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CHARPENTE La robotisation bouleverse les stratégies des charpentiers

JOSEE POCHAT |  le 07/05/1999  |  PME du BTPFormation BTPBoisManagementDroit du travail

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La taille, coeur du métier de charpentier, est en voie d'industrialisation. L'alternative pour les PME : investir dans un robot de taille (2 millions de francs) ou conquérir de nouveaux marchés.

Il y a cinq ans, on ne comptait que deux ou trois robots de taille en France, alors que le parc des charpentiers, en Suisse, en Allemagne et en Autriche en comptait déjà deux cents. Une cinquantaine d'entreprises sont aujourd'hui équipées en France, et le mouvement devrait s'accélérer dans les années à venir.

« La taille, c'est le coeur du savoir faire du charpentier », souligne Gérard Agnésina, président de l'Union nationale française de charpente. « Sa robotisation est une vraie révolution pour la profession. » Un robot de taille, machine et logiciels inclus, coûte environ deux millions de francs. Un investissement considérable pour les PME de charpente, dont l'effectif moyen est de neuf salariés. D'où la crainte de voir quelques grosses entreprises s'équiper, produire des charpentes en série à moindre coût, pendant que les PME n'auront plus qu'un rôle de simple poseur. « Certains chefs d'entreprise dénoncent ces industriels qui vont les étrangler. Les optimistes estiment au contraire que les charpentiers ont toujours su s'adapter et qu'ils sauront faire face à cette évolution », ajoute Gérard Agnésina.

Paul Brochier, à la tête d'une entreprise de dix salariés dans l'Isère, ne compte pas investir dans un robot de taille mais se diriger vers de nouveaux marchés : « Je n'ai jamais été une entreprise de fabrication industrielle et je ne le deviendrai pas. Mais je ne m'inquiète pas pour autant. Nous allons perdre une part de marché conséquente dans la charpente traditionnelle, mais de nouvelles activités vont se développer, comme les ponts, passerelles, réfections de toiture... Je crois également beaucoup au secteur des maisons en ossature bois. Grâce à cette diversification, nous devrions réussir à compenser le marché perdu».

Même analyse de Régis Maddalon, P-DG d'une PME de Meurthe-et-Moselle, pour qui la charpente traditionnelle ne représente plus que 20 % de son activité, contre 80 % il y a encore cinq ans. Il se repositionne sur la charpente haut de gamme, notamment dans la réfection du patrimoine. «Une entreprise n'amortit pas un robot de taille avec sa propre activité, c'est-à-dire en fabriquant puis en posant» , estime-t-il. «Il faut donc, parallèlement, produire pour vendre, ce qui implique de développer une structure commerciale. Cela ne m'intéresse pas.»

Certains charpentiers croient au contraire que la robotisation est une nécessité absolue s'ils ne veulent pas être dépassés et cantonnés à un rôle de poseur. «Nous travaillons aujourd'hui avec les méthodes qu'employaient nos grands-pères» , souligne Michel Pigeon, charpentier en Ille-et-Vilaine. Ce chef d'entreprise aurait déjà investi dans une machine à tailler à commande numérique si l'investissement n'était pas si lourd. «J'hésite encore entre l'achat d'une machine d'occasion et celui d'une neuve. Avec notre volume d'activité, je peux déjà utiliser le robot à 50 % de ses capacités. Je vais donc étoffer ma structure commerciale pour conquérir de nouveaux marchés. De cet achat dépend la pérennité de l'entreprise. Sinon, nous allons suivre la même évolution que beaucoup de menuisiers, qui ne font que poser les fenêtres fabriquées par des industriels.»

PHOTO : Un robot de taille coûte 500 000 francs d'occasion, 2 millions de francs neuf.

Une PME de dix salariés a ouvert la voie

Christian Larrouy, P-DG de Pyrénées Charpente, a acheté un robot de taille en 1994. C'était alors la deuxième machine qui arrivait en France, rachetée d'occasion à une entreprise allemande. Cette PME ne comptaità l'époque que dix salariés. «Je pensais amortir mon investissement (un million de francs) grâce à mon activité propre, et en produisant pour d'autres charpentiers» , explique Christian Larrouy. «Mais ce scénario n'a pas fonctionné : je n'ai pas réussi à produire pour d'autres. La profession n'était pas prête.» L'entreprise s'est alors tournée vers de nouveaux marchés, plus importants et plus pointus, tels les bâtiments scolaires ou encore les maisons de retraite. «Ce sont de gros marchés de plus de quatre millions de francs, où il faut être rapide en fabrication et précis en pose» , indique-t-il.

En 1997, Pyrénées Charpente revend sa machine pour en acheter, cette fois, une neuve. Investissement : deux millions de francs. Entre temps l'entreprise est passée de 10 à 21 salariés. Une fois la machine achetée il faut former le personnel : un ingénieur et un dessinateur au DAO (dessin assisté par ordinateur) et deux conducteurs du robot. Ces derniers ont reçu leur formation dans l'entreprise ou la première machine avait été achetée, en Allemagne, il n'existait pas de formation adaptée en France. Le P-DG de Pyrénées Charpente a d'ailleurs monté sa propre unité de formation à l'attention des futurs pilotes de machines, qui viennent de la France entière.

Des réorganisations s'opèrent dans l'atelier. Les flux de production sont à revoir, les capacités de stockage doivent être augmentées... Après un démarrage difficile, Christian Larrouy annonce que sa deuxième machine sera amortie en cinq ans. «Cette évolution est nécessaire si l'on veut développer le secteur de la charpente bois, car pour rester compétitif la baisse des coûts de fabrication est la seule solution. »

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