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Claude Dufour Président du Synaamob Plaidoyer pour les maîtres d’œuvre
PHOTO - HOR Dufour.eps - © thomas gogny/le moniteur

Claude Dufour Président du Synaamob Plaidoyer pour les maîtres d’œuvre

C. D. |  le 29/09/2008  |  ImmobilierLogementsArchitecture

En ce début de XXIe siècle, alors que le président de la République affirme sa volonté de moderniser les institutions et sortir la France de sa torpeur, je ne puis m’empêcher de retracer le parcours souvent chaotique de ces professionnels de la conception – les maîtres d’œuvre – que l’on qualifie souvent de « profession émergente », alors qu’elle existe depuis plus de 50 ans. De façon imagée, je dirais que l’iceberg s’est retourné, car il y a bien longtemps que la partie immergée est sortie de l’eau !

La première génération des maîtres d’œuvre est issue, à l’origine, des cabinets d’architectes. En effet, après les folles années de la Reconstruction, de nombreux collaborateurs d’architectes ont été « remerciés » lorsque le marché du bâtiment s’est tari. Je me souviens qu’à cette époque, de nombreux collègues ont alors été encouragés par leur patron architecte à s’installer à leur compte. Et très souvent, leurs premiers « chantiers » leur furent confiés par leur ancien employeur. Ces premiers travaux, ces premières études portaient sur la réhabilitation, l’extension de bâtiments existants et sur la maison individuelle. Le marché évoluait, en effet, vers ce choix de société : le logement individuel, la villa.

Référencés par l’administration fiscale sous des appellations diverses

Les maîtres d’œuvre ont pu répondre à ce nouveau marché. Ils furent référencés par l’administration fiscale sous des appellations diverses et variées : cabinets d’architecture, maîtres d’œuvre en bâtiment, métreurs, ingénieurs conseils et bureaux d’études. Professionnels de terrain, professionnels de proximité, exerçant en statut libéral dans un marché libre, ils ont affirmé, au fil des années, leur spécificité dans l’acte de bâtir et se sont orientés en fonction de leurs compétences et en réponse au marché local. Je témoigne qu’à cette époque une entente cordiale régnait au sein de l’ensemble des acteurs du cadre bâti. Les maîtres d’œuvre exerçaient la conception sans limite de seuil pour le marché privé, les marchés publics étant réservés aux architectes. Encadrés par les règlements d’urbanisme, contrôlés par les architectes conseils du ministère de l’Equipement et par les architectes des bâtiments de France, les projets présentés par les maîtres d’œuvre respectaient bien évidemment les contraintes liées aux choix politiques en vigueur.

La loi du 3 janvier 1977 sur l’architecture a bouleversé un équilibre créé naturellement en raison d’un besoin, d’une nécessité à répondre aux maîtres d’ouvrage, tout en apportant une diversification dans les milieux professionnels. A l’époque, environ dix mille maîtres d’œuvre en exercice étaient concernés par les articles 37-1 et 37-2 de la loi. Près de quatre mille furent inscrits sur les tableaux de l’Ordre des architectes sous le titre d’agréés en architecture. Trois mille n’ont pas donné suite, soit par méconnaissance de la loi, soit par désintérêt. Trois mille « recalés » par les commissions régionales ont pu continuer d’exercer avec un récépissé leur donnant le droit d’assurer toutes les missions de l’architecte « jusqu’à l’intervention d’une décision » du ministre ; décision intervenue… trente ans plus tard, grâce aux dispositions de l’ordonnance du 26 août 2005, et qui n’a finalement concerné que 600 maîtres d’œuvre encore en exercice. Avec ce dernier texte, la loi sur l’architecture connaissait enfin l’aboutissement du « dossier » des maîtres d’œuvre exerçant antérieurement à 1977 !

Et pendant toutes ces années, d’autres maîtres d’œuvre continuaient à s’installer, à prendre patience, s’assurer et s’inscrire, au vu et au su de tous, dans le marché de la conception et de l’architecture. Responsables, entreprenants et créateurs, ils ont choisi l’expérience libérale plutôt que de grossir les rangs des demandeurs d’emploi. On ignore trop souvent que leur activité économique est complémentaire de celle des architectes, et que ces professionnels bénéficient d’une formation de base dans la conception et d’une expérience riche de la diversité des échanges, des rencontres et des enseignements qu’ils apportent. Proches des réalités de terrain, ils sont à même de répondre à la demande, aux exigences sociales, techniques et culturelles du marché actuel.

Un chantier colossal est ouvert

Compte tenu des enjeux économiques et de la réponse à apporter aux travaux du Grenelle de l’environnement tant sur la réhabilitation et la mise aux normes du parc immobilier existant – plus de 10 millions de logements – qu’à l’ambitieux projet qui fixe comme objectif de réaliser 500 000 logements par an, l’Etat français a besoin de ces maîtres d’œuvre pour accompagner et soutenir l’action des architectes, pour s’associer à la réflexion architecturale, défendre la culture architecturale, et ainsi répondre aux besoins de la société.

La loi sur l’architecture n’a pas su traiter sur le fond la situation des maîtres d’œuvre, comme elle n’a pas su imposer l’homme de l’art, ni la culture architecturale, dans la société. C’est ce qui explique peut-être la faible représentativité de la profession en France, en comparaison de nos voisins européens. Un chantier colossal est ouvert. Les architectes et maîtres d’œuvre doivent l’appréhender ensemble sauf à voir s’installer en France de gros cabinets européens ou abandonner celui-ci à l’ingénierie.

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