Entreprises de BTP

Cécile Duflot, une ministre sans langue de bois à la réunion du bureau de la FFB

Mots clés : Bois - Gouvernement

Lors de la réunion de bureau de la Fédération Française du Bâtiment, le 17 janvier, Cécile Duflot, invitée par son président Didier Ridoret, a montré toute sa détermination dans son soutien au secteur. Et a échangé sur un certain nombre de questions…même celles qui fâchent.

C’est à 9H30 que Cécile Duflot, ministre du Logement, est arrivée au siège de la FFB, déterminée à ne pas pratiquer la langue de bois devant des Présidents de Régions, Présidents de Fédérations départementales et Présidents d’unions et de syndicats de métiers, présents pour leur réunion de bureau mensuelle et tous inquiets de la situation actuelle du secteur du bâtiment. Une situation difficile  qu’a dressée Didier Ridoret en préambule : « Vous avez devant vous des chefs d’entreprises pugnaces, mais qui souffrent du manque de perspectives. En 2013, le secteur du Bâtiment devrait connaître, au niveau national, un recul d’activité de 3,5% et une perte de 40 000 emplois. Nous avons vécu en fin d’année 2012 un moment compliqué avec l’annonce de la hausse de la TVA à 10% au 1er janvier 2014, qui nous a profondément déstabilisés », a-t-il insisté en réitérant sa demande d’un taux de TVA à 5%, y compris pour les logements sociaux. Et même s’il a salué les décisions prises par le Gouvernement et qui sont de nature à soutenir le marché : le dispositif d’investissement locatif, le retour des longs différés de remboursement du PTZ+ pour les ménages modestes, le rétablissement de la possibilité de cumul de l’éco-prêt à taux zéro avec le crédit d’impôt développement durable, il estime néanmoins que ces mesures sont insuffisantes pour atteindre les objectifs ambitieux des 500 000 logements rénovés énergétiquement et les 500 000 logements construits, voulus par le Président de la République, surtout dans un environnement difficile qui voit la concurrence déloyale se développer. Et de pointer, entre autres, le statut des auto-entrepreneurs.

 

« L’attention du gouvernement à l’égard du secteur du bâtiment est très forte »

 

Très à l’écoute, et en réponse aux interrogations, Cécile Duflot, en posant les bases de ses propos, -« je ne vous ferai pas un discours de compassion, mais un discours de vérité et de mobilisation »-, a expliqué les grandes lignes de la politique menée et tenté de rassurer les entrepreneurs. « Je suis devant un sentiment d’écoeurement, mais je vous garantis que l’attention du gouvernement à l’égard du secteur du bâtiment est très forte ». Et de rappeler qu’il est pourvoyeur d’emplois non délocalisables, que  plus de 3,5 millions de Français sont mal logés et qu’il représente un élément déterminant pour la transition écologique. « 75% des logements habités en 2050 sont déjà construits, raison pour laquelle nous travaillons sur le parc existant », a-t-elle indiqué, rappelant par là-même son objectif de garantir aux professionnels et aux investisseurs une stabilité du cadre (normatif et réglementaire) et une visibilité durable.

 

Taux de TVA réduit, qui aura le dernier mot ?

 

Concernant l’augmentation du taux de TVA à 10% au 1er janvier 2014, qui pourrait s’avérer contre-productive par rapport à l’objectif ambitieux du plan de rénovation énergétique des logements, Cécile Duflot n’a pas fait d’annonce, mais s’est voulue rassurante : « Je vous assure que le Premier Ministre est très sensible à ce sujet et y travaille, il faut lui faire confiance. J’ai la détermination à convaincre sur ce sujet. Je ne peux pas m’exprimer pour le moment, mais vous en saurez plus prochainement (NDLR : la balle est dans le camp de Bercy et le bras de fer ne semble pas fini)». Elle a par ailleurs précisé qu’elle souhaitait que le plan sur la rénovation énergétique et son financement aboutisse très vite, « d’ici moins de quelques semaines ».  Et d’ajouter que les professionnels devaient « être les outils d’agrément à une TVA réduite sur les travaux de rénovation thermique » et que le dispositif «Habiter mieux » en faveur de la précarité énergétique « bien en deçà des objectifs visés, allait se voir octroyer des fonds importants, notamment  les quotas carbone versés à l’ANAH ».

 

« Le marché de l’immobilier a besoin de régulation »

 

Concernant l’immobilier, la ministre a justifié la restriction des aides à l’achat d’un logement (redimensionnement du PTZ + et dispositif Duflot) en évoquant son refus de voir une nouvelle bulle spéculative, comme elle a indiqué que le prix de l’immobilier ne correspondait pas au salaire médian des Français et qu’il était donc nécessaire de travailler sur ce sujet. « Il faut être dans une logique de maîtrise, c’est un marché qui a besoin de régulation, a-t-elle précisé. Par ailleurs, l’épargne privée doit être fléchée vers la construction de logements avec des loyers normaux. 500 000 emplois ont été refusés en raison du manque de logements. Il faut donc sécuriser le marché et inciter les investisseurs à revenir sur le parc locatif intermédiaire ».

 

« Auto-entrepreneur : le gouvernement ne souhaite pas supprimer ce dispositif »

 

La concurrence déloyale, une des préoccupations majeures des professionnels du bâtiment, concerne à la fois l’intervention en France de travailleurs étrangers et le statut des auto-entrepreneurs. Sur le premier point, Cécile Duflot a indiqué que Michel Sapin, ministre du Travail, s’était engagé à faire en sorte que les travailleurs européens légalement détachés pour travailler en France soient poursuivis s’ils ne respectaient pas le droit du travail et que les contrôles seraient renforcés, sans toutefois remettre en cause la directive européenne adoptée il y a plusieurs années.
Sur la question épineuse des auto-entrepreneurs, la ministre a été claire : « le gouvernement ne souhaite pas supprimer ce dispositif. Je pense qu’il faut rentrer dans ce débat non pas par le statut, mais par la qualification  et la certification des professionnels ». Pas sûr qu’elle ait été entendue sur ce point.

Toujours soucieuse de mettre en avant la concertation et le dialogue, la ministre du Logement a invité la FFB avec d’autres organisations à se réunir tous les mois pour faire le point des avancées des mesures. Une invitation bien évidemment acceptée par Didier Ridoret.

Focus

« Trop, c’est trop » une action de mécontentement des entrepreneurs du bâtiment le 31 janvier

Pour marquer le ras-le-bol des professionnels du secteur et démontrer l’impact négatif des mesures prises depuis plusieurs années sur toute une industrie et donc ses 1 200 000 salariés, la FFB a décidé de mener une action sur tout le territoire, intitulée « Trop, c’est trop », le jeudi 31 janvier. Des cartes postales seront ainsi envoyées aux élus locaux (350 000  ont été imprimées), des rencontres seront organisées avec les Préfets et des casques déposés devant les Préfectures.

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    Construire pour Habiter

    75% des logements de 2050 seraient déjà construits ? Nous avons environ 30 millions de logements actuellement, donc il en resterait 10 millions à construire avant 2050, soit environ 350000 par an. L’objectif de 500000 par an ne serait qu’un leurre auquel notre ministre ne croirait pas ?
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