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Chorges, lueur d’espoir dans le cauchemar des entrées de ville
La ville de Chorges (Hautes-Alpes) et le bureau Paysage ont reçu le prix des entrées de ville, le 13 décembre 2018 au ministère de la Culture. - © Laurent Miguet

Chorges, lueur d’espoir dans le cauchemar des entrées de ville

Laurent miguet |  le 07/01/2019  |  MobilitéAménagement de voirie

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Lauréats 2018 du prix des entrées de ville et des franges urbaines, la ville de Chorges (Hautes-Alpes) et le bureau des Paysages apportent une leçon de ténacité. Ni les aléas électoraux, ni la transmission de l’agence de maîtrise d’œuvre paysagère, en 2015, n’ont altéré l’esprit du projet salué le 13 décembre dernier par un colloque au ministère de la Culture.

Le pire reste à venir, dans l’urbanisme commercial périphérique. « Nous ne sommes qu’à mi-chemin. La course à la taille se poursuivra  entre les enseignes déterminées à l’emporter sur leurs concurrentes ». Parmi les invités vedette du colloque du 13 décembre qui a précédé la remise du prix biennal des entrées de ville, le journaliste Franck Gintrand, délégué général de l’Institut des territoires, a glacé les acteurs de l’aménagement urbain réunis par Sites et Cités remarquables de France et la fédération Patrimoine Environnement, co-organisateurs du concours.

Course à l’artificialisation

Le contre-exemple parisien d’Ikea à la Madeleine ? « Un leurre », tranche l’auteur de « Le jour où les centres commerciaux auront tué nos villes ». Les moyennes surfaces de centre-ville constituent au mieux le prix à payer pour continuer à s’étendre dans les champs, comme le veulent les lois du marché et leur déclinaison foncière rappelée par Franck Gintrand : « un m2 de terre agricole vaut 1 euro ; dix euros si la cession bénéficie à un aménageur ; 100 euros après validation du permis de construire ; et 1 000 euros à la mise en vente par le promoteur ».
Malgré son objectif officiel de zéro artificialisation nette des sols d’ici à 2050, l’Etat semble incapable d’inverser cette logique. Les chiffres présentés au colloque du 13 décembre montrent l’accélération de la courbe, depuis 2015. A raison de 60 000 hectares par an dont 70 % de terres agricoles, l’étude du ministère de la Transition écologique et solidaire laisse prévoir un taux d’artificialisation de 8 % en 2030 pour la France métropolitaine, au lieu de 4 % en 1980. Plus déprimant encore : « 20 % des surfaces concernées se trouvent dans des communes où la population décroît », note Géraldine Ducos, chargée d’études économiques dans le domaine d’aménagement du territoire.

Impuissance règlementaire

Face à l’aggravation du mitage urbain, pourquoi la réglementation de plus en plus rigoureuse produit-elle si peu de résultats ? Sans répondre à cette question, le colloque a détaillé le constat d’échec, notamment par la voix de Denis Grandjean, représentant de Site et Cités remarquables de France et ancien vice-président du syndicat mixte pour le schéma de cohérence territoriale (Scot) de Meurthe-et-Moselle sud : « Je suis consterné par l’application de ce Scot auquel j’ai travaillé pendant des années », témoigne-t-il.
Adjoint au maire d’Avignon et paysagiste conseil de l’Etat, Sébastien Giorgis rappelle les symptômes du mal : « Enchevêtrement des compétences et éclatement des responsabilités entre l’Etat et les collectivités », soupire l’élu d’une agglomération partagée entre deux départements et deux régions. La persistance du pouvoir communal alimente le cercle vicieux décrypté par Alain de la Bretesche, président de Patrimoine Environnement : « Même s’ils apportent un signal fort et salutaire dans l’ambiance générale, les élus qui résistent aux grandes surfaces font souvent figure de dindons de la farce, car leurs voisins profitent de leur refus vertueux ».

Alain de la Bretesche, président de Patrimoine Environnement, rend hommage à la ténacité de la ville de Chorges.

Etoile alpine

Pour ramener de l’optimisme sous les stucs du Palais-Royal au ministère de la Culture, Chorges (Hautes-Alpes) a opposé une décennie d’opiniâtreté aux forces du marché et aux rigidités de l’Etat : pas question, pour ce dernier, de redessiner la bande roulante de la Nationale 94, à l’occasion de la transformation d’un carrefour à feux sur cette route circulée par 22 000 véhicules par jour, lors des vacances d’été et d’hiver vers les sommets alpins. Cette contrainte n’a pas empêché la commune de 2800 habitants de rebondir sur le projet routier pour mettre en scène son entrée de ville, depuis la route nationale jusqu’à la gare.
Pour rien au monde, Chorges n’aurait laissé l’Intermarché quitter le carrefour en voie de réaménagement pour s’installer dans la zone périphérique, exclusivement réservée aux activités artisanales. En concertation avec l’enseigne, la rénovation du magasin a dégagé les vues vers les sommets. « Comme nous l’avions souhaité, Intermarché s’est abstenu de concurrencer l’alignement de platanes, dans ses choix végétaux », se félicite Philippe Le Maner, successeur de Sébastien Giorgis, depuis 2015, à la tête de l'agence Paysages, missionné à partir de 2010 par la commune pour réaliser l’aménagement inauguré le 6 juillet 2018.

Objectif capitalisation

Avec la suppression de 80 panneaux publicitaires, le long de la route nationale, l’équipe municipale emmenée depuis 2008 par Christian Durand avait d’emblée signalé sa volonté de réguler la place du commerce dans l’espace public. Du carrefour réaménagé en rond-point jusqu’à la gare, les nouveaux abribus et bandes cyclables déclinent une mobilité choisie, plurielle et moderne, après le chantier de 580 000 euros conduit sous l’œil de l’architecte des bâtiments de France, à proximité d’une église classée.
Comment donner à Chorges le rôle du fer de lance d’un mouvement de réappropriation des villes par la puissance publique, conformément à l’esprit du concours soutenu par les ministères de la Culture et de la Transition écologique et solidaire ? Au début du colloque, Michel Rouget, directeur de l’agence d’urbanisme du grand Besançon, a émis une proposition : « Pourquoi ne pas mettre en valeur les bons exemples dans un observatoire national des projets identifiés lors du concours des entrées de ville ? » La métropole franc-comtoise ouvrira cette voie par la création d’un observatoire dans sa propre aire d’influence, en 2019. Elle espère remédier ainsi au talon d’Achille de l’urbanisme : les trous de mémoire, tombeau des intentions vertueuses.

Commentaires

Chorges, lueur d’espoir dans le cauchemar des entrées de ville

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Sylvie Des Alpes

07/01/2019 14h:42

Bonjour...moi même journaliste, dans les secteurs de l'urbanisme architecture et construction, je m'interroge quant à la partialité de vôtre article, cher confrère... Pour emprunter cette route des dizaines de fois par an et depuis des années (j'habite dans ce coin reculé), je ne pourrais pas dire qu'il s'agisse d'une lueur d'espoir . Nous avons bien compris que le rond point disproportioné et le fait des services de l'Etat, mais le reste n'est pas terrible non plus ! Et à mon sens, ce qui est justement navrant, c'est la présence de cette zone commerciale, même si le supermarché a changé ses codes couleurs ! Non, vraiment pas une réussite.

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