Ces artisans qui veulent conquérir des mairies
- © Adobe Stock

Ces artisans qui veulent conquérir des mairies

Laurent Duguet |  le 20/02/2020  |  ElectionsMoi, artisan Ille-et-VilaineDordogneCalvados

Ma newsletter personnalisée

Ajouter ce(s) thème(s) à ma newsletter personnalisée

Artisans
Elections
Moi, artisan
Ille-et-Vilaine
Dordogne
Calvados
Pas-de-Calais
Valider

Ils sont carreleurs, électriciens ou chauffagistes et ont en commun, colistier ou tête de liste, de vouloir remporter les élections municipales.

Des enfants du pays. C’est ainsi que l’on pourrait résumer l’origine de l’engagement des artisans du bâtiment lancés dans la course aux élections municipales de mars 2020.

A 42 ans, Arnaud Salmon, à la tête d’une entreprise de carrelage de 12 salariés, est tête de liste de la liste Dinard, Notre bien commun. Il est représentant de la 3e génération enracinée à Dinard, commune de plus de 10 000 habitants, en Ille-et-Vilaine : « Notre histoire familiale débute en 1927 à Dinard quand mon grand-père, à la tête d’une entreprise de 15 salariés, a participé au chantier phare du barrage de la Rance – en 1966 – avec les maisons construites pour les salariés d’EDF », explique celui qui est le représentant de la FFB du Pays de Dinard depuis dix ans, mais aussi conseiller municipal entré récemment en dissidence avec le maire sortant. Le père d’Arnaud Salmon avait créé sa propre entreprise. Son fils en a fait de même en 2002 : « Après un DUT GEA, j’ai passé mon CAP de carreleur mosaïste à 23 ans et j’ai obtenu la médaille d’or du meilleur apprenti de France en 2001, avant de me mettre à mon compte ».

Franck Darcoulet, 50 ans, lui aussi carreleur, est de Montpon-Ménestérol, 5 500 habitants, en Dordogne. Son père avait été carreleur pendant 20 ans et c’est auprès de lui que l’artisan est devenu meilleur ouvrier de France en 2000 : « J’ai réalisé un octogone en carrelage et je l’ai fait pour voir ce que je valais, mais aussi par rapport à mon père », explique celui qui se retrouve aujourd’hui colistier sur la liste Solidarité Citoyenne de Franck Salat, « un copain d’école », dont la démarche est « d’être à l’écoute des gens et notamment des jeunes ».

Un engagement réfléchi

Certains artisans n’en sont pas à leur premier essai. Dominique Vautier, électricien de 63 ans à la retraite, conduit la liste Passionnément Touquais, à Touques, 4000 habitants, près de Deauville, dans le Calvados. Son premier mandat remonte à 25 ans : « Encore salarié, j’ai été conseiller municipal de 1995 à 2001 avant de devenir adjoint, entre 2001 et 2008 (alors artisan, ndlr) en charge de la jeunesse et des sports ».

Avec Le Renouveau Laboursois, sur la commune de Labourse, 2700 habitants, dans le Pas-de-Calais, Frédéric Dreze, plombier chauffagiste et agenceur de salle de bains, à la tête de son entreprise depuis 17 ans (six salariés), a été conseiller municipal à Houchin, en 2008, son ancien village, 650 âmes.

A 12 ans, Arnaud Salmon observait l’engagement municipal de sa mère, suivie par sa sœur, des expériences dont il s’est nourri pour s’engager auprès du maire sortant en 2017, avant de lancer sa propre liste avec deux autres colistiers : « Organiser sa liste, c’est à la fois ambitieux et dantesque, mais quand on est entrepreneur, on ne manque pas d’audace ! »

Qu’ils soient colistiers ou têtes de liste, ces artisans ont en commun d’être attachés à leur commune, qu’ils veulent, chacun à leur manière,  sortir de ce qu’ils pensent être une « torpeur ».

Pour Dominique Vautier, l’ancien électricien de Touques, « la décennie passée a connu de nombreuses régressions sur la commune, dont une dégradation de l’image extérieure, la chute des effectifs du personnel communal et la dévalorisation du quartier ouvrier. Etre artisan, c’est savoir s’entourer de compétences tout en respectant l’argent des contribuables, c’est éviter de jeter de la poudre aux yeux tout en ayant des projets – comme l’ouverture d’une salle multisports – à la fois réalistes et porteurs d’attractivité. »

De son côté, le carreleur Arnaud Salmon veut rendre Dinard à ses habitants : « C’est une station balnéaire qui a beaucoup changé et qui subit une très forte hausse du foncier, entraînant le départ de Dinardais au profit des résidences secondaires. J’ambitionne d’attirer les jeunes actifs en créant un Office foncier solidaire (OFS), à l’instar de Rennes et Paris, et proposer aux primo-accédants des logements à 2 000 €/m². Je veux diversifier l’offre pour permettre l’implantation de nouvelles activités et proposer une politique socio-culturelle  qui donne envie ! »

Artisan et élu : quelle organisation ?

Certes, ces artisans ne sont pas encore élus, mais souvent, ils ont déjà réfléchi à cette double place qu’ils pourraient occuper. Parmi les candidats identifiés, on trouve rarement une entreprise de gros œuvre ou travaillant essentiellement en appels d’offres, faisant écho avec l’article paru, en novembre 2019, dans la revue de la FFB Bâtiment actualité, sur le risque de « prise illégale d’intérêts ».

Le carreleur Arnaud Salmon compte dans sa clientèle une majorité de particuliers, avec quelques commerces, au sein de sa clientèle, tout comme Franck Darcoulet qui travaille aussi avec Cedeo. Le plombier-chauffagiste Frédéric Dreze a de son côté pris conscience des frontières à ne pas franchir (article 432-12 du Code Pénal, article L.2122-26 du Code général des collectivités, Article L. 422 du Code de l’urbanisme) : « Je ne travaille ni pour des communes ni pour des collectivités, détaille-t-il. Mes clients sont uniquement des particuliers ou des maîtres d’œuvre. Très tôt, j’ai voulu savoir si mon engagement aux élections municipales pouvait me causer du tort auprès de ma clientèle. J’ai choisi d’être franc et mes clients m’ont encouragé à poursuivre ».

Une fois en place, comment ces professionnels vont-ils s’y prendre ?

« J’ai créé un poste de dépanneur et chiffreur pour soulager ma charge de travail. Cela me permettra de me libérer du temps à partir de 16h-16h30 pour me rendre en mairie. » Si le carreleur Franck Darcoulet a « les moyens de lever le pied » en cas d’élection, c’est Arnaud Salmon qui a peut-être le plus élaboré cette perspective : « Mon passage au CJD m’a permis de travailler sur le management transversal, basé sur la confiance de mon équipe. J’ai accompagné mes collaborateurs à gagner en autonomie et en compétence pour me libérer de certaines tâches chronophages. Je compte, en cas d’élection, passer 80 % de mon temps en mairie et 20 % en entreprise. » Et pour anticiper la question suivante, il annonce sa première décision de futur élu : « Je ne suis pas un cumulard. Et je baisserai naturellement d’autant mes revenus au sein de l’entreprise ! »

Commentaires

Ces artisans qui veulent conquérir des mairies

Votre e-mail ne sera pas publié

Éditions du Moniteur Le Moniteur boutique

Ré(investir) les toits

Ré(investir) les toits

Date de parution : 11/2020

Voir

Marchés privés de construction : guide de rédaction des contrats

Marchés privés de construction : guide de rédaction des contrats

Date de parution : 11/2020

Voir

L'urbanisme commercial

L'urbanisme commercial

Date de parution : 11/2020

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur
Ajouter Le Moniteur à l'écran d'accueil