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Collisions engin-piéton : encore un effort !

 Florent Lacas |  le 17/01/2014

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Risques professionnels -

Les collisions entre un engin et un piéton sur chantier sont rares, mais souvent graves. Malgré des outils technologiques de plus en plus perfectionnés, la responsabilisation des acteurs reste indispensable.

Vingt-quatre : c’est le nombre de décès déplorés en 2012, dans le secteur de la construction, à la suite d’un accident du travail impliquant directement un véhicule ou un matériel/engin de terrassement (1). Un chiffre qui peine à diminuer au fil des années. Au total, 2 482 accidents du travail avec arrêt ont été comptabilisés, en 2012, dans ces circonstances. Une étude de 2009 de l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) montrait que si, en nombre d’accidents, la pelleteuse est l’engin le plus souvent concerné, les tombereaux et niveleuses utilisés en terrassement sont les plus dangereux (en proportion d’accidents par rapport au parc de machines).

Du côté des constructeurs, des efforts importants ont été réalisés depuis une dizaine d’années pour améliorer la visibilité des conducteurs d’engins, et les outils technologiques d’aide à la conduite se sont multipliés : caméras, marqueurs radioélectriques, dispositifs de détection des piétons et scrutateurs laser. « Aucun de ces systèmes ne supprime intégralement le risque, précise toutefois Patrick Goulvestre, responsable des travaux publics au sein de l’Organisme professionnel de prévention du BTP (OPPBTP). Leur utilisation doit s’accompagner d’un effort dans l’organisation des circulations (séparer les flux engins des flux piétons, privilégier la marche avant pour les engins) et la responsabilisation des conducteurs d’engins et des compagnons. » « Chez Colas (groupe Bouygues), les conducteurs de travaux savent qu’ils sont les premiers responsables de la gestion du risque d’écrasement, explique Hugues Decoudun, son directeur prévention. Ce sont à eux, et à nos chefs de chantier, de se demander comment l’éviter lors de la préparation du chantier. Car aucun engin n’est employé de la même manière chaque jour. »

La coactivité, principale source d’accident

Chez Eurovia (groupe Vinci), les collisions engin-piéton ont représenté 40 % des accidents mortels en dix ans. La société a lancé plusieurs pistes de progrès, notamment en essayant de se passer de certains engins comme les motobasculeurs. « Nous effectuons aussi des tests de bridage de la vitesse en marche arrière », ajoute Franck Ollivier, directeur prévention. « La vitesse de certains engins, en marche arrière, peut augmenter le risque d’accidents du travail », confirme Patrick Goulvestre.
Autre source de collision engin-piéton : la coactivité, source des deux tiers des sinistres de ce type d’après une publication de l’INRS. « Pour éviter la coactivité, il est possible de décaler les travaux, explique Patrick Menouillard, directeur sécurité chez Razel-Bec (groupe Fayat). Si cela est impossible, il faut alors garder une vigilance de tous les instants, car les autres entreprises intervenantes n’ont pas forcément la même culture que nous. » Pour Patrick Goulvestre, la séparation des flux permet de sécuriser au mieux les situations de coactivité. Mais, dans l’impossibilité d’établir deux voies de circulation, les entreprises sont forcées de composer. « Lorsqu’il est difficile de faire circuler les engins, il faut utiliser des grues pour approvisionner les matériaux du chantier, en maîtrisant les coûts supplémentaires », explique Fabien Catteau, directeur SQE chez Rabot Dutilleul Construction.

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PHOTO - 769759.BR.jpg - © Richard DAMORET/REA
L'expert - « Un risque particulièrement présent en terrassement » Dans quelle mesure le risque de collision engin-piéton concerne-t-il votre entreprise ?

Il fait partie des principaux risques auxquels nous sommes confrontés, non pas par la fréquence des sinistres, mais compte tenu de leur gravité. Il est particulièrement présent durant le terrassement : c’est le moment où il y a le plus d’engins en action. Dans les opérations de VRD, de canalisation et de réseau également, il arrive que nos salariés travaillent près des engins.

Comment vous prévenez-vous de ce risque ?

A l’embauche, chaque salarié y est sensibilisé. Puis, au début de chaque chantier, nous exposons aux équipes comment s’organise la circulation sur les lieux et comment se délimitent les zones de travaux. Dans l’organisation des travaux, nous veillons à limiter les marches arrière de véhicules et à utiliser le moins possible de personnel à pied près des engins. Sur les chantiers confinés, nous adaptons le modèle de machine à l’environnement du chantier. Les salariés doivent surtout garder le contact visuel les uns avec les autres, et le responsable de chantier être particulièrement attentif.

Utilisez-vous des dispositifs de détection ?

Oui, mais en adaptant les équipements à chaque type d’engins. Par exemple, 45 % de nos pelles possèdent une voire deux caméras. Nos balayeuses ont deux caméras et un système de détection de piéton. Fin 2010, nous avons également équipé nos VUL de radars de recul. Mais par-dessus tout, nous ne souhaitons pas déresponsabiliser le conducteur.

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PHOTO - 770287.BR.jpg - © NGE
L'expert - « Il faut matérialiser les circulations au maximum » Comment limiter la présence de piétons issus de l’espace public sur les chantiers ?

Les chantiers sont clôturés et des panneaux interdisent l’entrée au public. Par ailleurs, quand les engins de chantier et véhicules sortent de la zone de travaux, pour éviter les risques de collision, nous privilégions leur sortie en marche avant, car la visibilité est meilleure. Si la configuration du site nous force à sortir en marche arrière, nous plaçons un compagnon pour surveiller la manœuvre.

Dans le cadre de la construction d’ouvrages d’art, comment gérez-vous les risques de collision ?

Si le chantier doit être traversé par des circulations d’engins de terrassement, par exemple, une voie leur est dédiée avec mise en place de protections latérales et d’un goulet d’étranglement pour réduire la vitesse. Sur d’autres chantiers, nous installons des grues à tour dont la zone d’évolution est clôturée.

Quel type de dispositif technologique utilisez-vous sur vos engins de chantier ?

Nous n’avons pas fait installer de caméras sur nos engins, car c’est un outil qui devient beaucoup moins efficace quand les conditions climatiques sont mauvaises. Nous misons sur les protections collectives par l’établissement de circulations bien matérialisées pour les compagnons, et sur la protection individuelle par le port de gilet à haute visibilité. Il est aussi important d’établir pour chaque chantier un protocole de livraison (conditions d’accès, cheminements…) à respecter par les fournisseurs.

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PHOTO - 770830.BR.jpg - © demathieu bard
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C’est le nombre d’accidents du travail avec arrêt, en 2012, impliquant un véhicule ou un matériel/engin de terrassement.

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C’est le nombre de décès causés par un accident du travail impliquant un véhicule ou un matériel/engin de terrassement.
Source : Cnam-TS.

(1) Source : Caisse nationale d’assurance-maladie des travailleurs salariés.

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