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Cinq conseils pour finir lauréat
Les meilleures équipes dépassent le triumvirat promoteur-investisseur-maîtrise d'oeuvre, comme ici pour réinventer Paris - © ALGOE / VILLE DE PARIS

Cinq conseils pour finir lauréat

Marie-Douce Albert et Barbara Kiraly |  le 31/08/2018  |  Collectivités localesAppel à projets

Appel à projets innovants -

Dessine-moi Toulouse, Imagine Angers… Les acteurs publics font évoluer les consultations. Pour décrocher des contrats, les équipes doivent se réinventer.

Tic, tac, tic, tac. Le temps passe, et les équipes n'ont plus qu'un mois pour candidater à l'appel à projets urbains innovants « Dessine-moi Toulouse », lancé par la métropole. « Répondre à ce genre de consultations nécessite de mobiliser nos collaborateurs durant plusieurs mois de travail. Au total, cela représente un énorme investissement», témoigne un professionnel. Après les « Réinventer Paris », « Inventons la métropole du Grand Paris », « Imagine Angers », etc. , les professionnels de la ville ont développé une certaine expertise. Voici leurs bons conseils.

1 - Constituer une dream team

De l'avis de tous les experts interrogés, la clé de la réussite réside dans la structure de l'équipe. Elle doit d'abord réunir les compétences nécessaires pour répondre au cahier des charges de la collectivité. « Si vous proposez de développer un commerce équitable en rez-de-chaussée, vous devez intégrer à votre équipe l'exploitant de la structure, car il s'engagera sur la viabilité de l'opération », illustre Nicolas Ledoux, directeur associé d'Algoé, société de conseil en management de projets.

Une fois les meilleurs experts réunis, reste à les faire travailler ensemble et à créer une bonne entente pour qu'ils soient capables de faire front commun en cas de coup dur. « Car le projet à mener sera long et difficile », rappelle Jean-Michel Arnaud, vice-président de Publicis Consultants. Pour réussir l'alchimie, rien de mieux que de « casser le triangle classique promoteur-investisseur-maîtrise d'œuvre et de dialoguer avec tous les membres de l'équipe », continue Nicolas Ledoux. Avec une équipe soudée, les participants seront impliqués sur tous les sujets, qu'ils soient financiers, techniques, juridiques… « Si certains professionnels jouent les cautions morales, ou participent par pure opportunité sans vraiment s'impliquer, cela se ressentira lors des auditions, au risque de pénaliser le projet », prévient Marie Chambolle, directrice aménagement et développement d'Imagine Angers.

Enfin, la constitution de l'équipe doit permettre d'allier innovation et ancrage local. « Nous avons travaillé avec deux architectes, l'un singapourien, l'autre angevin, raconte Eric Boscherie, directeur régional adjoint de Vinci Immobilier et lauréat d'Imagine Angers avec le projet Arborescence. Lorsque le premier apportait beaucoup d'idées novatrices, le second les contrebalançait pour rester en cohérence avec l'intelligence du site. »

2 - Sortir de sa coquille

« Les appels à projets innovants brouillent les frontières et chacun sort de son rôle », estime Lucille Gréco, cheffe de projet pour la société de conseil Le Sens de la Ville. Mais toute équipe a besoin d'un meneur. « C'est le rôle du promoteur, assure Eric Boscherie. A la différence des projets traditionnels où le maître d'ouvrage peut se montrer très directif, ici il doit savoir libérer les énergies, faire émerger les bonnes idées, sans jamais rien imposer. » Et chaque leader compte à ses côtés un organisateur hors pair. Un costume taillé pour l'architecte. « Il coordonne la programmation, anime les réunions internes et s'occupe même du graphisme du dossier, détaille Mathieu Delorme, ingénieur, paysagiste et urbaniste de l'Atelier Georges. Jusqu'ici, les architectes étaient cantonnés à la question spatiale. Ou alors, ils étaient chefs d'orchestre par défaut, sans avoir développé le savoir-faire, et sans facturer les honoraires correspondants… » Pour finir, des professionnels de l'intelligence économique conseillent les équipes. Objectif : « Comprendre les enjeux d'un territoire et aider l'équipe à développer son offre, en cohérence avec les attentes des acteurs publics », précise Jean-Michel Arnaud. Les promoteurs immobiliers ont compris tout l'intérêt de cette science, et commencent à recruter des profils différents. « Des diplômés de Sciences Po ou en urbanisme, à l'écoute du politique », observe Mathieu Delorme.

3 - Se concentrer sur des idées fortes

Les équipes sont attendues sur leur capacité à innover. « Mais pas question de cocher toutes les cases d'une liste en développant systématiquement des activités de coworking, des espaces végétalisés et en ayant recours aux panneaux photovoltaïques… Mieux vaut avoir une idée forte, et la mener jusqu'au bout », conseille Marie Chambolle.

Attention à « l'effet salade », qui consiste à teinter son programme de verdure sans réflexion et à induire des dépenses inutiles. « Nous attendons des innovations frugales, pas trop compliquées ni coûteuses à déployer », dévoile Marion Waller, conseillère urbanisme et attractivité de Jean-Louis Missika, l'adjoint à la maire de Paris qui a lancé Réinventer Paris. Car ces projets structurants pour un territoire sont là pour durer. Jusqu'à présent, les équipes ont beaucoup travaillé sur les usages… « Nous attendons aussi des innovations sur les techniques de construction, pour que les chantiers soient plus faciles à vivre pour les riverains ou peu émetteurs de carbone », ajoute la conseillère parisienne. Pour se distinguer, Yannick Borde, directeur général de Procivis Ouest, lauréat d'Imagine Angers sur l'îlot Jean-Moulin, a misé sur la terre crue pour son projet d'habitat participatif.

4 - Présenter un modèle économique abouti

Avec les appels à projets innovants, la donne a changé. « Pour cinq sites sur six, nous avons choisi un projet qui ne rapporte pas les recettes financières les plus élevées », souligne Marie Chambolle. C'est bien l'innovation qui a primé. Mais pour être désigné lauréat, il faut respecter une condition : « Proposer un modèle économique pertinent », avertit Annette Laigneau, vice-présidente de Toulouse Métropole. Car les collectivités locales veilleront particulièrement à ce que ces projets de long terme se développent tels qu'ils ont été pensés.

« Chaque équipe détermine elle-même le dispositif de suivi de son innovation, indique Adeline Chambre, directrice adjointe du cabinet de Jean-Louis Missika. Et nous avons travaillé avec des cabinets de notaires pour définir des clauses dans les contrats de vente des terrains prévoyant des pénalités financières si le projet n'est pas déployé tel qu'il a été conçu. »

5 - Travailler sur plusieurs sites à la fois

« Attention à ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Pour gagner, il faut multiplier les candidatures et ne pas hésiter à se positionner sur des fonciers moins courus et moins attirants en termes de commercialisation », recommande Nicolas Ledoux. Une stratégie qui a payé pour Procivis. « Nous avons travaillé sur un terrain un peu tarabiscoté, relate Yannick Borde. J'étais à peu près sûr qu'il n'intéresserait pas les gros opérateurs. » Un lauréat d'Inventons la métropole du Grand Paris aurait monté 42 dossiers (pour 60 sites proposés) avant d'en finaliser 13 et de remporter une petite dizaine de fonciers…

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« Les auditions sont trop souvent mal préparées »

« Le succès des auditions, c'est la préparation. Or, elles sont souvent mal appréhendées et peuvent pénaliser un projet. Au pire, les membres de l'équipe ne se sont jamais vus. Au mieux, ils pensent savoir faire. Mais l'oral génère un stress important, surtout quand le projet est porté depuis plusieurs mois. Une audition n'est pas l'occasion de remercier un collaborateur.

Ceux qui sont choisis pour présenter le projet doivent avoir une certaine aptitude à s'exprimer à l'oral et, surtout, maîtriser le sujet ! Enfin, il ne s'agit pas de parler de son entreprise, mais bien des attentes du client et de ce que l'on en a compris. »

Jean-Michel Arnaud, vice-président de Publicis Consultants.

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Quand les collectivités accompagnent les candidats

Si les acteurs publics lancent des appels à projets innovants, c'est parce que ceux-ci permettent de changer l'image d'une ville. « Nous voulions créer une émulation pour obtenir plus. Nous attendions des projets emblématiques et innovants, car nous souhaitions améliorer le rayonnement d'Angers », insiste Marie Chambolle, directrice aménagement et développement des territoires. La capitale de l'Anjou a réussi à créer l'émulation : 48 candidatures ont été enregistrées pour six sites proposés, et de grands noms de l'architecture ont planché sur les dossiers.

La métropole de Toulouse aimerait également tirer son épingle du jeu avec « Dessine-moi Toulouse », lancé en mai dernier. « Nous désirons accompagner la transformation de la métropole et montrer la dynamique du territoire », relève Annette Laigneau, vice-présidente de la collectivité locale.

Speed datings et visites de sites. Pour que les équipes se lancent, il faut parfois leur donner un coup de pouce. « Nous avons planifié une soirée au mois de juin où tous les candidats potentiels ont été invités. Plus de 200 professionnels y ont participé, raconte Annette Laigneau. A cette occasion, nous avons organisé des speed datings, pour faciliter les rencontres et aider ceux qui souhaitaient compléter leurs équipes. Nous avons également proposé des visites de sites, de manière à replacer chaque foncier dans son contexte et apporter des éléments techniques aux participants. » La métropole saura rapidement si l'accompagnement a été suffisant, la date limite de dépôt des dossiers de candidature est fixée à fin septembre.

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« Un dossier s'est mis à parler ! »

« Parmi les dossiers que nous avons reçus, il y en a un qui s'est mis à parler !

Il contenait une tablette présentant un film qui se déclenchait tout seul lors de son ouverture. Mais, à Angers, le jury n'a eu accès qu'aux synthèses établies par la commission d'analyse technique. Tous les coffrets reçus… sont restés dans mon bureau, les jurés ne les ont pas vus. Nous avions essayé de limiter les équipes sur le rendu, mais elles ont tout de même beaucoup investi sur les perspectives. Et nous les avons présentées. Car c'est toujours parlant pour des néophytes. A la fin de chaque audition, la commission d'analyse technique débriefait le jury et pointait ce qui pouvait fonctionner, ou non, dans le projet. »

Marie Chambolle, directrice aménagement et développement des territoires d'Angers.

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