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Collisions entre engins et piétons : mieux organiser la zone de travail
Les collisions engins-piétons sont l'une des premières causes d'accidents graves dans le secteur de la construction. - © © Gilles Rambaud

Collisions entre engins et piétons : mieux organiser la zone de travail

Gilles Rambaud et Florent Lacas |  le 20/11/2013  |  TravailFrance Paris

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Une journée de sensibilisation organisée par l’Institut national de recherche et de sécurité a tracé des pistes pour réduire le nombre d'accidents du travail causés par les collisions engins-piétons. Au-delà des procédés techniques (caméras, dispositifs de détection...), les professionnels de la prévention appelent à une meilleure organisation des chantiers en amont.

58 écrasements d’un piéton par un engin ont été recensés en France entre 2009 et 2012, causant la mort de 31 personnes. Un décès par mois. Face à ce drame qui menace toutes les entreprises ayant recours à des engins mobiles, l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) a mené une enquête, tracé quelques pistes d’amélioration et sensibilisé les entreprises de travaux publics lors d’un colloque organisé à Paris, le 19 novembre 2013, en partenariat avec la Fédération nationale des travaux publics.

Les enquêteurs de l’INRS se sont d’abord rendus sur des chantiers où ils ont toujours constaté la présence de piétons autour des machines «même quand cela est interdit», note Florence Hella, qui a mené l’enquête. Il s’agit d’employés de l’entreprise générale, d’employés d’une autre entreprise sous-traitante, voire de simples passants quand les travaux ont lieu en ville. Dans tous les cas, le risque est avéré. Ce danger est pris en compte par la Directive machine 2006/42/CE elle-même, le grand texte réglementaire qui encadre la conception des engins de chantier et qui s’impose à tous les fabricants. A eux d’améliorer la visibilité du conducteur par le design de leurs cabines.

Aucun dispositif technique n'apporte de solution définitive

«La visibilité directe du chauffeur est une priorité», martèle Alain Le Brech, conseiller technique à l’INRS. Mais les engins de chantiers, lourds et imposants, souffrent toujours d’angles morts et pas seulement à l’arrière : ceux qui portent leur charge à l’avant (chargeuses sur pneus, bouteurs, motobasculeurs, etc.) masquent dangereusement la visibilité de face. Il est alors pertinent d’y ajouter des moyens de vision indirecte, du plus simple (rétroviseur) au plus sophistiqué (caméra numérique à analyse d’image).

L’INRS a testé tous ces outils techniques et présente ses conclusions dans un rapport «Prévenir les collisions engins-piétons, dispositifs d’avertissement», publié aux éditions INRS et consultable sur le site internet de l’institut (cliquer ici). Conclusion : tous ces accessoires ont leurs atouts et leurs faiblesses, mais aucun n’apporte une solution définitive. La prévention la plus efficace est celle qui combine à la fois les moyens techniques, organisationnels et éducatifs. «Quand il n’y a pas de piéton autour de l’engin, il n’a pas de risque de collision», rappelle Marc Bury, de la Caisse d’assurance retraite et de la santé au travail Nord-Est. Une lapalissade dont l’application n’est pas facile à mettre en œuvre.

Les conducteurs de travaux, "responsables de la gestion de ce risque"

Trois sociétés sont venues faire part de leur expérience au colloque de l'INRS, dont deux issues des travaux publics : Colas (groupe Bouygues) et Eurovia (groupe Vinci). Leurs deux témoignages montrent à quel point le risque de collision piétons-engins est difficile à supprimer, toujours sous la menace de la banalisation.

"En 2006-2007, nous avons connu deux cas d'écrasement, où aucun des dispositifs techniques mis en place n'a été opérant, pose Hugues Decoudun, directeur prévention du groupe Colas. Nous en avons conclu que la présence de ces deux dispositifs avaient peut-être diminué leur vigilance." La société a donc, en 2007, lancé un groupe de travail sur ce sujet. "Nous avons réalisé des guides, formés les salariés à la sécurité sur ce sujet précis, explique Hugues Decoudun. Nous avons également testé des outils de détection, nous apercevant  qu'ils généraient souvent des comportements imprévisibles chez nos compagnons (comme dans le cas des badges électro-magnétiques)." Donc qu'ils n'étaient pas nécessairement synonymes de progrès en sécurité.

En 2011, malgré ce premier travail, le groupe Colas a déploré deux nouveaux écrasements au Maroc. "Nous avons relancé nos travaux sur le sujet", explique Hugues Decoudun. En mettant tout particulièrement l'accent sur la responsabilisation des encadrants. "Chez Colas, les conducteurs de travaux savent qu'ils sont les premiers responsables de la gestion de ce risque, assure Hugues Decoudun. Ce sont à eux, et à nos chefs de chantier, de se demander comment l'éviter lors de la préparation du chantier. Car quelle machine, dans nos métiers, va être utilisée chaque jour de la même manière? Aucune."

Lutter contre la banalisation du risque "écrasement"

"Sur dix ans, les collisions engins-piétons représentent 40% de nos accidents du travail mortels", lance Franck Ollivier, directeur prévention d'Eurovia. Il y a six ans, la société a lancé un audit sécurité sur ce sujet. Réflexion qui l'a amenée à installer des caméras sur ses engins pour aider à la conduite (un investissement d'environ 2,6 millions d'euros), puis des systèmes de détection. Après ce travail, la société a de nouveau déploré un accident mortel impliquant une balayeuse en marche arrière. "Il ne faut pas oublier que les systèmes de détection ne fonctionnent que si le véhicule ne dépasse pas 5 km/h. Nous avons donc fait brider la marche arrière de ces engins", explique Franck Ollivier. A cette occasion, Eurovia réalise que le bridage des engins amène les conducteurs à moins utiliser la marche arrière, à davantage travailler en marche avant. "Nous étudions donc cette piste, en réalisant des tests de bridage de marche arrière sur d'autres machines."

Franck Ollivier a également regretté que certains engins ne respectent pas les normes en termes de visibilité pour le conducteur, comme certains motobasculeurs, surtout lorsqu'ils sont remplis. Eurovia a donc demandé à l'une de ses directions régionales de ne plus utiliser cet outil, le remplaçant par des chargeuses ou des camions-plateaux.

Sur le plan de la sensibilisation des collaborateurs, Eurovia espère que son travail sur la remontée des presqu'accidents permettra de diminuer le risque d'écrasement. "Nous martelons aussi sur ce thème lors des quarts d'heure sécurité." Eurovia a également mis en place un exercice, lors de sa journée internationale de la prévention 2013, qui consiste à faire monter les compagnons dans un engin de chantier, pour qu'ils réalisent ce qu'est la visibilité réelle d'un conducteur d'engin. "Il faut lutter contre la banalisation de ce risque", a conclu Franck Ollivier.

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