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Climatisation : ce que les nouveaux fluides changent aux règles d'installation
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Climatisation : ce que les nouveaux fluides changent aux règles d'installation

PASCAL POGGI |  le 19/12/2018  |  Climatisation100 % eau et énergie

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La norme NF EN 378 : 2017 modifie de manière contraignante les règles d’installation des climatiseurs mono- et multisplits au R32.

Rappelons le contexte mondial. La planète se réchauffe et l’industrie de la climatisation en est, pour une toute petite partie, responsable. Mais c’est à elle que les Pouvoirs publics à l’échelle mondiale, européenne et française, demandent le plus gros effort de verdissement. Ils tiennent en effet les fluides frigorigènes pour responsables d’une partie du réchauffement planétaire et demandent un rapide changement. La contribution d’un fluide frigorigène à l’effet de serre est proportionnelle à son GWP (Global Warming Power) ou PRP (Potentiel de Réchauffement Planétaire) en français : plus le PRP est élevé, plus le fluide contribue à l’augmentation de l’effet de serre s’il est relâché dans l’atmosphère. Le PRP est une grandeur sans unité.

Réduction progressive du PRP


En Europe, le Règlement F-Gaz met en œuvre cette volonté politique forte de réduire la contribution des fluides frigorigènes à l’effet de serre. Il a pour but d’atteindre en 2030 un GWP moyen du parc de climatiseurs installés de 400. Pour y parvenir, il écarte progressivement du marché les fluides à PRP élevés : R410A (2088), R407C (1770), R404A (3920), R134a (1430), R125 (3400). Du point de vue technique, les remplaçants de ces fluides à GWP élevés sont connus. Il s’agit des HFO – dont le HFO1234ze (GWP = 6) et le HFO1234zd (GWP = 7) -, du R32 (GWP = 675) et des fluides naturels comme le R290 (le propane, GWP = 3), le CO2 (GWP = 1) et le R717 (l’ammoniaque avec un GWP = 0). Ces nouveaux fluides sont néanmoins soit toxiques (R717), soit légèrement inflammables (HFO et R32), soit vraiment très inflammables (R290). Le R32 est massivement adopté par tous les fabricants de climatiseurs mono et multisplit destinés à l’habitat et au petit tertiaire, en remplacement de leurs solutions au R410A. Le GWP (675) du R32 est plus élevé que l’objectif de l’Europe en 2030 (400). Ce qui risque de faire du R32 un fluide transitoire, utilisé pendant 10 à 15 ans. De plus, il est classé A2L.

Le classement des fluides : de la norme ISO 817 à la norme NF EN 378


La norme internationale ISO 817 : 2014 organise le classement des fluides frigorigènes, notamment dans le but de clarifier leurs conditions d’installation. La modification de cette norme en 2014 a introduit la catégorie A2L qui signifie faible toxicité (A), légère inflammabilité (2L). Le R32 est classé A2L, comme les HFO-1234yz et HFO-1234ze, tandis que le R410A appartient à la classe A1 (faible toxicité, ininflammable). Le R290 (propane) relève de la classe A3 (faible toxicité et fortement inflammable). L’ammoniaque R717 est classée B2L (toxique et légèrement inflammable). Cette norme ISO est traduite en Europe par la norme EN 378, publiée en 2017 par l’Afnor (NF EN 378 : 2017, Systèmes frigorifiques et pompes à chaleur - Exigences de sécurité et d'environnement - Partie 1 : exigences de base, définitions, classification et critères de choix, 348, 21 € HT sur le site de l’Afnor), elle fait désormais apparaître la classe A2L. La norme EN 378 sert notamment à calculer les charges limites de réfrigérant que l’on peut installer dans différentes configurations de matériels et de locaux, en tenant compte du classement dudit fluide et du type de ventilation des locaux. La norme EN 378 vise avant tout à minimiser les risques pour les occupants et le personnel chargé de la maintenance.

La recherche de la charge maximale de fluide frigorigène


Le calcul de la charge maximale n’est pas nouveau. Il figurait déjà comme une obligation dans la version 2008 de la norme NF EN 378, mais il faut bien avouer qu’il était rarement effectué, notamment parce que le R410A est ininflammable. Le fait que son successeur, le R32, soit classé A2L – légèrement inflammable – et qu’il devienne le fluide de référence en climatisation par détente directe, change la donne pour les installateurs. Légèrement inflammable signifie que le R32 brûle difficilement, mais dans les conditions adéquates – température d’incendie élevée, concentration dans la pièce -, il brûle tout de même. Si un incendie se déclare dans une maison individuelle et que la charge de R32 du système de climatisation contribue à son développement, la première chose que vérifieront les assureurs, les enquêteurs, les tribunaux, c’est la conformité de l’installation de climatisation. Le calcul de la charge limite (maximale) minimise le danger le plus important : dans le cas du R32, c’est son inflammabilité, plutôt que sa toxicité. Le calcul s’effectue donc sur la base de l’inflammabilité du R32 et du volume de la plus petite pièce desservie par l’installation de climatisation, en faisant l’hypothèse que la totalité de la charge de l’installation se déverse dans cette plus petite pièce.

Attention aux petites pièces


Peu nombreux sont les constructeurs qui indiquent des charges limites ou même la méthode de calcul. Daikin le fait. Son multisplit Bluevolution avec 5 unités intérieures contient au maximum 3,3 kg de R32. La pièce la plus petite équipée d’une unité intérieure R32 doit avoir une surface d’au moins 10,3 m². Quantités de maisons individuelles récentes possèdent des chambres dont la surface est inférieure à 10 m². Ce qui empêche d’y installer un climatiseur multisplit au R32. Le calcul et les règles d’installation seront plus complexes encore dans le cas de locaux recevant du public : une agence bancaire, par exemple, ou une pharmacie. Outre la norme NF EN 378, il faudra tenir compte des Règles de Sécurité publiées par le Ministère de l’Intérieur. La France a proposé à la Commission européenne une nouvelle rédaction de ces règles codifiant les conditions d’installation de systèmes de climatisation utilisant des fluides A2L. Nous attendons fin décembre 2018 ou début janvier 2019, la rédaction définitive de ces règles de sécurité.

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