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CAYENNE Une Opah pour rebâtir le centre

CHRISTIANE WANAVERBECQ |  le 12/07/2002  |  LogementRénovationAménagementGuyaneParis

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Pour lutter contre la désertification du centre-ville, la municipalité, l'Etat et l'Anah lancent une opération programmée d'amélioration de l'habitat.

Ces trente dernières années, Cayenne a connu une augmentation significative de sa population qui s'est traduite par une forte expansion urbaine. En raison d'une offre insuffisante de logements confortables et du désintérêt de la population pour son patrimoine, les familles ont préféré s'installer à la périphérie. De ce fait, le vieux Cayenne présente un taux de vacance élevé (14 % des logements en 1999 selon l'Insee) et toute la gamme des habitats dégradés, insalubres, squattés, voire carrément ruinés... Le tout sur fond de voiries et réseaux également dégradés ou inexistants (seuls 10 % des foyers du centre sont raccordés à l'égout), qui contribuent à générer un sentiment d'insécurité.

Espérant ainsi enrayer la fuite des populations solvables tout en assurant le maintien des habitants de condition modeste, la municipalité vient de lancer, après trois ans d'études, la phase opérationnelle d'un vaste projet de revalorisation patrimoniale du centre-ville. L'Opah (opération programmée d'amélioration de l'habitat) a été formalisée le 23 avril dernier par convention passée entre la ville, l'Etat et l'Anah. Elle sera animée par une équipe pluridisciplinaire, en cours de recrutement par la municipalité, qui commencera aussitôt, auprès des propriétaires de biens loués ou vacants, son travail d'information et d'assistance au montage, notamment financier, des dossiers. Car, en fonction de l'intérêt patrimonial de leur bien, certains propriétaires pourront bénéficier d'aides allant jusqu'à 80 % des travaux, grâce à une action du contrat de Plan Etat-région réservée à l'étude et à la restauration du patrimoine créole. Financée par des fonds européens importants -1,5 million d'euros pour la durée du CPER - cette action est gérée par la Drac (Direction régionale des affaires culturelles).

Patrick Albrecht, délégué départemental de l'Anah en Guyane, attend beaucoup de cette équipe dont dépendra, dit-il, le succès de l'opération. Plusieurs facteurs spécifiques à Cayenne rendent cependant sa tâche fort complexe. D'abord, l'indivision, très répandue, complique l'identification des propriétaires et démultiplie les dossiers. Ensuite, la pauvreté de la majorité des propriétaires, auxquels les banques locales n'accordent des prêts qu'avec réticence. Enfin, les mesures de défiscalisation, développées en Guyane (loi Paul), sont réservées au neuf.

L'objectif de cette première phase est de réhabiliter, en trois ans, 250 logements sur les 3 200 recensés au centre-ville. 40 % de ces logements sont constitués par les maisons créoles traditionnelles qui participent fortement à l'identité de la ville. Les autres sont dans des immeubles en béton des années 50 à 70, souvent aussi délabrés que les maisons créoles. Les plus insalubres sont les logements aménagés au fond des cours, sans permis de construire, dans les annexes des maisons principales. Majoritairement loués à des populations démunies, souvent étrangères et en situation irrégulière, ils devraient faire l'objet d'une procédure RHI (résorption de l'habitat insalubre) associée à l'Opah. L'estimation du nombre de logements insalubres varie de 500 à 760 pour l'ensemble du centre-ville.

Un projet d'agglomération

Outre ces réhabilitations et la dynamisation du commerce et de l'artisanat, l'Opah prévoit - toujours en trois ans - la construction de 60 logements neufs sur les terrains vacants (dont 30 locatifs sociaux), la mise sur le marché de 60 logements vacants, l'acquisition-amélioration par les opérateurs publics de 30 logements et, enfin, le raccordement au réseau d'assainissement de 500 parcelles. Par ailleurs, l'Opah s'inscrit dans un projet global d'agglomération que l'Epag (Etablissement public d'aménagement de Guyane) étudie pour le compte de la ville. Il prévoit notamment de créer des voiries qui relieraient les quartiers de la périphérie sans passer par le centre-ville, et la réhabilitation du canal Laussat, dont les travaux ont déjà commencé.

Tout ceci, estime Patrick Albrecht, constitue un grand pas en avant. Il regrette pourtant : « L'Opah ne prévoit pas explicitement l'aménagement des espaces publics, ni la réhabilitation des bâtiments publics, qui auraient un effet incitatif indéniable sur les propriétaires privés. » A quoi Astrid Poulain, directrice du service urbanisme de la ville de Cayenne, répond : « La ville a dû faire des choix. De plus, l'Opah ne se limitera pas à ces trois ans, et nous avons prévu de restructurer certains espaces publics majeurs. » De fait, la ville engagera, dès octobre prochain, la réhabilitation du Fort Céperou, bâti en 1643 par Poncet de Bretigny, le fondateur de Cayenne.

Fiche technique

Coût total de l'Opah : 6,3 millions d'euros, dont 1,2 million d'euros financés par la ville.

Etudes pré-opérationnelles : Agences Urbanis et Bérénice, Paris.

Un patrimoine à préserver

Cayenne s'est développée au XVIIe siècle à partir du Fort Céperou, emplacement stratégique permettant de surveiller tout à la fois la mer, l'embouchure du fleuve et les terres basses. Sur le plan de 1764 apparaît la trame orthogonale, définie en fonction des alizés, qui influencera tout le développement futur de la ville.

Les fortifications disparaissent au début du XIXe siècle, créant la liaison entre ancienne et nouvelle ville. Le percement du canal Laussat et la création du cimetière vont marquer les nouvelles limites de la ville et contenir, pendant plusieurs décennies, son expansion.

A l'inverse de Fort-de-France ou de Pointe-à-Pitre, Cayenne a conservé un patrimoine architectural important.

Un plan de patrimoine

Dans le cadre du PLU (plan local d'urbanisme) de Cayenne, le service départemental d'architecture et du patrimoine a défini des obligations de préservation. Ainsi, les bâtiments inscrits dans le plan de patrimoine devront être conservés et restaurés. En cas de disparition, de ruine ou de démolition, ils seront remplacés par des constructions à l'identique, ou reprenant les mêmes volumes et emprises par rapport à l'espace public.

Le périmètre de l'Opah

Il est défini par le littoral au nord, la mer de la pointe Saint-François à l'embouchure du canal Laussat à l'est, le canal Laussat et les parcelles riveraines de sa rive gauche au sud, et enfin, le boulevard Jubelin et les parcelles riveraines à l'ouest. L'étude de diagnostic a mis en évidence (plan ci-dessous, en rouge) la présence encore très forte - environ 600 maisons- de l'architecture créole traditionnelle.

PLAN

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Un centre-ville touché par l'insalubrité

Un recensement effectué voici un an par l'Aruag (Agence régionale d'urbanisme et d'aménagement de la Guyane) et le Cete de Normandie estime à environ 700 le nombre de logements « en état d'insalubrité manifeste ». Ce sont les maisons traditionnelles en bois et torchis, louées ou squattées par des populations à très bas revenus, qui sont le plus touchées par ce phénomène, accentué par le délabrement des réseaux et de l'espace public. Les réhabiliter implique une remise à plat de la question du logement à Cayenne. La ville ne compte, en effet, que deux bailleurs sociaux qui, du fait de la cherté du foncier, n'ont pas les moyens de répondre aux demandes : 4 000 enregistrées à la fin de 2001, dont la moitié par des ménages dont le revenu mensuel est inférieur à 762,25 euros.

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Une application du plan de patrimoine : la maison Caplain

L'architecte Jean-Roland Kong travaille actuellement à la reconversion de la maison Caplain, une demeure créole du XIXesiècle en un ensemble de six logements (Société immobilière de Guyane, maître d'ouvrage). Les gabarits caractéristiques des toitures et des auvents, refaits en zinc, et l'enveloppe en colombage à remplissage de briques pleines seront seuls conservés autour d'une structure neuve en béton.

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Un patrimoine diversifié

L'Opah vise aussi la réhabilitation des très nombreuses constructions des années 60 à 70. Dans cette catégorie, de qualité architecturale très variable, près d'un immeuble sur cinq présente un état de délabrement proche (ci-dessus, à gauche) de celui des maisons créoles.

Entre la place des Palmistes et la mer, les pavillons de l'ancien hôpital colonial Jean- Martial (ci-dessus), dont certains remontent au XVIIIe siècle, sont en attente de restauration. Le schéma prospectif d'organisation du centre-ville établi par l'agence Bérénice suggère de créer un pôle d'activités loisirs et culture dans ce secteur.

Atout potentiel pour le centre ancien dont il forme la limite sud, le canal Laussat, creusé de 1777 à 1821 pour assainir la ville de Cayenne (ci-contre), est en cours de réhabilitation sous maîtrise d'ouvrage ville. Les travaux sont largement financés par des fonds européens (Feder).

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