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Bordeaux Métropole veut soigner ses constructions
«Bien construire relève d’une prise de conscience collective», reconnaît Alain Ferrasse, président de la FPI. - © © Cyrille Weiner

Bordeaux Métropole veut soigner ses constructions

Orianne Dupont (Bureau de Bordeaux du Moniteur) |  le 01/02/2018  |  Gironde

Après deux ans et demi d’élaboration, dont une année 2017 particulièrement active, la charte du «Bien construire à Bordeaux Métropole» sera signée vendredi 9 février par Alain Juppé, président de Bordeaux Métropole, la Fédération française du bâtiment (FFB), le Conseil régional de l’Ordre des architectes, la Fédération des promoteurs de l’immobilier (FPI) et l’Agence Qualité construction. Son objectif est d’aller vers des constructions durables et de qualité.

«Elle était en gestation depuis deux ans et demi, précise Michel Duchêne, élu en charge des grands aménagements à Bordeaux Métropole, mais l’accident d’Angers (La chute de trois balcons, le 15 octobre 2016, qui avait coûté la vie à quatre jeunes et blessé quatorze autres, NDLR) et le fait que des promoteurs nous disaient que ce n’était que le début, nous ont inquiétés.» Depuis un an, les acteurs de la construction travaillent sur cette charte que les élus ont souhaité «efficace, pragmatique et courte», précise l’élu.

Qualité sur le chantier et dans la durée

Le document de huit pages rappelle les objectifs à atteindre - garantir la qualité constructive, optimiser la qualité d’usage et évaluer dans la durée la qualité des opérations – et présente des recommandations pour chacun des items: intégrer, dès la phase préalable, l’équipe de maîtrise d’œuvre; être attentif à limiter la sous-traitance; généraliser le BIM; mettre en place un lot zéro consacré à la logistique et à la sécurité; programmer une période de préparation des chantiers; choisir des matériaux durables, etc. Des mesures qui ne révolutionnent pas le chantier, mais remettent les choses à plat. Pour Michel Duchêne, la mission complète confiée aux architectes, la limitation de la sous-traitance, la désignation d’un interlocuteur unique au sein de la maîtrise d’œuvre et le contrôle citoyen après la livraison sont les points majeurs du document. «Il s’agit de tirer la qualité vers le haut», note-t-il. Les signataires qui respecteront ces points pourront obtenir le label «Bien construire à Bordeaux Métropole», délivré pour trois ans. La signature n’a rien d’obligatoire, mais le respect de ces points pourrait faciliter l’obtention des permis…

L’union sacrée

Pour Marie-Ange Gay Ramos, présidente girondine de la FFB, le plus révolutionnaire dans cette démarche est le fait d’avoir été consultée. «C’est la première fois que nous sommes associés pour donner notre avis», s’enthousiasme-t-elle. Et elle se dit satisfaite du résultat. «La charte c’est bien, mais surtout, cela nous a permis d’échanger tous ensemble avec de grands acteurs comme Eiffage ou Euratlantique, nous avons tous participé, et c’est là que se trouve l’innovation.» Le respect de cette charte sera une manière de lutter contre les malfaçons, grâce à une meilleure préparation du chantier; la charte recommande un délai de préparation de deux mois minimum. «Si on respecte chaque point, le chantier sera parfait», reconnaît la présidente. C’est également un bon moyen pour les professionnels, entreprises et promoteurs, notamment, de redorer leur blason.

Les promoteurs, qui disent être en première ligne en cas de problème, craignaient surtout le surcoût engendré par les exigences de la métropole. «On a voulu atténuer certaines d’entre elles, reconnaît Alain Ferrasse, président de la FPI, comme des ambitions liées à l’isolation, des normes anticipatrices… cela serait devenu trop cher pour nous et nous avons été entendus.» Les promoteurs veulent faire preuve de transparence et vont inciter leurs adhérents à donner la parole aux acquéreurs. «La promotion immobilière veut être vertueuse et il est évident que bien construire relève d’une prise de conscience collective, mais nous regrettons les coups de bâtons.» Le président fait ici référence à des menaces de Bordeaux Métropole concernant l’accès à des opérations de grands aménagements. Sans être aussi radical, Michel Duchêne, vice-président de Bordeaux Métropole, reconnaît que certains promoteurs seront suivis de près. Et au moindre faux pas, le label sera retiré.

Réintégrer les architectes sur les chantiers

Le point concernant la mission complète de l’architecte est celui qui a, semble-t-il, marqué les échanges. «Avant, nous avions des architectes qui connaissaient le chantier, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui des jeunes diplômés qui ne maîtrisent pas la technicité…», reconnaît la présidente. Parallèlement à cette démarche, la FFB a d’ailleurs commencé à travailler avec l’Ordre des architectes afin que les entreprises intègrent les écoles. Pour Bordeaux Métropole, la mission complète confiée aux architectes traduit une volonté de soutenir la profession. Un point très important pour le Conseil régional de l’Ordre des architectes. «La démarche de Bordeaux Métropole va dans le bon sens, il ne faut ni réduire, ni dévaloriser le rôle des architectes et c’est sûr que si on continue à ne rien nous donner, la compétence va se perdre», estime Bertrand Digneaux, secrétaire général du Conseil régional de l’Ordre des architectes de Nouvelle-Aquitaine. L’ordre dénonce notamment les opérations où les tâches sont divisées et où l’architecte n’intervient que jusqu’au permis de construire. Dans la plupart des programmes privés. «On a besoin de lui de la conception à la livraison», assène l’architecte. Il reste tout de même sceptique sur la désignation d’une personne au sein de la maîtrise d’œuvre qui aurait une vision globale. «On ne voit pas trop qui pourrait avoir toutes les compétences, l’équipe (bureaux d’études, économiste, etc.) est déjà là et elle est compétente. Il faut juste lui donner les moyens de faire son travail. Il faut que l’on teste cela» Cette charte tombe bien, car «c’est le débat du moment dans la profession au niveau national et la pierre apportée à l’édifice par Bordeaux Métropole est importante.»

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