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Burj Khalifa, la plus haute tour du monde, émerge de la crise du siècle

Adrien Pouthier |  le 04/01/2010  |  Architecture

C'est la plus haute tour du monde (828 m de haut), c'est le sommet au propre comme au figuré de la folie immobilière qui a agité Dubaï ces dernières années, mais Burj Dubaï, rebaptisée Burj Khalifa lors de son inauguration lundi 4 janvier aurait tout aussi bien pu être le symbole de la faillite de l'émirat.

Démesuré. C'est sans doute le terme le plus approprié pour désigner Burj Khalifa,  ex-Burj Dubaï, inaugurée par l'émirat lundi 4 janvier.
Architecture démesurée pour cette tour de plus de 800 mètres (828) de hauteur et 160 étages, un obélisque d'acier et de verre visible à 95 km à la ronde qui a englouti 330.000 m3 de béton et 31.400 tonnes de barres de fer pour un coût total de construction de 1,5 milliard de dollars. Mais aussi investissement démesuré pour l'émirat qui voulait faire de sa tour l'élément central d'un gigantesque projet de 20 milliards de dollars, le nouveau quartier, "Downtown Burj Dubai", incluant 30.000 appartements et le plus grand centre commercial du monde.

Un sommet et une dette vertigineux

Démesuré parce que Dubaï s'est en effet endetté à outrance pour financer ces projets pharaoniques. A tel point que le 25 novembre 2009, Dubaï avait demandé un moratoire sur la dette du conglomérat public Dubai World, laissant entrevoir une possible faillite de l'émirat. Dubaï est engagé aujourd'hui dans un processus délicat de renégociation de sa dette mais fait toujours face à une crise aiguë de l'immobilier. Sauvé in extremis le 14 décembre par Abou Dhabi, l'émirat le plus riche de la fédération des Emirats arabes unis, qui lui avait apporté une aide de 10 milliards de dollars Dubai World a pu honorer une dette de 4,1 milliards de dollars de son géant immobilier Nakheel. Le "sauveteur" étant d'ailleurs le cheikh Khalifa, souverain de l'émirat d'Abou Dhabi qui donne désormais son nom à la tour.
Avec l'inauguration du "Burj", l'émirat de Dubaï espère en réalité détourner l'attention de la sévère crise immobilière qui le frappe. Car même si la plupart des 1100 appartements de la tour sont tous vendus et même si la chute des prix dans la zone de Dubaï où elle se trouve a été moins importante que dans le reste du pays, la situation est catastrophique. "Les prix des maisons ont baissé de 50% au cours des 12 derniers mois et je m'attends à ce qu'ils baissent encore de 30%", explique Saud Masud, directeur des recherches pour le Proche-Orient au groupe bancaire UBS AGM. "L'offre excède déjà de loin la demande, et quelque 40.000 unités résidentielles devaient arriver sur le marché au cours de cette période", ajoute-t-il. Dans le même temps, "la construction neuve a baissé d'environ 80% (en 2009) par rapport à l'année précédente, et les grands projets ont été reportés sine die", indique-t-il. "Si les investisseurs ne paient pas les promoteurs, ces derniers vont à leur tour avoir des difficultés pour payer les entrepreneurs", résume M. Masud. Les villas et les immeubles vides font déjà partie du paysage de Dubaï, et l'incertitude règne quant à l'avenir des projets de construction de nouvelles îles artificielles au large de la ville.

Le dernier projet pharaonique

Une situation qui fait que Burj Khalifa pourrait bien en fait  être le dernier projet pharaonique de l'émirat. Mais quel projet.
Pour l'architecte Bill Baker, ingénieur de génie civil et partenaire de la société Skidmore, Owings and Merrill (SOM, basée à Chicago), Burj Dubai fait même figure de nouvelle référence. "Nous avons beaucoup appris de Burj Dubai. Je pense que nous pourrions désormais construire facilement (une tour d')un kilomètre. Nous sommes optimistes sur la possibilité d'aller encore plus haut. C'est sans doute un nouveau point de référence". En remportant le contrat, "nous pensions battre de peu le record détenu par la tour de Tapei 101 (508 mètres). Mais le client (Emaar) nous demandait chaque fois d'aller plus haut, sans nous fixer de limite", poursuit-il. "Nous avons pu adapter la structure, comme si nous accordions un instrument de musique".
La bâtiment à la base en forme de Y se rétrécit au fur et à mesure vers le haut. Il est prolongé par une structure en acier, qui se termine par une énorme flèche. George Efstathiou, responsable de SOM et principal chef du projet, soutient que sa base en Y, qui prend en considération l'effet du vent, assure la stabilité de la structure. "Le bâtiment est très calme. Il y a de nombreuses tempêtes qu'on ne sentira même pas (...). La tour est plus stable que d'autres gratte-ciel beaucoup moins hauts", ajoute-t-il. Les travaux de construction, entamés en 2004, ont été réalisés par la compagnie sud-coréenne Samsung Engineering & Construction, le groupe belge BESIX et la société émiratie Arabtec.
Burj Khalifa devrait tout de même garder son record mondial pendant une dizaine d'années. Les autres projets projets d'envergure ont en effet tous dû être retardés du fait de la crise.

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