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Claude Parent vu par Jean Nouvel
Parent et Nouvel - © © Odile Fillon

Claude Parent vu par Jean Nouvel

Jean Nouvel, architecte |  le 19/01/2010  |  France entière

En préface de l'ouvrage "Claude Parent, vu par... 50 témoignages du monde entier" (Editions Le Moniteur, 2006, 154 pages), Jean Nouvel raconte ce que son patron d'alors lui a "donné-sans-en-avoir-l'air" : "La fierté d'être architecte, la tête haute, le verbe haut, portant beau, roulant sport."

Certains de mes amis me l'ont souvent dit : "Tu lui dois beaucoup." Ingrat - mais lucide -, j'ai toujours répondu : "Je ne lui dois rien : tout ce que je tiens de lui il me l'a clairement donné avec légèreté et distance, sans condition. Ainsi, je n'ai gardé que ce que j'ai voulu." Pour cette raison, je me suis toujours senti libre et n'ai jamais eu la moindre tentation de tuer le père Claude [Parent, ndlr]... ou l'oncle Paul [Virilio, ndlr].
Pourtant, il faut bien reconnaître que j'étais sous influence. Plus que séduit. Fasciné. Je le suis toujours. Et ce que je vous reconnais aujourd'hui, Claude, ce que ne n'ai pas compris tout de suite, c'est votre incroyable talent de pédagogue-qui-ne-veux-pas-l'être. Pour comprendre de quoi je parle il suffit de regarder ce que faisait et ce que font encore certains professeurs prestigieux de nos écoles d'architecture qui façonnent, qui impriment, qui formatent la tendre matière grise des générations qui leur sont confiées, qui ont l'amour du dogme et la vocation du clonage. Oui, ces clones leur doivent beaucoup, sectaires d'une secte qui y idolâtre le maître, pauvres lobotomisés qui ne peuvent plus le "tuer" pour s'évader. Ils ânonnent à vie le même vieux projet que - comble d'ironie - ils appellent toujours moderne... Pauvre Corbu... Pauvre misère.

Dons

Mais revenons à l'essentiel, que m'avez-vous donné-sans-en-avoir-l'air ?
- La fierté d'être architecte, la tête haute, le verbe haut, portant beau, roulant sport.
Ah, le plaisir de rouler dans une de vos voitures prêtée quelques mois, la jeep "architecture principe" kaki avec le grand logo blanc sur le capot ! La frime, le soir, à Saint-Germain... séduction assurée. Ah, ma première voiture de sport, Triumph TR4A rouge, pour aller représenter Claude Parent aux réunions de chantier à Epernay...
- Le courage d'être architecte, de dire non aux empêcheurs d'archi. D'abord à l'ineffable Monsieur Desortie, ingénieur-saboteur de l'immeuble Perronet, tueur de rêves... Puis à tous ceux de sa famille qui est bien implantée dans un certain monde de la construction où l'architecture est le danger.
- L'aplomb de dire, de dénoncer, sans crainte des retombées des opinions formulées ou de l'ostracisme qui se fait jour face à l'ultra-minoritaire vilain petit canard... Bref, vous m'avez appris le mépris du mouton de Panurge.
- Le sens de l'utopie, de cette petite lumière qui s'allume sur l'horizon crépusculaire, de cet espoir d'un lendemain meilleur... discussions passionnées, le plus souvent avec vous et Paul Virilio sur la théorie et le passage à l'acte... soirées de méditation, seul avec les numéros d'"Architecture principe" (la continuité spatiale, l'oblique...) de façon récurrente, ces interrogations, ces réflexions ressurgissent, résurgences surprenantes qui me conduisent régulièrement à travailler "mon oblique".
- L'importance de l'étude de la forme trouvée : la forme est souvent la conséquence des réalités programmatiques et constructives, il faut alors l'amadouer, la domestiquer, la valoriser. Je vous ai vu vous battre avec elle. Chaque fois que je me retrouve à affronter le volume, la masse, le monolithe, je pense à vous et à votre stylo d'argent, un Parker à grosse plume dont les pleins et les déliés venaient recouvrir mes calques hésitants.

Inconscience

Je peux aussi évoquer le lien entre l'architecture et les arts, le respect des vrais entrepreneurs et la confiance, la foi qui vous conduisait régulièrement à jeter à l'eau vos jeunes collaborateurs - moi le premier - pour leur prouver qu'ils arriveraient à nager. Vous avez précipité mon départ vers le large, armé ma frêle embarcation... J'aurais pu, j'aurais dû me noyer... mais vous n'y croyiez pas (Arlette Planchon non plus, d'ailleurs !). Alors, fort de cette confiance, moi non plus... Mon inconscience a fait le reste. Mais, cette inconscience, elle, c'est limpide : je vous la dois.

Pour commander cet ouvrage, rendez-vous sur le site Internet : www.librairiedumoniteur.com

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