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Comment ils transforment durablement leurs agglomérations
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Comment ils transforment durablement leurs agglomérations

Propos recueillis par Pierre Delohen , Laurent Miguet ,Maxime Bitter , Bertrand Escolin |  le 12/11/2010  |  AménagementVosgesHaute-GaronneGirondeBas-Rhin

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Quatre maires et présidents d’agglomérations livrent sans détours leurs diagnostics concernant la « durabilité » de leur ville. Ils rappellent les actions déjà entamées et esquissent les pistes qu’ils comptent suivre pour l’améliorer dans les années à venir.

Gérard Collomb, président de la communauté urbaine de Lyon et maire de Lyon.

Créativité et innovation sont au cœur de la ville durable, notamment les moteurs de croissance à venir que sont les cleantech (technologies propres) et les technologies de l’information et de la santé, mais aussi la création artistique et les savoirs. La ville durable est aussi celle qui facilite les échanges et le partage en offrant une accessibilité à tous, et une ville verte. Bien sûr, elle réduit son empreinte écologique, surtout en matière énergétique. Dans cette perspective, le défi de l’agglomération lyonnaise est de densifier, de reconstruire la ville sur la ville, en assurant un équilibre social. Il s’agit également de construire l’urbain autour des transports collectifs à l’échelle métropolitaine, tel le futur RER lyonnais, le Real (réseau express de l’aire urbaine lyonnaise). Autre défi : réinventer les rapports ville-nature. Nous nous y employons, de la reconquête des berges du Rhône à celle des rives de la Saône en offrant une coulée verte qui traverse toute l’agglomération, sans oublier le développement de l’agriculture périurbaine. L’objectif énergie-climat du Grand Lyon est de réduire les émissions de 20 % d’ici à 2020. La prochaine conférence locale du climat visera à généraliser la rénovation énergétique des logements, à déployer le chauffage urbain à base de biomasse ou de chaleur fatale, et la production d’électricité photovoltaïque. Il faut aussi travailler sur le changement des habitudes individuelles. Les pouvoirs publics doivent y contribuer en proposant des solutions durables qui ont pour effet d’augmenter les possibilités de choix des citoyens. Velo’v, notre service de location de vélos, propose un outil de reconquête de la ville, tout comme les services d’autopartage et Autolib, à Lyon, seront les outils d’une nouvelle relation à l’automobile.

Jacques Bigot, président de la communauté urbaine de Strasbourg et maire d’Illkirch-Graffenstaden.

Deux massifs montagneux – Vosges et Forêt-Noire – encadrent l’agglomération de Strasbourg. L’extension est donc limitée. Les citoyens et les élus n’ont pas assez pris conscience de la rareté du foncier. Celle-ci ne permet pas de répondre à toutes les demandes, notamment au rêve de chacun d’habiter une maison individuelle, ou même d’ouvrir des terres nouvelles à l’activité économique. Le développement ne se focalise pas assez sur les bourgs centres et, faute de débat sur les grands enjeux lors de l’élaboration du schéma de cohérence territoriale (Scot), l’idée d’un projet partagé ne s’est pas assez imposée : beaucoup d’élus restent sur la logique des schémas directeurs. En 2008, j’ai lancé l’idée d’une politique agricole à l’échelle de l’agglomération, menée avec les agriculteurs et en partenariat avec la chambre d’agriculture. Le PLH (programme local de l’habitat) de l’agglomération, approuvé fin 2009, identifie des espaces pour des parcs naturels urbains. A l’échelle du Scot, nous aimerions amener chaque intercommunalité à se doter d’un PLH. Quant à notre schéma de développement économique, « Strasbourg Eco 2020 », il privilégie la reconversion de sites existants. Enfin, autour des objectifs de 30 % d’énergies renouvelables, 30 % d’économies d’énergie, et de réduction de 30 % des émissions de gaz à effet de serre, le plan climat territorial complétera notre vision prospective, qui s’enrichira bientôt d’un schéma des transports à l’horizon 2025.

martine aubry, présidente de la communauté urbaine de Lille et maire de Lille.

Lille Métropole doit répondre à un double défi : social et écologique. Aujourd’hui, les villes isolent et créent de la ségrégation. Elles se sont peu à peu étalées, rendant les conditions de vie et de transports difficiles pour leurs habitants, et gâchant un foncier restreint. Même si, à Lille, nous avons su résister à ces dérives mieux qu’ailleurs, il est impératif de construire un nouveau modèle pour les générations futures. Notre agglomération se singularise par son héritage industriel, visible dans ses friches. Nous avons choisi d’en faire une chance. La plupart de nos projets d’aménagement et de développement économique prennent racine dans ces espaces délaissés : le site de l’Union, à Roubaix-Tourcoing, les Rives de la Haute Deûle, à Lille-Lomme, illustrent cet esprit de reconquête. Depuis 2008, nous avons organisé plusieurs grands débats consacrés à l’habitat, à la mobilité, à l’aménagement et au développement durable. Nous avons fixé un cap qui s’applique à toutes nos politiques : réduire de 30 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2020, grâce à un plan énergie-climat territorial. A l’horizon d’une génération, la place de la voiture ne représentera plus que 30 % des déplacements, et la part modale des transports en commun aura doublé. La ville s’organisera désormais autour du maillage des transports publics, des gares, et non l’inverse. Autour de ces nœuds, nous avons défini des périmètres de 500 m où nous créerons la « ville intense » : un urbanisme compact qui préserve l’intimité et qui offre des espaces de respiration, ainsi qu’un vrai confort pour les piétons et les modes doux. La performance énergétique des constructions et des rénovations est également recherchée. Depuis le 1er janvier 2010, toutes nos aides au logement sont écoconditionnées, pour atteindre les performances dites « basse consommation ». Enfin, notre projet urbain vise à offrir aux habitants la qualité à laquelle ils ont droit. Il faut pour cela créer des espaces agréables, tisser un réseau de pôles d’excellence culturels ou sportifs, tel notre projet de la gare Saint-Sauveur. Il faut aussi dessiner des promenades vertes et remettre l’eau en scène. La ville durable, ce sont des émotions partagées, un art de vivre ensemble tourné vers l’avenir.

Vincent feltesse, président de la communauté urbaine de Bordeaux et maire de Blanquefort.

Bordeaux est aussi peu durable qu’elle est agréable. La métropole s’est beaucoup étalée, avec quasiment la même superficie que Lyon, mais deux fois moins d’habitants. La densité a été divisée par deux en 30 ans : on est passé de 48 habitants à l’hectare en 1973 à 22 en 2004. Ce qui conduit à une forte part de déplacements en voiture individuelle, renforcée par une offre commerciale périphérique supérieure de 20 % à celle de Nantes ou Toulouse. Malgré la mise en service du tramway, la part de l’automobile n’a reculé que de 1 % dans l’agglomération, et de 3 % dans le centre-ville. Bref, nous sommes une métropole douce, mais pas totalement vertueuse. Quant au modèle social, il est moins cassé qu’ailleurs : nous n’avons pas connu de choc majeur, de désindustrialisation brutale. Nous formons, avec le maire, un attelage politique : nous sommes élus à plein-temps, et nous sommes passionnés par le fait urbain. Compte tenu de la faible densité et du poids industriel modeste de la ville, sa transformation doit s’appuyer sur la mise en cohérence de l’emploi, de l’habitat, des déplacements et de la nature. Nous voulons développer les espaces naturels, nous réapproprier les espaces agricoles, parcs et forêts. Côté déplacements, notre ambition est de doubler le nombre de voyageurs en transports publics d’ici à 2020 et de faire passer le vélo à 15 % d’ici à 2030. Nous allons ajouter 30 km au réseau tramway, réutiliser les voies ferroviaires de ceinture, sans oublier la mise en place par la région d’un TER cadencé. Dans l’habitat, nous allons doubler les objectifs du PLH et augmenter la production de logements de 5 000 à 9 000 par an. L’emploi reste un sujet difficile dans cette agglomération où le secteur public est important. Nous misons sur l’impact de la LGV (tertiaire supérieur, centres de décision rapprochés), l’innovation (route des lasers, plan campus…) et sur nos marges de progrès dans le tourisme.

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