En direct

Comment inventorier les réseaux ?

Olivier Baumann |  le 31/05/2013  |  SantéTechniqueEnvironnementGironde

Eau potable -

La réforme réglementaire sur la gestion patrimoniale des réseaux prévoit l’élaboration d’un descriptif détaillé. C’est la première étape vers l’amélioration des performances.

Au 1 er janvier 2014, les exploitants de réseaux d’eau potable et d’assainissement devront avoir réalisé un descriptif détaillé de leurs réseaux, comportant un plan et un inventaire des canalisations. C’est ce que prévoit dans son premier article le décret n° 2012-97 du 27 janvier 2012, imposé par la loi Grenelle 2 pour limiter les pertes en ligne (un litre d’eau potable sur quatre se perd dans les fuites).

Alors que l’échéance arrive à grands pas, que les contrevenants s’exposent à voir leur redevance doubler s’ils ne le réalisent pas (article L 213-10-9 du Code de l’environnement), et que ce patrimoine enterré est globalement mal connu (lire « Le Moniteur » du 9 mars 2012, pages 14 à 18), le contenu de ce descriptif et la façon de le réaliser restent pour beaucoup de collectivités, surtout les plus petites, encore flous.

Un guide et un arrêté

Deux initiatives devraient leur permettre d’y voir plus clair et de se conformer aux exigences de cette réglementation. Un guide technique d’abord, à paraître début juin. Rédigé par un groupe de travail de l’Association scientifique et technique pour l’eau et l’environnement (Astee) et de l’Association des ingénieurs territoriaux de France (AITF), ce document se propose de guider de manière pragmatique les gestionnaires dans l’élaboration du descriptif détaillé, et même d’aller au-delà (lire l’encadré p. 39).Deuxième initiative : un arrêté en préparation, « qui devrait être publié d’ici septembre prochain », selon Jean-Pierre Rideau, pilote de la réforme réglementaire pour le ministère de l’Ecologie. Modifiant l’arrêté du 2 mai 2007 relatif aux rapports annuels sur le prix et la qualité des services publics d’eau potable et d’assainissement, il redéfinira (légèrement) les indices de connaissance et de gestion patrimoniale des réseaux d’eau potable. « Concrètement, il permettra aux gestionnaires de s’assurer, par un système de notation, que leur inventaire détaillé est conforme, précise Jean-Pierre Rideau. Et le niveau minimum requis ne sera pas très difficile à atteindre », rassure-t-il. Même si cette nouvelle réforme prévoit des sanctions, son objectif est avant tout « d'encourager toutes les collectivités, même les plus petites, à entamer une démarche de gestion patrimoniale », explique Jean-Pierre Rideau.
Le descriptif détaillé, et donc l’accès à la connaissance du patrimoine, est la première étape et la condition sine qua non d’une gestion patrimoniale efficace. Il doit être suivi d’un diagnostic de fonctionnement du réseau, lui-même préalable à l’établissement d’un plan d’actions visant à détecter et éliminer les fuites (lire p. 40) et à établir une programmation avisée de l’entretien et du renouvellement du réseau (lire p. 41).

Lire aussi les cahiers pratiques du « Moniteur », sur les « Travaux à proximité des réseaux » : « Point sur la nouvelle réglementation » (n°5700), « Fiches techniques » (n°5702), « Risques pour les principaux ouvrages » (n°5709), « Recommandations et prescriptions » (n°5713). Prix: 7,40 euros par numéro. [email protected]

Lire aussi les cahiers pratiques du « Moniteur », sur les « Travaux à proximité des réseaux » : « Point sur la nouvelle réglementation » (n°5700), « Fiches techniques » (n°5702), « Risques pour les principaux ouvrages » (n°5709), « Recommandations et prescriptions » (n°5713). Prix: 7,40 euros par numéro. [email protected]

PHOTO - 726341.BR.jpg
PHOTO - 726341.BR.jpg
PHOTO - 724271.BR.jpg
PHOTO - 724271.BR.jpg
PHOTO - 724270.BR.jpg
PHOTO - 724270.BR.jpg
PHOTO - 724269.BR.jpg
PHOTO - 724269.BR.jpg
PHOTO - 724049.BR.jpg
PHOTO - 724049.BR.jpg
PHOTO - 724262.BR.jpg
PHOTO - 724262.BR.jpg
PHOTO - 724048.BR.jpg
PHOTO - 724048.BR.jpg
PHOTO - 724047.BR.jpg
PHOTO - 724047.BR.jpg
PHOTO - 724053.BR.jpg
PHOTO - 724053.BR.jpg
PHOTO - 724052.BR.jpg
PHOTO - 724052.BR.jpg
PHOTO - 724051.BR.jpg
PHOTO - 724051.BR.jpg
1,5 milliard de litres

d’eau potable (sur 6 milliards) sont perdus chaque année du fait des fuites.

10 % seulement des services de l’eau potable auraient leurs plans des réseaux à jour.

Un guide pour élaborer le descriptif

Le 8 juin paraîtra le guide technique « Elaboration du descriptif détaillé des ouvrages de transport et de distribution de l’eau », rédigé par un groupe de travail de 25 personnes de l’Astee et de l’AITF. Téléchargeable sur les sites de l’Astee et de l’Office national de l'eau et des milieux aquatiques (Onema) gratuitement, il définit le contenu et les méthodes nécessaires à la constitution du descriptif. Trois niveaux de gestion patrimoniale y sont décrits. « Le premier correspond au minimum demandé par la réglementation », explique Sylvain Charrière, chargé d’études au Syndicat des eaux d’Ile-de-France (Sedif), coordinateur du projet. Le guide explique comment collecter les différentes informations de l’inventaire (tableau ci-contre). « Ce niveau réglementaire n’est pas compliqué à atteindre, même pour les petites collectivités, explique Sylvain Charrière. Mais il faut y passer un temps suffisant, car il nécessite de se plonger dans les archives et dans la mémoire des fontainiers. » Le niveau 2, intermédiaire, ajoute notamment la gestion des défaillances du réseau. Le niveau 3, le plus poussé, repose sur la mise en place d’un système d’information géographique et permet de programmer le renouvellement des canalisations. Un guide paraîtra d’ici à la fin 2014.

Informations à collecter dans le cadre de l’article D. 2224-5-1 du CGCT

Type de donnée

Type d’information

Indication dans l’article D. 2224-5-1 du CGCT

GÉNÉRALE

Linéaire total de canalisations sans les branchements

Obligatoire

Nombre de branchements de particuliers

Conseillé par le guide

CONDUITES

Diamètre (de préférence diamètre nominal)

Obligatoire si disponible

Matériau

Obligatoire si disponible

Longueur

Conseillé par le guide

Catégorie d’ouvrage (sensible/non sensible)

Obligatoire

Précision des informations cartographiques (classe de précision A/B/C)

Obligatoire

Année de pose ou à défaut période de pose

Obligatoire

Pertes d'eau - Détection de fuites : les capteurs mènent l’enquête

La quantité d’eau qui s’échappe par les fuites sur les réseaux d’eau potable est aisée à calculer : c’est sensiblement la quantité d’eau introduite dans le réseau et qui n’a pas été consommée (et donc facturée). Mais trouver les fuites est plus problématique : comment les localiser sur un réseau maillé qui s’étend parfois sur des milliers de kilomètres ? Les exploitants procèdent généralement en trois étapes : la sectorisation, la prélocalisation et la localisation. La sectorisation consiste à découper le réseau maillé en grands secteurs fonctionnels, équipés de compteurs ou de débitmètres en entrée et sortie. Les débits d’eau de nuit (plus homogènes) sont évalués sur ces parties. Si un secteur présente des anomalies de débit, une recherche de la localisation de fuites est déclenchée. Par chance, l’eau qui s’écoule par une fuite fait du bruit : des prélocalisateurs acoustiques ou « oreilles » sont installés en des points stratégiques (vannes ou branchements). Ils permettent de situer une fuite dans un rayon d’une centaine de mètres. La localisation précise de la fuite fait ensuite généralement appel à des techniques acoustiques : la corrélation acoustique, qui permet de trouver la fuite en comparant les signaux de deux micros installés de part et d’autre de la canalisation ; ou lorsque le bruit est faible (grosses fuites) par écoute depuis la surface : un micro, installé au bout d’une canne, est déplacé à l’aplomb de la canalisation. Ces systèmes complémentaires peuvent rapidement porter leurs fruits. Ainsi, depuis 2009, les 3 100 km de réseaux de la communauté urbaine de Bordeaux (CUB), délégués à Suez Environnement, ont été découpés en une cinquantaine de secteurs, et 150 prélocalisateurs fixes ont été installés. Résultats : « Le nombre de fuites détectées est passé de 100 en 2008, avant l’installation du système, à 1 000 en 2011 ! » explique Michel Fargeot, de Suez Environnement, responsable du pôle « Eau » pour la CUB. Pendant la même période, le rendement est passé de 78,4 à 84,4 (environ 3 millions de m 3 économisés). De même, le rendement des 2 000 km du réseau d’Angers Loire Métropole (ALM, gestion en régie), qui a mis en place ce système, est passé de 79,5 % en 2009 à 84,8 % en 2011. « Notre objectif est d’atteindre les 90 % d’ici à trois ans », affirme Olivier Despretz, directeur de l’eau et de l’assainissement d’ALM.

A noter : l’Onema et l’Irstea ont publié en avril 2012 des fiches pratiques pour réduire les fuites (disponibles en ligne).

Logiciel - Sans SIG, point de gestion patrimoniale

Comme le souligne le guide de l’Astee à paraître le 8 juin (lire l’encadré p. 39), une gestion patrimoniale digne de ce nom ne peut se passer, à partir d’une certaine taille de réseau, de la mise en place d’un système d’information géographique (SIG). Car aux données issues de tableurs (type Excel) ou de logiciels de gestion de bases de données (type Access), le SIG ajoute la dimension géographique : le gestionnaire possède alors une vision synthétique et immédiate de son réseau, qui lui permet de prendre des décisions éclairées. Les SIG se révèlent ainsi de performants outils d’analyse et de suivi de l’état du patrimoine. Les éditeurs (Star-Apic, G2C Environnement, ESRI…) ont développé des applications dédiées au domaine de l’eau. Le logiciel Elyx Aqua de Star-Apic permet ainsi, connaissant les caractéristiques du réseau (diamètres, matériaux…), d’optimiser le positionnement des capteurs de détection de fuites comme les prélocalisateurs acoustiques, dont les caractéristiques ont été intégrées dans le logiciel. « Par exemple, on sait qu’un capteur de telle marque posé sur une canalisation en acier de 31 mm de diamètre va pouvoir écouter le réseau sur 115 m », illustre Philippe Berle, de Star-Apic (voir l’illustration ci-contre). Le logiciel Siroco, développé par G2C Environnement avec l’Irstea (ex-Cemagref), associe un SIG à des modèles de calculs hydrauliques et de probabilités d’apparition de défaillances (fuites, casses des canalisations…) qui prennent en compte les caractéristiques des canalisations. Siroco réalise une analyse de risques multicritère, comptabilisant les impacts (financiers, gêne occasionnée…), qui permet au gestionnaire de hiérarchiser les actions de renouvellement ou d’entretien qu’il doit programmer. Enfin, pour coller au plus près des besoins des professionnels, les éditeurs ont développé des versions « terrain » de leurs logiciels, sur tablettes ou smartphones. Elles permettent, par exemple, de minimiser les temps de réaction en cas de fuites.

Commentaires

Comment inventorier les réseaux ?

Votre e-mail ne sera pas publié

Éditions du Moniteur Le Moniteur boutique

Conduire son chantier en 70 fiches pratiques

Conduire son chantier en 70 fiches pratiques

Livre

Prix : 75.00 €

Auteur : Éditions du Moniteur

Voir

Droit et gestion des collectivités territoriales - 2018

Droit et gestion des collectivités territoriales - 2018

Livre

Prix : 83.00 €

Auteur : Éditions du Moniteur

Voir

Décrypter les finances publiques locales

Décrypter les finances publiques locales

Livre

Prix : 59.00 €

Auteur : Éditions du Moniteur

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur