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Cité des Courtillières à Pantin : un habitant témoigne

Defawe Philippe |  le 24/10/2007  |  France Collectivités localesSEMArchitectureYvelines

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Mais pourquoi les architectes n'habitent-ils pas les immeubles qu'ils construisent ?
Défendre les Courtillières parce-que cette cité est l'une des dernières œuvres d'Emile Aillaud : l'argument est un peu court. Si les œuvres de cet architecte ne sont pas restées debout c'est peut-être qu'elles ne le méritaient pas, tout simplement. Préserver pour préserver n'est pas une bonne chose. A la fin, on finit par préserver n'importe quoi. La vie ne peut s'apprécier qu'à l'aune de la mort. Et puis les Courtillières de Pantin ne sont pas Versailles - le château.
Arrêter une réhabilitation dont les habitants de cette cité ont besoin, c'est sacrifier la vie à une esthétique plus que discutable.

Cependant cette rénovation est-elle bien nécessaire ? Alors faisons un petit bilan. La cité n'a pas été entretenue pendant plus de 40 ans. Durant toute cette période, le propriétaire était la SEMIDEP une société d'économie mixte de la Ville de Paris. Le bâti s'est par endroits fortement dégradé et est devenu dangereux. L'insalubrité est flagrante - des rats courent dans les communs. Les circuits de distribution des flux (eau, gaz, électricité, aération) n'ont jamais été refaits et ils ne sont plus aux normes de sécurité. Ne rien entreprendre, c'est prendre des risques à bon compte avec la vie des autres. Il y a là, matière à une mise en danger de la vie d'autrui.
Le parc intérieur n'a eu qu'un modeste entretien (tonte des pelouses une fois par an). L'élagage forcené des arbres a contribué à leur mort prématurée. Les arbres morts n'ont jamais été remplacés. Les arbustes des bosquets d'origine n'ont pas été plus entretenus. Les bacs à sable et les aires de jeux ont été laissés à l'abandon. Les nids de poule dans la chaussée des parkings n'ont pas été rebouchés. Les bancs en béton se sont dégradés avec le gel. Aujourd'hui, il n'y en a plus un seul debout. Dans le parc, aucune poubelle n'a été prévue par ce brillant architecte.
Vouloir laisser les habitants dans de telles conditions de vie, c'est favoriser tous les trafics et la délinquance. Il ne faut pas s'étonner que ces cités flambent et que les habitants ne se sentent en rien concernés par le devenir non seulement de leur cité, mais aussi de leur ville et du pays.
Laisser en déshérence ces grands ensembles c'est désespérer les citoyens.
Le beau pour le beau n'a jamais eu sa place dans l'histoire de l'humanité. Le beau n'est admissible par les hommes que s'il est utile (voir Versailles - le château) ou qu'ils le croient tel.

En fait de quoi s'agit-il réellement?
De la destruction d'un centre commercial qui n'a plus qu'une boutique en activité sur dix sept. Et celle de deux escaliers pour ouvrir le parc et éviter qu'il soit un repaire de voyous qui par sa fermeture permet de dissimuler l'économie souterraine.

La contestation de ces travaux n'est que le fait d'intellectuels parisiens qui ne vivent pas dans des conditions dégradées mais très à l'aise dans les quartiers protégés de la Capitale. Ces travaux ont non seulement été voulus par la municipalité (nouveau propriétaire) mais par l'ensemble des habitants. Une large concertation a été menée, elle a abouti à ces travaux. Maintenant qu'il faut passer à la réalisation, des personnes/.../ viennent dire au dernier moment qu'il faut arrêter tout et continuer de vivre dangereusement.
J'aurais bien aimé savoir ce que ces mêmes personnes auraient fait quand, pendant la Révolution, les sans-culottes détruisaient les châteaux. Là, bien sûr, il y avait le risque de passer à la guillotine. Ce n'est pas ce que je souhaite mais plus simplement qu'on accorde plus de considération aux êtres humains et que l'individu ne soit plus sacrifié par quelques intellectuels méprisants et surtout ignorants.

Dominique Mangematin, plasticien, habitant de la Cité des Courtillières à Pantin depuis sa construction en 1959.

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