche systémique : plutôt que de se focaliser sur les technologies, les groupes de BTP l'inscrivent dans le prolongement de leur travail sur la ville durable, dont les innovations décuplent le potentiel. Mais sans escamoter l'essentiel, à savoir la sobriété énergétique, la qualité de vie… « Nous nous appuyons très en amont sur notre direction de la prospective, dont le rôle est de se projeter, de comprendre les usages, les besoins et les attentes de demain », souligne Marie-Luce Godinot, directrice innovation et développement durable de Bouygues Construction. Le groupe a défini une procédure ouverte, et organise des think tanks pour réfléchir à des thématiques de la ville et de… la vie. « En ce moment, nous travaillons beaucoup sur la mobilité mais, avant cela, nous avons axé notre réflexion sur le vieillissement de la population, son impact sur la ville et dans le cadre de la smart city, ajoute-t-elle. Pour cela, nous avons fait intervenir des bailleurs sociaux, des mutuelles, des acteurs de la santé, car ce sont à la fois le logement, le quartier et la ville tout entière qui sont touchés par cette réflexion. Ce travail très en amont constitue la première étape. »

Convergence des besoins. Dans un second temps, les groupes de BTP s'attachent à définir une méthodologie. A rebours, là encore, des effets de manche technologiques, il s'agit de s'ancrer dans la réalité du terrain. « Nous avons défini notre approche il y a dix-huit mois, à travers une démarche baptisée Visions urbaines », confie Lydia Babaci-Victor, directrice du développement et de l'innovation de Vinci Energies. Le groupe s'impose d'observer les territoires pour partir des besoins et des attentes des usagers, et de se caler sur les ambitions et la trajectoire souhaitées par la collectivité. « C'est la convergence de ces besoins qui définit la méthodologie et le projet, nous faisons du sur-mesure pour chaque collectivité », insiste-t-elle. D’où une seconde conviction forte : les projets de villes intelligentes réclament du temps et une démarche partenariale exigeante. « Nous coconstruisons avec les élus, les services territoriaux. Il s’agit de mobiliser un écosystème complet : les citoyens et leurs associations, les start-up, les écoles… », revendique Lydia Babaci-Victor.

La démarche implique de mobiliser les écoles les citoyens, les start-up

Pour Ali El Hariri, patron de la start-up BulldozAir et expert du numérique, les groupes du BTP sont aussi nantis de leur expérience de management de projets complexes : « Pour le moment, il existe peu d'offres packagées et complètes sur la smart city. La logique est de créer des consortiums associant diverses compétences et sociétés, y compris des start-up. C'est l'un des atouts des groupes de BTP, qui savent parfaitement financer, concevoir, construire et exploiter. » Ainsi, le complexe projet dijonnais (lire p. 13), perçu comme le premier contrat global de smart city à l'échelle d'une métropole, a été remporté en septembre dernier par un consortium composé de Citelum (filiale d'EDF), Suez et Cap Gemini et mené par Bouygues Energies & Services. Le projet d'îlot Smartseille, piloté par Eiffage dans la cité phocéenne, en est une autre illustration, à l'échelle d'un écoquartier (lire p. 18) .

Sur ces sujets dont le champ s'élargit en permanence, les groupes de BTP ne se contentent pas de nouer des partenariats ou de racheter des start-up pour développer des compétences. Les programmes d'incubation interne tournent à plein. Bouygues Energies & Services, qui a créé une direction développement, innovation et transformation en juin dernier, a par exemple lancé l'offre Alizé, dédiée à la recharge des véhicules électriques.

Concurrence des géants du numérique. Le temps est compté pour occuper les positions. L'arrivée programmée des géants de la technologie pourrait vite intensifier la concurrence, même si le terrain est sensible pour les collectivités, soucieuses de la maîtrise des données publiques. « Le business model des mastodontes de la technologie repose sur l'utilisation de la donnée à des fins commerciales, rappelle Stéphane Stoll, chief transformation officer de la filiale de Bouygues. Notre approche, elle, se calque sur celle de nos clients, en particulier les maîtres d'ouvrage publics : nous nous soucions que la donnée reste sous leur contrôle. » Un argument qui pourrait peser lourd aux yeux des collectivités.

 

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