Bruno Orts, chasseur de traces du passé et explorateur d'avenir

Depuis trente ans, Bruno Orts, couvreur, débusque sur les chantiers des trésors des siècles passés. Tout en œuvrant à la pérennité du métier, en manque de relève.

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Bruno Orts, chasseur de traces du passé et explorateur d'avenir

Avant de réparer les toits, Bruno Orts, 59 ans, a défriché sa vie sur d’autres terrains. Ce natif d’Alger se décrit comme « l’un des derniers pieds-noirs », l’un de ceux partis en catastrophe avec ses parents : « Quand nous sommes rentrés, d’abord à Lyon, nous étions comme des malheureux et nous dormions sous des combles », se souvient-il. Pour suivre le père de famille, dessinateur industriel dans le secteur de l’aviation, les changements de domicile sont fréquents : après Lyon et Orange ce sera Bourg-Saint-Andéol puis, dans l’Hérault, Saint-Just où vivent ses grands-parents (et où il s’est désormais installé) et enfin, dans le Gard, Nîmes et Caissargues.

En première, le jeune Bruno Orts s’oriente vers un CAP de mécanique de précision et est embauché par une entreprise nîmoise. En 1983, il effectue son service militaire puis, à son retour, intègre la Coopérative d’exploitation et de répartition pharmaceutique (CERP), un « grossiste » où il rencontre sa femme, dont il divorcera dix ans plus tard. C’est à cette période que ce père de deux enfants découvre le métier de maçon, le samedi, auprès de son beau-père. Devenu manœuvre dans une autre entreprise, il poursuit sa formation aux métiers du bâtiment et décide, lorsque son beau-père prend sa retraite en 1993, de se mettre à son compte : « Comme entreprise générale, je travaillais sur des villas avant de décider de me perfectionner dans la toiture ». Il posera des couvertures, réparera des tuiles cassées, effectuera des travaux de zinguerie et d’étanchéité. Le couvreur est né.

Patrimoine des toitures

L’homme est épris de liberté. « J’aime être en l’air, voir l’horizon et je déteste me sentir enfermé. Le bâtiment m’a offert cette possibilité ». Cela fait bientôt trente ans que Bruno Orts est couvreur dans un périmètre de 40 km entre le Gard et L’Hérault. De la maison du boulanger, à Gallician, au Sud de Nîmes, aux 1000 m² de toiture du château de Beck, à Vauvert, l’artisan préfère travailler pour des particuliers et « non pour des grosses entreprises qui paient à 90 jours ».

Son regard s’illumine lorsqu’il évoque son métier, lui qui a formé des apprentis, dont certains ont marché sur ses pas : « Sur les toitures anciennes, toujours si différentes, on en apprend tous les jours ! ». Il les fait parler de leur passé, scrute, gratte, à la recherche d’un signe qui éclaire ses prédécesseurs : « Sur un toit, toutes les tuiles avaient bougé, sauf celles qui, 80 ans en arrière, avaient été posées avec des rondelles de plomb et des vis en fer ». Sur un autre toit, vieux de 300 ans, il découvre des parefeuilles datés. Ailleurs, il déniche des assiettes craquelées dans des combles, utilisées par des couvreurs du début du XVIIe siècle.

Empreinte sur une tuile
Empreinte sur une tuile

A Nîmes, il découvre sur une tuile une monnaie gauloise couverte de vert-de-gris et protégée par le calcaire. L’émotion l’étreint. « C’est formidable de trouver des parefeuilles gravés d’un soulier d’enfant du XIXe siècle ou de pattes de chats d’une époque ancienne ». Parfois, l’enfant qui partait à la conquête de trésors avec son détecteur à métaux, s’éveille. Il n’hésite pas, après avoir demandé l’autorisation aux propriétaires, à prospecter aux alentours de ses chantiers : « Sur un terrain agricole, j’ai ainsi trouvé une pièce en argent au profil de César et, au revers, la comète de Halley ! ». Sur un ancien champ de Mars, à Nîmes, lieu de marché au temps des romains, il extrait une obole en argent frappée d’une tête casquée. « Peut-être, un jour, je trouverai un trésor », lance-t-il, avec un sourire, lui qui sait que là n’est pas l’essentiel.

Pas d'enfant, 1701
Pas d'enfant, 1701

Le souci de l'avenir

Cet amateur de course à pied a fait des toitures son terrain de prédilection. A trois ans de la retraite, il veut, lui aussi, comme les anciens couvreurs, imprimer une marque pour la postérité : « Ce qui m’importe c’est de laisser ma trace. Parfois, je vois les toitures où j’ai effectué des travaux. Plus tard, mon nom, gravé sur des tuiles, sera découvert par d’autres. Et mon nom perdurera, pas comme si j’avais travaillé dans une usine où rien ne reste ». Le regard de l’artisan se teinte d’émotion, mais fait vite place à ce qui, finalement, lui paraît désormais essentiel : transmettre l’amour de ce métier. « Les jeunes doivent s’emparer de la profession de couvreur, savoir qu’ici, loin des ordinateurs et du télétravail, on ne perçoit jamais la même chose. J’aimerais les voir découvrir un nouvel horizon à chaque toiture, avec l’accès à la nature, le goût physique du travail et la liberté comme valeurs fortes ». Bruno Orts se tait puis reprend, l’air grave : « Ce métier doit continuer d’exister. » L'avenir le préoccupe autant que le passé l'intéresse.

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