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Colmar soigne sa fracture ferroviaire

Laurent miguet |  le 21/06/2002  |  TransportsMaîtrise d'ouvrageLogement socialLogementAménagement

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La recomposition du secteur de la gare et la dédensification des logements sociaux du quartier de l'Europe concourent au même objectif : faire sauter les barrières physiques et sociales entre l'est et l'ouest.

Dans la perspective de l'arrivée du TGV Est, promise pour 2007, Colmar engage la recomposition du quartier de la gare. Phase décisive, le jury du concours de maîtrise d'oeuvre a désigné le lauréat le 19 juin dernier. Ce projet de 12,2 millions d'euros va contribuer à réparer une importante fracture urbaine créée par la ligne de chemin de fer qui sépare la ville en deux parties distinctes. A l'est, la vieille ville a conservé son décor d'opérette qui assoit la notoriété touristique de Colmar. La gare en constitue un élément architectural significatif édifié en 1906 par les chemins de fers allemands.

A l'ouest du sillon ferroviaire sont concentrés de nombreux logements sociaux. Occupant 34 % du nombre total de logements, le parc HLM de Colmar est d'ailleurs le plus important d'Alsace. La majeure partie forme le « quartier de l'Europe », qui bénéficie d'une opération de renouvellement urbain (ORU). La dédensification du quartier commencera, le 22 juin, par un premier grignotage des 478 logements qu'abritent les barres du « Palais royal ».

La concomitance entre la désignation de la maîtrise d'oeuvre du quartier de la gare et le lancement de la dédensification du Palais royal annonce clairement la métamorphose de la ville. Trait d'union entre ces deux événements : l'ouverture de la gare vers l'ouest.

Trois équipes au chevet de la gare

Un groupement de maîtrise d'oeuvre en cours de constitution conduira l'opération. Le coordonnateur pressenti est l'architecte urbaniste Bruno Fortier, qui a consacré une part importante de ses réflexions au « paysage superbe » du Parc naturel régional des ballons des Vosges sur lequel la ville va s'ouvrir. Dans la répartition des rôles envisagée au sein du groupement, le réaménagement de l'ouest de la gare sera confié au bureau d'études de la SNCF, l'Arep. Associée à la paysagiste strasbourgeoise Catherine Linder - également présente dans l'opération Palais royal -, cette équipe propose de dégager un grand parvis rectangulaire sur l'emprise de 6 000 m2 que doit libérer le magasin Mr Bricolage. A côté d'implantations tertiaires, le front bâti intégrerait un pavillon vitré, au débouché du passage souterrain conduisant à la gare. Troisième composante du groupement, l'équipe alsacienne fédérée par l'agence d'architectes de Colmar, Lenys Concept, devra réorganiser la gare routière en pôle d'échanges intermodal.

Relier le quartier de l'Europe

Conçu par le Grand prix de Rome Gustave Stoskopf, le quartier de l'Europe devait à l'origine associer aux logements des grands équipements publics qui n'ont jamais vu le jour. Dans une étude de cadrage commandée par la ville en 1996, l'architecte urbaniste colmarien Michel Spitz a fixé deux orientations majeures : dédensifier l'habitat social et redynamiser l'axe est/ouest. Constitué par les avenues de la Liberté et de l'Europe, cet axe doit non seulement assurer la liaison entre le quartier et la gare, mais aussi offrir de nouveaux équipements d'agglomération et de proximité.

A l'angle des avenues de l'Europe et de Paris, une mosquée doit être bientôt inaugurée. « Son intégration urbaine sera facilitée par l'architecture douce de ce bâtiment horizontal », espère son concepteur Emmanuel Lenys. Sur l'axe principal, l'Opac a installé, l'an dernier, son nouveau siège à côté du centre commercial Cap Ouest dont l'agence champenoise I-Dev étudie la redynamisation.

Stratégie patrimoniale

L'intégration urbaine irrigue aussi la recomposition du Palais royal conduite par l'agence Mongiello et Plisson. « Travailler à partir d'un vrai plan masse constitue une chance, analyse Christian Plisson. Nous n'avons pas eu à inventer une composition en contradiction avec l'existant. » Son projet coupe en leur centre les deux longues barres orientées d'est en ouest. Au centre de cet ensemble, le grand rectangle de la taille d'un terrain de football est traversé par un nouvel axe nord/sud. La recomposition confère un statut public à une liaison déjà pratiquée par les habitants à travers les immeubles. De plus, la délimitation entre espaces publics et espaces privés est clarifiée.

Ce parti pris de la maîtrise d'oeuvre a exigé une extension des missions de l'Opac municipal, « la Colmarienne du Logement ». Par une convention de délégation de maîtrise d'ouvrage, la ville confiera au bailleur, cet automne, l'intégralité des aménagements d'espaces publics et privés prévue dans l'ORU. Pour s'y préparer, le monteur d'opération de l'Opac, Pascal Gulman, a suivi une formation à l'aménagement. Par ailleurs, cette ORU s'inscrit dans une stratégie patrimoniale à long terme, dont l'élaboration a été confiée au Crepah, le bureau d'études de l'Union des HLM. « Pour les promoteurs, le quartier de l'Europe devra, d'ici à 2020, être aussi attractif que les autres », explique Jean-Pierre Jordan, directeur général adjoint de l'Opac.

Commando paysages

Avant d'avoir délégué la maîtrise d'ouvrage à l'Opac, la ville avait également lancé, en avril 2000, un marché d'études de définition sur l'ensemble du quartier de l'Europe. Le lauréat, le paysagiste strasbourgeois Alfred Peter, a alors été chargé d'intervenir rapidement sur des espaces publics immédiatement disponibles. « Ces «opérations commando permettront de répondre à l'impatience des habitants lassés par la lente gestation des projets, explique Alfred Peter. Nous inversons ainsi la pratique courante des urbanistes, habitués à s'appuyer sur des études générales pour lancer des opérations particulières. »

Dans son étude, le paysagiste du tramway de Strasbourg réemploie les concepts d'écologie urbaine. « Rapportée au trafic, la largeur de l'axe est/ouest reliant le quartier à la gare autorise des marges de manoeuvre, dont nous tirerons profit pour des pistes cyclables. » Elles devraient occuper le terre-plein central, tandis que le stationnement sera réorganisé en épi, en rognant sur une voie de circulation.

Entre l'ORU Europe et la gare, un quartier d'affaires en gestation occupera deux friches militaires acquises par la ville. La première, l'ancien hôpital militaire Baur (8 000 m2), a déjà pris l'allure d'un pôle tertiaire, avec l'implantation de la Mutualité sociale agricole (4 300 m2) et de l'Agence d'urbanisme du Haut-Rhin (Adhaur, 2 000 m2). La seconde, la caserne Rapp (15 700 m2), a été acquise par le conseil municipal en avril dernier. Ainsi, l'ouest colmarien s'apprête à offrir un visage totalement transformé.

Opération Palais royal : fiche technique

Maîtrise d'ouvrage : Opac Colmarienne du logement (réhabilitations) ; ville de Colmar (aménagements d'espaces publics).

Maîtrise d'oeuvre : Mongiello et Plisson, architectes ; Catherine Linder, paysagiste.

Programme : 135 logements démolis sur un total initial de 478 ; 47 restructurations lourdes ; création d'un bureau de police dans une tour réhabilitée et construction du nouveau siège de l'Opac.

Montant : 17,8 millions d'euros, dont 2,1 pour les espaces publics.

Crédits apportés par l'ORU : ville de Colmar, 4,57 millions d'euros ; Etat, 4,57 millions d'euros ; département, 823 000 euros ; région, en fonction des projets.

Calendrier : 1999-2006.

PHOTOS :

Le «Palais Royal» (478 logements), l'un des ensembles typiques du quartier de l'Europe construit dans les années 60, sera recomposé par l'architecte Christian Plisson : quelques démolitions pour l'ouvrir sur la ville, et une restructuration complète des espaces extérieurs.

« Je me suis longtemps désintéressé des grands ensembles, en raison du rapport décourageant entre l'énergie dépensée et les résultats. Les remèdes prescrits me paraissaient à côté de la plaque. Depuis deux ou trois ans, les choses ont bougé : la démolition n'est plus taboue. Le statut de l'espace non bâti est devenu une question centrale. Quels espaces appartiennent à qui ? La réponse à cette question est devenue partout un préalable à la recherche de solutions urbaines. »

Alfred Peter, chargé d'une étude paysagère sur le quartier de l'Europe

« Par rapport aux opérations conduites par Alexandre Chemetoff dans l'agglomération lyonnaise qui ont inspiré notre propre démarche, nous allons plus loin dans l'imbrication entre l'habitat et les espaces communs. Cette dimension du projet Palais royal se traduit dans le coût record de notre intervention, qui se chiffre à près de 40 000 euros par logement. Un tel investissement ne peut se justifier que dans le cadre d'une stratégie patrimoniale à long terme. »

Jean-Pierre Jordan, directeur général adjoint de l'Opac Colmarienne du logement

PLAN :

Adieu aux grands ensembles concentrés à l' ouest : la production récente de HLM rassemble des petits programmes disséminés dans la ville

Le projet gare

Conduit par Bruno Fortier en association avec Lenys Concept et Arep, le groupement de maîtrise d'oeuvre chargé du projet gare magnifiera un patrimoine exceptionnel : les chemins de fer allemands ont construit l'édifice de Colmar en 1906 sur le modèle de celui de Danzig (aujourd'hui Gdansk, en Pologne). Bruno Fortier, dont l'agence pilotera cette partie du projet, propose une réorganisation complète du système des espaces publics aux abords de la gare.

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Trait d'union

L'idée d'une verrière couvrant les voies constitue le point fort de la proposition architecturale de l'équipe Lenys Concept pour le réaménagement du quartier de la gare. La difficulté à maîtriser l'impact des trains sur les déplacements d'air a conduit la maîtrise d'ouvrage à écarter cette hypothèse, tout en retenant l'idée de créer un trait d'union entre les deux moitiés de Colmar, jusqu'ici séparées par le sillon ferroviaire nord-sud.

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«Logement social à l'échelle humaine» Gilbert Meyer maire de Colmar et président de la Colmarienne du logement.

Quel est l'enjeu du réaménagement de la gare ?

GILBERT MEYER : A Colmar, la ligne de chemin de fer est une coupure dans le tissu urbain. Le premier objectif demandé aux équipes d'urbanistes était d'atténuer cet effet.

D'autres projets concourent-ils à gommer cette coupure ?

Oui, toutes les opérations lancées sur les quartiers ouest de la ville vont dans ce but. C'est le cas notamment de la reconversion de l'ancien hôpital militaire, que la ville vient d'achever. Ce sera aussi le cas avec la caserne Rapp.

Comment poursuivre le rééquilibrage des logements sociaux entre l'est et l'ouest ?

Pour engager un rééquilibrage géographique, la ville a dû intervenir financièrement pour faire baisser les coûts du foncier. Actuellement, nous travaillons dans trois directions : limiter le nombre de logements sociaux à une dizaine par opération, dédensifier les grands ensembles par des démolitions-reconstructions, et inciter les propriétaires en centre-ville à remettre les logements vacants sur le marché. Pour cela, nous lançons une opération programmée d'amélioration de l'habitat.

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Gare ouest

L'équipe d'Arep (groupe SNCF) pilotera l'aménagement de l'ouest de la gare (partie supérieure de l'image du haut, partie gauche de l'image du bas). Sur l'emprise de 6000 m2 actuellement occupée par la grande surface Mr. Bricolage, un parvis rectangulaire accueillerait des activités tertiaires à planifier en plusieurs tranches.

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