« Cetih devient “Entreprise à mission” », François Guérin, président du groupe
François Guérin, président de CETIH, a engagée depuis longtemps le groupe dans une démarche RSE poussée. - © D.R. / Cetih
Interview

« Cetih devient “Entreprise à mission” », François Guérin, président du groupe

Véronique Cottier  |  le 12/03/2021  |  NégoceArtisansManagementFrance Collectivités locales

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Engagé depuis plusieurs années dans une politique RSE poussée, le groupe Cetih va inscrire cet engagement dans ses statuts en devenant “Entreprise à mission”. Son président, François Guérin, nous explique cette démarche et ce qu’elle implique pour le groupe.

Le groupe Cetih, déjà très engagé dans le domaine de la RSE, a annoncé le mois dernier qu’il allait devenir une “Entreprise à mission”. Qu’est-ce que cela signifie ?

L’ “Entreprise à mission” est un concept issu de la loi Pacte. Pour le comprendre, il faut faire un peu d’histoire. Il y a une douzaine d’années,
la chaîne Recherche des Mines de Paris a publié un livre sur le thème “Refonder l’entreprise” proposant un nouveau modèle économique s’interrogeant notamment sur « À qui appartient l’entreprise ? ». Si l'on résume cette réflexion, l’entreprise n’appartient pas seulement à ses actionnaires, mais à tous ceux qui portent son projet collectif. Ces travaux faisaient échos à un mouvement qui émergeait aux États-Unis sur le fait qu’une entreprise n’est pas seulement une organisation à but lucratif, mais qu'elle doit aussi travailler pour l’intérêt collectif. En gardant, évidemment,
la nécessité de rentabilité. Tout cela a inspiré le rapport Notat-Senard, rédigé par Nicole Notat et Jean-Dominique Senard « L’entreprise, objet d’intérêt collectif », qui a abouti à la loi Pacte et à l’évolution du statut des entreprises selon trois niveaux.

Quels sont ces niveaux et qu’impliquent-ils pour l’entreprise ?

Le premier est obligatoire et prévoit que toutes les entreprises
doivent inscrire dans leur raison sociale le fait qu’elles travaillent
en prenant en compte pas seulement l’intérêt des associés, mais aussi les enjeux sociétaux, notamment sociaux et environnementaux dans leur activité.
Le deuxième niveau, sur la base du volontariat,
propose aux entreprises de se doter d’une « raison d’être », qui répond aux questions : « À quoi je sers et en quoi je contribue a être utile au monde qui nous entoure ». Je crois beaucoup à cette notion d’utilité. On l’a vu dans la crise : les modèles les plus résilients sont ceux qui vendent quelque chose d’utile. Beaucoup de groupes s’y sont engagés volontairement parce que cela fait réfléchir en interne et que cela donne une vision plus claire de notre activité en externe, mais il n’y pas d’obligation de résultat. Le troisième niveau, beaucoup plus engageant, c’est l’Entreprise à mission : votre société inscrit une raison d’être, fixe des objectifs avec des engagements fermes pour le respect de sa mission. Vous avez un comité de mission,
fait de parties prenantes externes et au moins un salarié, qui vient surveiller votre mission et le respect des engagements. Si vous ne le faites pas, vous perdez votre statut. C’est un mauvais signal par rapport à tous ceux auprès de qui vous vous étiez engagés.

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Ce dernier niveau, sur lequel le groupe Cetih s’engage, est aussi le plus contraignant ?

Nous allons sur ce terrain-là parce que nous sommes convaincus que face à l’urgence sociale et environnementale, il faut chercher des modèles économiques qui associent vraiment la notion de rentabilité et de pérennité du modèle économique que l’on porte mais aussi, en permanence, les enjeux sociaux et environnementaux, notamment en cette période où l’urgence environnementale est énorme. L’urgence sociale, on l’a vu avec la crise des gilets jaunes, elle est là aussi. Ce dispositif Entreprise à mission sanctuarise, en l’inscrivant dans les statuts, que cette engagement n’est plus une variable d’ajustement. Tout ce que vous faites doit être en ligne avec votre raison d’être et les objectifs fixés. Cela donne un alignement de l’ensemble de l’organisation et une cohérence qui sont extrêmement puissants. Certains y verraient une nouvelle contrainte, ce n’est pas le cas. J’ai pris des décisions récemment, j’ai dit oui ou non et collectivement tout le monde était d’accord parce que c’était simplement aligné, ou pas, avec notre mission et nos engagements. Votre mission, quand vous vous poussez à faire de l’éco-conception ou à aller de plus en plus loin sur certains sujets sociaux ou environnementaux, vous pousse à aller chercher en dehors du cadre, c’est ce qui est intéressant. Être une Entreprise à mission, ce n’est surtout pas une fin, mais un chemin qui va toujours nous challenger et nous ouvrir de nouveaux horizons, parce qu’on ne s’enferme pas dans une routine. Cela sans pour autant oublier la rentabilité, car pour financer toutes les innovations et les transformations, il faut un modèle économique solide. D’ailleurs, cette robustesse est en général renforcée par cette démarche sociale et environnementale. Il ne faut surtout pas les opposer. À l’avenir, ça sera comme une évidence.

CETIH, siège et usine de Machecoul (44)
CETIH, siège et usine de Machecoul (44) - © D.R. / Cetih

Quelle est la “raison d’être” désormais inscrite dans la raison sociale de Cetih ?

« S’engager pour une entreprise et un habitat harmonieux, durable et tourné vers l’humain ». C’est la façon d’aligner l’intérieur et l’extérieur. Harmonieux, parce que nous avons toujours essayé d’intégrer dans les produits que nous faisons une notion d’esthétique et d’intégration à l’habitat quel que soit le style. La durabilité a plusieurs sens dans les produits :
d’une part, on travaille sur la durée de vie, la garantie des produits, on est anti-obsolescence programmée ; d’autre part, sur l’éco-conception de nos produits. Il y a ce que l’on fabrique et ce que l’on est : l’harmonie, c’est aussi le fait d’être bien dans l’entreprise, d’avoir un collectif qui fonctionne de manière solidaire ; la durabilité, c’est aussi travailler sur la rentabilité et la pérennité en étant soutenus par un actionnariat durable. « Tourné vers l’humain » c’est se soucier du développement des personnes, mais aussi pour l’habitat, c’est se concentrer sur les usages fondamentaux, ne pas chercher à tout prix à fabriquer des produits compliqués qui à la fin deviennent inutiles.

La digitalisation des produits est actuellement en plein essor. Est-elle toujours indispensable ?

Je suis vigilant sur ce point : si nous faisons des produits connectés,
et c’est le cas, nous nous interrogeons vraiment pour savoir si cela correspond à des usages fondamentaux, et, dans ce cas seulement, si l'on peut les améliorer. Faut-il tout motoriser, même le fait d’entre-ouvrir
une fenêtre, c’est une vraie question.
De plus, l’hyper-digitalisation du monde, c’est quand même consommateur d’énergie électrique, avec un impact carbone qui n’est pas neutre. L’impact de tous les outils digitaux dans le monde, en émission de CO2, est supérieur à l’impact carbone des avions. N’allons pas trop loin là-dessus.
Lorsqu’on est Entreprise à mission, on revient toujours à cette question lorsqu’on lance un produit : « Est-ce que c’est vraiment utile ». Cela nous recentre sur des choses importantes. Chaque fois que nous lancerons un nouveau produit ou un nouveau service, il sera passé par ce filtre-là pour s’assurer que cela correspond à cette raison d’être.

Qui mènera ces réflexions au sein du groupe Cetih ?

Nous aurons le statut très prochainement. Je suis en train de mettre en place le Comité de mission, qui sera constitué de personnes indépendantes externes – qui par leur expertise ou leur fonction sont très engagées sur cette dynamique autour de l’économie responsable et l’environnement, le social ; des dirigeants d’entreprises qui ont déjà le statut d’Entreprise à mission qui viennent partager leur expérience – et de représentant des salariés et de la direction, sachant que moi, en tant que président, je ne peux être qu’invité. Je viens expliquer ce que fait l’entreprise, mais le Comité de mission est un organisme indépendant qui fait un rapport, émet des avis et des recommandations. Le rapport est envoyé aux actionnaires de l’entreprise pour une prise de décision. À ma connaissance, dans la communauté des Entreprises à mission nous sommes les premiers professionnels de la menuiserie.

Quand serez vous prêt pour cette “mission” ?

Nous devions faire la démarche l’an dernier, on a démarré en mars-avril de l’année dernière, mais tout a été freiné à cause de la pandémie de Covid. Vous avez deux façons de devenir Entreprise à mission : soit le patron décrète tout, mais à mon sens ce n’est pas la bonne démarche. La bonne méthode, c’est de partir du terrain et de faire travailler en collaboratif plein de personnes pour faire émerger des thèmes, des objectifs d’engagement pour faire émerger la mission. Tout devrait être prêt vers mai-juin prochains, car nous avons voulu respecter une méthode où on implique du collaboratif, dans un processus partagé.

CETIH, opérateur de l'usine Systovi, spécialisée dans la production de panneaux photovoltaïques.
CETIH, opérateur de l'usine Systovi, spécialisée dans la production de panneaux photovoltaïques. - © D.R. / Cetih

La marche vers ce statut implique-t-elle un coût financier supplémentaire pour votre entreprise ?

Non. Car c’est plus le prolongement d’une démarche RSE qui est déjà très implantée, structurée. Elle sanctuarise cette démarche. J’investis depuis quatre-cinq ans dans des centrales photovoltaïques, je continue. Nous avions investi il y a 8-9 ans sur l’éco-conception, on continue. C’est une suite logique. Je pense qu’on ne peut pas aller vers le statut d’Entreprise à mission en partant de zéro.

Ce modèle économique, qui peut séduire un certain nombre d’acteurs de l’univers de la menuiserie, déjà très impliqués dans une démarche RSE, peut-il devenir, à terme, un argument dans le recrutement des salariés ?

Un des enjeux dans les prochaines années, c’est l’attractivité de nos entreprises par le sens, pas par le salaire ou les conditions matérielles.
Un manifeste a été signé par des élèves de plusieurs grandes écoles disant « Nous n’irons plus travailler dans des entreprises qui ne s’engagent pas de façon factuelle, claire, avec des actions concrètes, sur une économie plus responsable avec des engagements environnementaux et sociétaux ». Demain, pour recruter, une Entreprise à mission respectueuse de ses engagements sera plus attractive pour les talents respectant ces valeurs.
Ils iront naturellement vers ces entreprises. Moi, je le vois d’abord comme un vecteur de cohésion interne, de cohérence en termes de sens ; un moyen d’aligner la vision stratégique et de ne pas se disperser ; un vecteur de rayonnement en contribuant à une économie plus responsable et, effectivement, d’attirer des personnes qui partagent nos valeurs.

Peut-il être aussi un argument de vente pour les entreprises ?

Sur le plan commercial, il faut être humble, si l'on a les bons produits, avec le bon service au bon niveau de prix, ça sera un plus. Mais si l'on n’est pas bon sur le reste, ce n’est pas le statut d’Entreprise à mission qui fera vendre des produits. En revanche, ce statut vous engage aussi à avoir de bons produits et un bon niveau de services. Vous ne pouvez pas avancer des arguments sur la durabilité et avoir des produits qui ne sont pas durables. Ça oblige à être vrais aussi et à respecter son client. Ça commence aussi par là.

Cetih en bref

Le groupe Cetih – pour Compagnie des équipements techniques et industriels pour l’habitat – est spécialisé dans les secteurs de l’enveloppe de l’habitat et de la rénovation énergétique.
Il commercialise sous les marques Bel’M, Zilten, Swao, CID, Systovi, Neovivo, Koov et Koobblr, plusieurs gammes de portes d’entrée, fenêtres, solutions solaires, ventilation et isolation.
Le siège de l'entreprise est basé à Machecoul (44), au sud de Nantes, et ses produits sont fabriqués au sein de sept usines spécialisées et distribués en multicanal. Il emploie 1 300 collaborateurs.

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