Entreprises de BTP

BTP : les délais de paiement continuent de peser sur la trésorerie des entreprises

Mots clés : Entreprise du BTP - Gestion de l'entreprise - Réglementation

Selon le rapport de l’Observatoire des délais de paiement, les retards (tous secteurs confondus) sont redescendus pour la première fois sous la barre des 11 jours. Mais pour les organisations professionnelles du BTP, les délais clients/fournisseurs restent à un niveau difficilement acceptable pour renflouer la trésorerie des entreprises.

 

Le rapport de l’Observatoire des délais de paiement pour l’année 2017, dévoilé le vendredi 23 mars, dresse un constat encourageant. Globalement, les progrès observés en 2016 se sont confirmés : pour la première fois, les retards de règlement sont descendus sous les 11 jours (10,6 jours). « Ce niveau place la France à une bonne moyenne en Europe, derrière les Pays-Bas et l’Allemagne », se félicite Jeanne-Marie Prost, présidente de l’Observatoire des délais de paiement.

La situation s’améliore également dans le secteur public. Le délai global de paiement de l’Etat a baissé de 3 jours pour atteindre 21,5 jours en 2017. « Les délais moyens de paiement des collectivités locales sont conformes à la loi, toutefois les petites collectivités payent plus vite que les grandes », observe Bercy.

 

La DGCCRF s’est démultipliée

 

Il faut voir dans cette amélioration les premiers effets de la politique de « name and shame » et du renforcement des contrôles menés par Bercy depuis deux ans. En 2017, la DGCCRF a sanctionné 230 infractions pour un total de 15 millions d’euros d’amendes. Toutefois, le rapport constate que la mobilisation des acteurs privés pour le respect des délais de paiement reste inégale, notamment chez les grandes entreprises. Une grande entreprise sur cinq accuse un retard de paiement supérieur à un mois, contre une PME sur 10.

« Les grandes entreprises s’en sortent mieux que les ETI, remarque François Soulmagnon, directeur général de l’Afep, l’association française des entreprises privées. Ces structures font face aux mêmes contraintes que les grandes entreprises en termes de gestion des fournisseurs, par exemple, sauf qu’elles ne disposent pas suffisamment de ressources humaines et techniques ».

 

Le BTP, bon payeur mais mal payé

 

Point positif : le secteur de la construction fait toujours partie des bons élèves. D’après les dernières données compilées par le cabinet Altares, le BTP affichait un retard de paiement de 9,2 jours en 2017. Plus d’une entreprise sur deux du BTP règle ses fournisseurs dans les temps impartis. En quinze ans, le taux de règlement sans retard a d’ailleurs doublé (30% en 2001). En revanche, plus d’une entreprise sur deux fait l’objet d’un règlement tardif de la part de ses clients. Les grands retards concernent 23% des entreprises du secteur. La vigilance reste donc de mise pour les organisations professionnelles (FFB, Capeb et FNTP).

Le rapport de l’Observatoire constate une amélioration de l’écart entre les délais fournisseurs et les délais clients des entreprises pour atteindre 12 jours en 2016 dans le gros œuvre et 20 jours dans le second œuvre. (source : BTP Banque – octobre 2017).Les enquêtes de conjoncture dans l’industrie et l’artisanat du bâtiment témoignent d’un recul assez net des délais clients.

Mais ces efforts pour réduire le solde commercial doivent se confirmer, insistent les auteurs du rapport. Ce différentiel qui a largement contribué à dégrader les trésoreries des entreprises pendant la crise 2008-2015 pourrait une fois de plus être néfaste « dans un contexte de reprise, où les entreprises doivent faire face à une augmentation des besoins en fonds de roulement, alors que leurs réserves sont limitées », ajoute l’Observatoire. Cette situation fait crainte à la FFB une hausse des défaillances d’entreprises en période de redémarrage.

 

Tension chez les TPE

 

Du côté des organisations patronales, la Capeb constate une légère amélioration côté clients pour les TPE. Le délai moyen de paiement s’établit en 2017 à 20 jours, en recul de deux jours par rapport à 2016. Ce niveau varie selon la taille de l’entreprise. Il s’élève à 28 jours pour les entreprises de 10 à 19 salariés, et à 18 jours pour les entreprises qui n’ont pas de salarié. « Pour une partie des adhérents de la Capeb, la longueur des délais de paiement clients reste le premier facteur de tensions sur la trésorerie des entreprises, devant les impayés et la nécessité de financer la croissance », détaille le rapport.

En outre, la Capeb observe une hausse du nombre de factures payées avec un retard important, c’est-à-dire lorsque les factures sont réglées plus de 75 jours après leur émission. Ces retards peuvent avoir des conséquences lourdes sur la pérennité des entreprises. Pourtant, le nombre de défaillance dans le secteur du bâtiment a reculé de 13,5% entre octobre 2016 et octobre 2017.

Mais pour la Capeb, ce sont les entreprises de moins de 20 salariés qui sont les plus touchées par les défaillances à cause d’une trésorerie insuffisante pour absorber les décalages de paiement de leurs clients. Par ailleurs, les TPE enregistrent des délais de paiement plus élevé dans les marchés publics que dans les marchés privés.

 

Les TP toujours en souffrance

 

Dans le secteur des travaux publics, les délais de paiement et leur impact sur les trésoreries restent un sujet de préoccupation majeur. Plusieurs cas concrets de retards allant de trois à six mois, aussi bien dans le privé que dans le public, sont régulièrement relayés par la FNTP.

Les délais clients moyens s’inscrivent à des niveaux élevés (90 jours), tandis que les délais fournisseurs poursuivent leur augmentation à 80 jours en 2016 (contre 79 en 2015). « Le recours aux crédits de trésorerie reste donc indispensable pour financer l’activité, mais la fragilité financière actuelle des entreprises de travaux publics constitue un handicap pour l’accès au financement offert par le secteur bancaire ‘classique’ », note l’Observatoire.

 

Focus

Le ministère de l’Economie publiera le nom des sanctionnés deux fois par an

Delphine Gény-Stephann, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie et des Finances, a annoncé un renforcement de la politique de « name and shame ». « Ces publication sont déjà visibles mais discrètes sur le portail de la DGCCRF. Nous allons mettre en place un système plus visible qui concernera une à deux fois par an les cas les plus saillants. Non pas pour stigmatiser les petits acteurs, mais pour attirer l’attention sur les sujets qui méritent le plus de publicité ».

 

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