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BTP : pourquoi le géant britannique Carillion se déclare en faillite
Le cours de bourse du numéro 2 britannique du BTP a chuté de près de 90% depuis un an. - © © Carillion.

BTP : pourquoi le géant britannique Carillion se déclare en faillite

Florent Maillet, avec AFP |  le 15/01/2018  |  Etatbtpuk

Lourdement endetté, le numéro 2 britannique du BTP s'est déclaré en faillite ce lundi, sur fond de polémique. Le montant de ses contrats en cours auprès du secteur public ou en PPP s'élève à plus de 1,9 milliard d'euros.

La véritable descente aux enfers que connaît depuis plusieurs mois Carillion, le groupe britannique de BTP et de services, numéro deux du marché derrière Balfour Beatty, avec un chiffre d’affaires annuel de près de 5,9 milliards d’euros (5,2 Mds de livres), a connu un épilogue brutal ce lundi 15 janvier au matin. Carillion, qui croule sous les dettes, s'est déclaré en faillite, après l'échec de discussions avec les banques et le gouvernement pour se maintenir à flot.

La secousse est violente Outre-Manche, où ce groupe âgé de près de 200 ans occupe des positions stratégiques : le montant de ses contrats en cours auprès du secteur public ou en partenariat public-privé (PPP) s'élève à environ 1,91 milliard d'euros (1,7 milliard de livres).

Grands projets, PPP...

Spécialiste des grands projets, Carillion est engagé dans de gros contrats de travaux publics (comme la deuxième ligne ferroviaire à grande vitesse entre Londres et Birmingham, où il est engagé avec Eiffage comme partenaire, lire ci-dessous).

En tant que gestionnaire de PPP, de contrats d’entretien-maintenance ou de facility management, il réalise aussi jusqu'à un tiers de son chiffre d'affaires dans la sous-traitance d'activités publiques stratégiques, comme les casernes militaires, les prisons ou les cantines scolaires et hospitalières.

Intransigeance du gouvernement

Il s'en est fallu de peu pour que le groupe poursuive ses activités, quelque temps encore du moins. Selon l'agence de presse britannique PA, Carillion avait demandé seulement 22,5 millions d'euros (20 millions de livres) au gouvernement pour être en mesure d'obtenir, ensuite, davantage de fonds auprès des banques. Ces dernières avaient conditionné tout renflouement à une intervention directe des autorités publiques. Mais le gouvernement y a opposé un refus ferme : "Il n'est pas possible d'attendre des contribuables de sauver une société du secteur privé", a balayé ce lundi David Lidington, secrétaire d'Etat auprès de la Première ministre Theresa May. Une position critiquée par les analystes (lire encadré).

Au final, les banques créancières devraient perdre près de 2,2 milliards d'euros (2 milliards de livres) avec cette liquidation, en comptant leur exposition aux différentes filiales du groupe, selon la presse britannique.

Incertitudes pour les 43 000 salariés

Au-delà des questions sur le devenir des contrats en cours, le choix de Carillion "de se placer en liquidation avec effet immédiat" laisse potentiellement sur le carreau ses quelque 43 000 employés dans le monde (Canada, Moyen-Orient...) dont 19 500 au Royaume-Uni. Le groupe basé à Wolverhampton précise toutefois que le gouvernement devrait apporter les fonds nécessaires pour maintenir, dans un premier temps, les services publics qu'il assurait.

Le gouvernement a demandé à tous les employés de Carillion de continuer à venir travailler, leur assurant qu'ils seront payés.

Dette abyssale

L'origine de cette crise se trouve dans la dette abyssale du groupe. Laquelle s'élève à près de 1,7 milliard d’euros (1,5 milliard de livres) et ne cessait de gonfler, sous l’effet de contrats mal exécutés ou annulés, et d'une défiance qui allait grandissante à l'encontre de Carillion.

Si le groupe, qui possède des implantations au Canada et dans la zone Asie-Moyen-Orient se dit particulièrement exposé au Moyen-Orient, où la chute des cours du pétrole a entraîné le report de nombreux chantiers, sa situation n’est guère plus florissante sur son marché domestique, où les problèmes et difficultés d’exécution de contrats se multiplient. Le Financial Times cite l’exemple du nouvel hôpital Royal de Liverpool, que Carillion devait livrer en mars prochain. Un délai déjà repoussé à trois reprises et qui se révélait intenable pour le numéro 2 britannique qui, en plus de ses problèmes financiers, devait composer avec des malfaçons ou une météo capricieuse, entraînant de multiples interruptions de chantier et des surcoûts. Une situation qui ne rassurait pas la bourse, c’est un euphémisme : le cours du groupe a dégringolé de près de 90% depuis un an.

Rebondissements

Carillion était sous surveillance étroite depuis qu’il avait émis trois avertissements successifs sur résultats depuis juillet 2017. Son directeur général Richard Howson a démissionné durant l'été, Keith Cochrane assurant l'intérim depuis. Le prochain CEO, Andrew Davies, ne devait prendre officiellement ses fonctions que le 2 avril prochain, selon le groupe.

Un nouveau rebondissement s’était produit début janvier 2018, lorsque Carillion avait annoncé qu'il faisait l'objet d'une enquête du gendarme boursier britannique, la Financial Conduct Authority (FCA), sur les annonces faites par le groupe sur sa situation, entre le 7 décembre 2016 et le 10 juillet 2017.

Chute en bourse

L'action avait chuté de 28,95% à 14,20 pence vendredi à la Bourse de Londres, valorisant la société à 61,1 millions de livres (68,8 millions d'euros), soit près de 17 fois moins qu'un an plus tôt. Un accord impliquant une augmentation de capital ou une conversion de la dette en actions était à l'étude. Cela aurait été un moindre mal, vu la situation du groupe. La liquidation de la société va désormais être orchestrée par un responsable désigné par le tribunal des faillites, ainsi que par le cabinet PwC.

Analystes, syndicats... les critiques fusent Outre-Manche

La décision rapide de Carillion de se placer en liquidation avec effet immédiat est motivée par le refus ferme du gouvernement britannique d'aider financièrement le groupe. Ce dernier réclamait une aide publique à hauteur d'une vingtaine de millions d'euros, condition sine qua non réclamée par les banques créancières. Cette intransigeance du gouvernement conservateur de Theresa May a soulevé de nombreuses réactions négatives Outre-Manche.

Certains analystes soulignent ainsi le risque pris par le gouvernement, échaudé par toute aide publique au secteur privé depuis la crise financière de 2OO8. "Le financement temporaire par le gouvernement des contrats de service public de Carillion, ainsi que l'augmentation probable des coûts liées à la renégociation des contrats, font que très probablement il va payer bien plus que s'il avait fourni les garanties demandées", estime par exemple Rebecca O'Keefe, analyste chez Interactive Investor.

Les syndicats britanniques, eux, ont demandé immédiatement des assurances sur l'avenir des emplois. Sur 43 OOO collaborateurs de Carillion, près de 19 5OO sont basés outre-Manche. Pour le syndicat GMB, très présent dans le secteur public, cette faillite "montre l'échec complet d'un système qui a mis nos services publics entre les mains de groupes louches et concentrés sur le profit".

Deuxième ligne à grande vitesse britannique : le gouvernement assure qu'elle se fera

C'est la nouvelle qui intéressera au premier plan les trois majors françaises (Eiffage, Bouygues et Vinci), toutes trois titulaires de lots : le gouvernement britannique a déclaré lundi que le projet de liaison ferroviaire à grande vitesse "High Speed 2" (HS2), qui suppose près de 7 milliards d'euros de travaux, verrait bien le jour, et ce malgré la faillite de Carillion, attributaire d'un lot à 1,6 milliard d'euros, avec Eiffage et un autre britannique, Kier Group.

Le gouvernement britannique a néanmoins été vivement critiqué pour avoir attribué, en juillet, deux contrats importants à des consortiums dont faisait partie Carillion, une semaine seulement après le premier des trois avertissements sur résultats lancés en 2O17 par le groupe de BTP. Selon l'AFP, le gouvernement a cependant été informé par Kier et Eiffage que ces deux entreprises n'abandonnaient pas le projet HS2, a dit un porte-parole de la Première ministre, Theresa May.

"Les conseils d'administration des entreprises ont tous deux donné des assurances et confirmé qu'elles garantiraient leurs performances réciproques dans la réalisation du contrat", a indiqué ce porte-parole à la presse.

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