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Brasilia a 50 ans
Chantier de construction de la place des Trois-Pouvoirs (palais du gouvernement, chambre des députés et sénat) à Brasilia (Brésil), dans les années 1950 - © © Arquivo Publico do DF

Brasilia a 50 ans

CATHERINE SABBAH |  le 21/04/2010  |  ArchitectureInternationalProfessionnels

La capitale brésilienne est née le 21 avril 1960 d'un désert urbanistique et architectural. Retour sur ce mirage devenu réalité.

Brasilia n'est pas née d'un fantasme du président Juscelino Kubitschek. Depuis l'indépendance du Brésil en 1822, le projet de déplacer la capitale se transmet de gouvernement en gouvernement. En 1891, l'idée est même inscrite dans la Constitution. En 1956, la décision est enfin prise. A l'époque, l'économie brésilienne est en pleine expansion, les investisseurs étrangers croient au nouvel eldorado et financent largement les secteurs de l'aéronautique et de l'automobile. La première pierre sera celle du palais présidentiel. Kubitschek veut voir sa ville bâtie avant la fin de son quinquennat. A plus de 2.000 km de la côte, à 1.100 m d'altitude, le site de Brasilia est choisi à l'encontre de toute la tradition urbaine du pays qui a délaissé les hauts plateaux du centre, trop arides et trop difficiles d'accès. Le terrain est vierge, et les premiers chantiers sont ceux des routes à construire pour acheminer les matériaux.

Une croix dans la plaine

Pour donner vie à son rêve, Kubitschek choisit deux architectes brésiliens : Oscar Niemeyer, alors âgé de 49 ans et ami personnel du président, est chargé de concevoir les bâtiments monuments. Lucio Costa, son associé depuis 1935, remporte le concours du plan d'urbanisme. Il dessinera une simple croix dans laquelle les critiques ont vu toutes sortes d'influence : le cardo et le decumanus romains, la symbolique chrétienne ou encore l'emblème des conquistadors. Costa a sans doute surtout voulu, dès l'origine, mettre de l'ordre dans "sa" ville. Deux grands axes délimitent l'espace. Une ligne nord-sud structure les trente quartiers résidentiels qui s'alignent le long de ses 10 km. Tout y a été pensé pour une vie égalitaire et accessible à tous. Les "superquadras" sont des immeubles de six étages, tous identiques, censés gommer les différences sociales. Le plan de Costa a prévu les terrains de sport, les écoles et les églises qui vont avec. L'axe est-ouest est plus court mais plus monumental. Le long de ses 6 km sont plantées toutes les fonctions représentatives du régime : ministères, équipements culturels, immeubles de bureaux et sur la place triangulaire des Trois-Pouvoirs, le palais du gouvernement, la Chambre des députés et le Sénat. Le tout séparé par d'immenses espaces verts.

Des formes élémentaires

Les bâtiments que Niemeyer vient "poser" sur ce plan n'en altèrent pas la simplicité. Les volumes sont immenses, mais de formes élémentaires, cubes, parallélépipèdes ou demi-sphères, construits en verre ou en béton. Parmi les plus spectaculaires, le Sénat et la Chambre des députés, dont les coupoles inversées se répondent, ou encore la cathédrale, Notre-Dame-de-Fatima, d'une forme simplissime : le bâtiment est constitué de seize arcs de béton, plantés à l'oblique, surmontés d'un toit circulaire plat. L'influence de Le Corbusier est partout : pilotis pour ne pas couper la perspective de la plaine, façades de verre, brise-soleil, toit-terrasse, utilisation systématique du béton (choisi aussi pour son faible coût), comme à Chandigarh, en Inde, où l'architecte français tente à la même époque une expérience similaire. La touche brésilienne est colorée et luxueuse : carreaux de faïence bleue sur certaines façades, utilisation du marbre sur la place des Trois-Pouvoirs.

Une utopie égalitaire

Brasilia fut inaugurée en 1961, cinq ans après les débuts des travaux. Les efforts de Niemeyer pour traduire dans son langage d'architecte l'utopie égalitaire de Kubitschek ne servirent à rien. Dès "l'ouverture", la ville reproduisit les stratifications classiques : faute d'argent pour vivre à Brasilia, les ouvriers s'installèrent dans des bidonvilles en périphérie. Les fonctionnaires ne purent accéder aux "superquadras" aux loyers trop élevés. Les "palais" construits pour l'Administration et le pouvoir reproduisirent et peut-être même accentuèrent le fossé traditionnel entre les classes. En 1964, la faillite de l'économie brésilienne, due en partie aux énormes dépenses de Kubitschek pour sa ville, mena des généraux au pouvoir pour vingt ans. Aussi imparfaite soit-elle, la ville est pourtant devenue un des pôles d'attraction du Brésil central, mais comme par défaut : Construite pour 140.000 habitants, elle en "accueille" aujourd'hui plus de 2,5 millions, qu'elle ne peut loger et refoule dans des banlieues à peine aménagées. Toujours entourée de désert, elle ressemble à une île dont on ne peut facilement s'échapper.

Pour voir une vidéo sur le Brasilia d'hier et d'aujourd'hui, cliquer ici.

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