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Claude Parent : homme de colères et de passions
L'architecte Claude Parent - © © Claude Parent

Claude Parent : homme de colères et de passions

Pascale Blin |  le 19/01/2010  |  France entière

Architecte de l'oblique, Claude Parent, 86 ans, n'a rien perdu de sa fougue. Inlassablement, il poursuit sa quête du verbe qui touche et bouleverse, du dessin qui interpelle et subjugue.

Claude Parent est issu d'une "tribu" gasconne, tout à la fois créatrice et loquace, joyeuse et coléreuse. Une tribu passionnée et particulièrement unie, ayant à cœur d'encourager les destinées de chacun de ses membres. A son père, il doit sa passion pour le dessin. A sa mère, l'amour des mots et du verbe haut placé. A son frère aîné Michel, son inscription en 1936 à l'Ecole des beaux-arts de Toulouse. Et à sa sœur cadette Nicole... une éternelle reconnaissance - pour n'avoir jamais cessé de plaider ses causes... Très vite, il réalise que l'enseignement de l'architecture ne sied pas à sa fougue créatrice. Il le délaisse sans regret pour rejoindre les ateliers de dessin les plus novateurs.
En arrivant à Paris, après l'intermède que lui imposa la guerre, il a le sentiment d'être porté par de nouveaux espoirs architecturaux. Espoirs qu'il confie alors à l'école de la rue Bonaparte. Mais là encore, la déception est grande. Plus âgé que les jeunes prétendants au métier d'architecte qu'il y côtoie, il se vit "en décalage", se morfond d'ennui. Sans pour autant quitter définitivement l'école, il choisit de s'aventurer dans une vie de saltimbanque du dessin. Il se vend comme modiste, caricaturiste, publicitaire, graphiste...

"Auteur/polémiste"

En 1951, sa rencontre avec André Bloc le propulse dans un univers artistique d'avant-garde. En participant aux recherches du groupe Espace, il en fréquente tous les protagonistes et se lie d'amitié avec Nicolas Schöffer, Yves Klein, Gérard Mannoni, Jean Tinguely... Il devient leur plus ardent collaborateur, leur plus fidèle complice. En 1953, sa connivence avec Ionel Schein, le recentre toutefois sur l'architecture. Mais en gagnant le concours organisé par la revue "La Maison Française", il saisit toute l'importance des médias. Et en devenant le premier rédacteur "grand public" d'architecture, pour la revue "Elle", il découvre le pouvoir de la communication...
Et quand André Bloc lui ouvre les portes de la revue "Architecture d'aujourd'hui", il se réjouit de pouvoir y aiguiser sa plume. Plume déjà acerbe qui, sous l'influence de Paul Virilio avec lequel il s'engage dans la création de la revue "Architecture Principe" (1966), lui octroie rapidement un statut d'auteur/polémiste. Si sa pensée ne cesse alors de s'affirmer, ses architectures quant à elles, déjà "en déséquilibre" - comme en témoigne dès 1958 "la maison Sarrut" -, amplifient leur dynamique. Elles flirtent avec l'oblique ! Avec Sainte-Bernadette-du-Banlay à Nevers (1963-1966), son utopie de l'oblique devient réalité. Une réalité stimulée et amendée ensuite et sans relâche avec les centres commerciaux de Tinqueux (1969), de Sens (1970) ou Ris-Orangis (1971), avec le Septen à Lyon (1984), le collège Vincent-d'Indy à Paris (1987)...

"L'homme à abattre"

A l'issue de ses associations successives, passionnées et avortées dans la douleur, avec Ionel Schein (1953-1955), puis Paul Virilio (1963-968), Claude Parent préfère poursuivre sa route en solitaire. Une route sinueuse et percluse d'embûches. Avec d'une part, un parcours d'auteur dont les plaidoyers ne remportent pas toujours l'adhésion. Loin s'en faut. En attaquant les décideurs indélicats comme les architectes mercantiles, il s'offre en effet en pâture aux blâmes des maîtres d'ouvrages et aux semonces de ses confrères et devient "l'homme à abattre". Avec d'autre part, un parcours d'architecte plutôt chaotique qui, à l'instar de son architecture, semble toujours sur le point de basculer... En 1974, quand EDF le sollicite pour étudier l'esthétique des centrales nucléaires, il devient l'architecte du nucléaire. Mais ses esquisses pour centrales "modèles", en "Jarres" ou en "Pattes de Tigres", comme ses réalisations de Chooz ou de Cattenom (1979-1991), alimentent là encore la critique de ses plus fervents détracteurs.
Décidemment Claude Parent agace. Ses postures architecturales sèment le trouble dans la profession. C'est sans doute ce qu'il recherche, mais c'est aussi ce qui lui barre petit à petit l'accès à la commande. Mais il ne manque pas de ressort et se concentre sur ses recherches - "l'hélicoïde brisée ou ondulée", "la spirale enveloppante ou déchirante"...- et réussit avec l'hôtel de Région à Marseille (1990), le théâtre Sylvia Monfort (Paris 1991), le centre d'animation Poissy Pole (1996), l'hôtel de ville de Lillebonne (1997)... à en assumer pleinement les traductions architecturales.

"Public d'aficionados"

Claude Parent poursuit sa route, inébranlablement, sans se soucier de la critique comme d'ailleurs de l'absence de critique. Ce n'est qu'en 2004, après avoir livré son dernier projet, la caserne Nouvelle-France de Paris, qu'il se décide à fermer l'agence. Mais s'il renonce alors à la commande, il n'abandonne pas pour autant l'architecture. Son combat perdure. Inlassablement il poursuit sa quête du verbe qui touche et bouleverse, du dessin qui interpelle et subjugue.
Il renoue avec l'utopie, recouvre sa totale liberté de concevoir. C'est dans l'univers de la dynamique architecturale, de ce qu'il appelle "l'Open limit", qu'il évolue. Il y est bien et heureux. Son public d'aficionados ne s'y trompe pas. Son plaisir est partagé... et de nouveau communiqué au public. La jeune génération d'architectes le découvre, enthousiaste. Jean Nouvel, qui avait fait ses armes à l'agence Parent, mais qui n'avait jusque-là jamais revendiqué une quelconque filiation, lui rend enfin hommage en affirmant haut et fort que la toiture à pans obliques de sa salle philharmonique parisienne puise sa genèse dans l'œuvre de Parent. Cette soudaine reconnaissance plaît aux médias, aux architectes toutes générations confondues. Les détracteurs semblent avoir disparu, la poignée d'aficionados de toujours se fond dans la masse des nouveaux admirateurs. L'œuvre de Claude Parent est enfin exposée au grand public.
Après son entrée à l'Institut en 2006, Claude Parent entre aujourd'hui dans la légende. Et s'il se réjouit de tout ce tapage, c'est essentiellement qu'il lui donne l'occasion de s'exprimer encore et toujours. Il ne faut pas s'y tromper : à 86 ans, dans son costume d'académicien qui lui donne belle allure et favorise sa stature de "sage", Claude Parent n'a rien perdu de sa fougue. Son engagement reste total, ne connaît pas de limites. Ses passions comme ses colères pourraient encore en étourdir plus d'un...

A lire aussi : "Claude Parent vu par Jean Nouvel" (point de vue) et "La Fondation Avicenne : modernité sans frontière" (rétrospective)

A voir…

"Claude Parent, œuvre construite, œuvre graphique"
Exposition du 20 janvier au 2 mai 2010
A la Cité de l'architecture et du patrimoine
Galerie haute des expositions temporaires
1 place du Trocadéro - 75016 Paris
Ouverture tous les jours de 11h à 19h, nocturne le jeudi jusqu'à 21h, fermeture le mardi
Entrée payante

www.citechaillot.fr

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