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Cocktail moléculaire dans le sous-sol de Dunkerque

Anne-Claire Poirier |  le 03/10/2019  |  Transition énergétiqueRéseauxAdemeInnovationRéglementation

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Stockage d'hydrogène -

Pour décarboner l'énergie et les transports, la communauté urbaine teste l'injection d'hydrogène dans son réseau de gaz.

 

Briques rouges, toits crénelés : le nouveau lotissement qui sort de terre dans la commune de Cap-pelle-la-Grande, en périphérie de Dunkerque, n'a pas vraiment l'air d'un laboratoire. Et pourtant. Dans le réseau de gaz qui dessert les cent premiers logements (ainsi que la chaufferie d'un centre de soins) circule, depuis le mois de juin, un cocktail peu conventionnel composé de gaz naturel et d'hydrogène.

La théorie. .. et la pratique

Ce mariage moléculaire a priori anodin - et en tout cas sans conséquence pour les usagers - fait l'objet d'un projet de recherche, baptisé « Grhyd ». Celui-ci mobilise 15,3 millions d'euros sur six ans et onze partenaires, dont la communauté urbaine de Dunkerque (CUD), l'énergéticien Engie et l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe).

Le principe : lors des pics de production d'électricité d'origine renouvelable, l'électricité bon marché est utilisée pour fabriquer de l'hydrogène par électrolyse de l'eau. Celui-ci est ensuite stocké puis réinjecté dans le réseau de gaz dans des proportions variables et jusqu'à 20 % du mix total. En théorie, l'hydrogène offre donc une solution deux en un : stocker l'électricité excédentaire et décarboner le gaz. Une promesse très attrayante alors qu'« une fiscalité “ carbone ” se dessine et que 85 % des logements de la CUD se chauffent au gaz naturel », rappelle Frédéric Mabille, consultant en innovation technique à la CUD.

Sur le terrain, plusieurs verrous restent néanmoins à identifier et à lever. D'abord, Grhyd bénéficie d'une dérogation de la direction générale de la prévention des risques pour porter graduellement la part d'hydrogène à 20 % du mix, mais les prescriptions techniques des opérateurs gaziers limitent actuellement cette part à 6 %. Les molécules d'hydrogène étant plus petites que celles de gaz, les risques de fuites ne sont pas négligeables.

La filière a encore de la route à parcourir avant d'atteindre des prix compétitifs. L'Ademe estime que l'hydrogène vert pourra être produit autour de 5 euros le kilogramme à horizon 2035 et concurrencer celui d'origine fossile par « vaporefor-mage » du gaz qui représente aujourd'hui moins de 2 euros/kg. Dans le cas de Grhyd, l'ancien maire de Cappelle-la-Grande, Roger Gouvart, a conditionné l'expérimentation au fait qu'elle soit indolore pour les usagers. Les porteurs de projet ont donc deux ans pour étudier la faisabilité économique d'un tel programme selon plusieurs scénarios.

Une amélioration de la combustion du gaz naturel

Le mélange hydrogène-gaz a aussi des applications dans le transport. La CUD a ainsi testé l'hythane dès 2005 sur deux bus du réseau dunkerquois DK'Bus marine. L'expérimentation, concluante, a montré une amélioration de la combustion du gaz naturel, permettant de meilleures performances techniques ainsi qu'une réduction des émissions de gaz à effet de serre et des polluants locaux de 95 % par rapport au diesel et de 10 % par rapport au gaz naturel. L'interco a voulu étendre l'expérience à 50 bus dans le cadre du volet « transport » de Grhyd, mais l'idée bute sur la réglementation qui ne permet pas, pour l'instant, l'injection d'hydrogène dans le gaz pour véhicule.

Déclinaison des usages

 

Dunkerque n'est pas la seule à tester les multiples usages de l'hydrogène. Le conseil départemental de la Manche a doté sa flotte de dix véhicules roulant à l'hydrogène. Versailles et Pau s'apprêtent également à faire rouler des bus équipés de piles à combustible. En Corse, l'hydrogène est utilisé pour lisser la production électrique de la centrale photovoltaïque de Myrte. Enfin, à Marseille, le projet Jupiter 1 000 produit du méthane de synthèse à partir d'électricité renouvelable excédentaire et de rejets industriels de CO2, qui peut alors être utilisé comme du gaz naturel.

15,3 millions d'euros dont 4 M€ de subventions apportées par l'Ademe et 2 M€ par la CUD.

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