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Christophe Girot décrypte 10.000 ans d’intelligence territoriale
En une heure, Christophe Girot a parcouru 10 000 ans de paysages planétaires, le 19 janvier la librairie Jardins en Art. Ici, étape dans une jungle urbaine de à Buenos Aires. - © © Laurent Miguet

Christophe Girot décrypte 10.000 ans d’intelligence territoriale

Laurent miguet |  le 24/01/2017  |  Paris

Au bout du décryptage des archétypes qui structurent la création paysagère depuis 10 000 ans, Christophe Girod s’interroge : où va le paysage ? Titulaire de la chaire consacrée à cette matière à l’Ecole polytechnique de Zürich et auteur du « cours du paysage » publié en janvier par Ulmer, il a partagé son questionnement et son érudition, le 19 janvier à Paris, à la neuvième conférence du cycle « Jardins en actes », proposée par la librairie Jardins en art.

La décision de laisser faire la nature, pour retrouver la forêt originelle à l’arrière de l’aéroport du Tempelhof, à Berlin, aboutit à ce résultat paradoxal : « Pendant des dizaines d’années, les trains ont transporté des graines qui ont germé pour produire une forme de cosmopolitisme végétal », s’amuse Christophe Girot. Au-delà du démenti cinglant au « mythe tendancieux » produit par le « dogme écologique », le professeur suisse s’appuie sur cet exemple pour remettre les points sur les i : la nature ne se confond pas avec le paysage. La naissance de ce dernier a coïncidé avec la fin du nomadisme, « quand l’homme a commencé à chercher l’intelligence du territoire ».

Impasse singapourienne

A l’opposé du laisser-faire, les créations volontaires ne brillent pas non plus par leur capacité à répondre aux besoins des hommes d’aujourd’hui : dans le quartier de Zürich où il habite, Christophe Girot a photographié une place minérale, « où l’on explique aux habitants que pour créer des jardins, il faudra encore attendre la dépollution du sol pendant 60 ans ».  Malgré ses millions de visiteurs, le jardin le plus cher du monde – 1 milliard de dollars pour 30 hectares - gagné sur la mer avec les remblais des grands chantiers de Singapour, ne convainc pas plus que la place zurichoise de la vivacité de l’intelligence paysagère contemporaine : « Les arbres artificiels et les plantes importées à grand frais produisent-ils un modèle durable ? »

Cercle européen

L’interrogation de pure forme et le décryptage des dogmes contemporains justifient l’enquête planétaire de Christophe Girot, au bout de laquelle apparaissent deux formes archétypales : la clairière néolithique européenne et le quadrilatère oriental de cultures irriguées. Le professeur met en évidence la résurgence du premier schème, dans de nombreuses compositions contemporaines : malade du sida dans les années 90, Derek Jarman a créé sa clairière de bric et de broc à la pointe sud de la Grande-Bretagne, assemblant « des morceaux de bois, des choux sauvages et des déchets » ; chargée d’aménager un jardin à la mémoire de la princesse Diane dans Hyde Park, l’américaine Kathryn Gustafson a elle aussi retrouvé « l’ADN du cercle, comme moteur paysager : on creuse un trou, on s’y rassemble, on fait la fête ».

Carré mésopotamien

Originaire de Mésopotamie, le second chromosome paysager s’est imposé en Europe par les Grecs : « Certes, comme ils détestaient les Persans,  ils n’ont jamais construit de jardins. Mais les temples s’imposent comme des espaces publics qui géométrisent l’espace dans un cadre naturel », soutient Christophe Girot, avant d’amener ses auditeurs à Phaistos, sur le site de l’enlèvement d’Europe par Zeus : « Né du drainage, l’ordre des plantations emprunte le même vocabulaire que l’architecture, celui de la boîte dans le désert ». Le chagrin d’Adrien, après la perte d’Antinoüs à Canope, transportera ce modèle au pied des Abruzzes. Le Nôtre le reproduira à Versailles, après avoir appris à exploiter les illusions d’optique qu’il avait décelées dans les compositions des hydrauliciens néerlandais. Les américains le pousseront à l’extrême, par la géométrisation d’un continent…

Pistes post-archétypales

Peut-on s’affranchir de ces origines ? Christophe Girot ne méconnaît pas l’intérêt des démarches qui ont exploré de nouveaux modèles, à commencer par le parc de la Villette, à Paris, même s’il regrette « le manque d’un corps paysager central », dans « ce dernier projet de l’ère pré-écologique ». A l’ère suivante, il retrouve la même inspiration post-archétypale dans la banlieue de Pékin, avec un immense laboratoire de phyto-remédiation que l’on parcourt sur des passerelles construites sur pilotis. Oui, « nous atteignons les limites des références aux archétypes », reconnaît le conférencier. Mais pour les dépasser, encore faut-il les comprendre. Rien de tel, à cette fin, qu’un voyage d’une heure dans 10 000 ans de paysages, en compagnie de Christophe Girot.

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