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Bois Les entrepreneurs marquent des points

pascale tournier |  le 10/01/1997  |  BoisCollectivités localesEntreprisesMaison individuelleMise en concurrence

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-Le bois connaît une embellie sur certains marchés de la construction, mais beaucoup de chemin reste à parcourir. -La profession est, elle aussi, atteinte par la crise du bâtiment et la concurrence des industriels.

-Paris : bibliothèque de France. Lanaud (Haute-Vienne) : génoscope. Marne-la-Vallée : université. Evreux : bibliothèque-médiathèque. Les projets architecturaux en bois se multiplient depuis quelques années. « Le bois avance », clament en choeur les professionnels, menuisiers, charpentiers, parqueteurs, escaliéteurs et le Comité national pour le développement du bois (CNDB) au travers d'un nouveau slogan. Mais l'arbre ne doit pas cacher la forêt : la profession souffre elle aussi de la crise actuelle et profonde du bâtiment. Jusqu'à présent, le marché de la réhabilitation et de la rénovation a amorti, en partie, l'effondrement de la construction neuve : par exemple, en région parisienne, les travaux sur bâtiments existants ont progressé de 13 % de 1993 à 1995.

Guerre des prix entre les entrepreneurs et les fabricants

Mais la restriction des commandes de l'Etat et des collectivités locales pèsent de plus en plus sur la profession. « La diminution depuis trois ans du budget de l'Etat consacré à la réfection des monuments historiques a réduit de 35 % notre activité », se plaint le directeur des Ateliers Saint Jacques, spécialisés en agencement, escaliers et parquets.

D'autres facteurs, intrinsèques au secteur, pénalisent aussi de nombreuses sociétés. Tout d'abord, la pénétration des entreprises industrielles (voir encadré) sur le marché a conduit à une guerre farouche des prix, rendant souvent les entreprises du bâtiment perdantes. Ce sont les fabricants de produits bruts et semi-bruts qui sont les plus touchés (menuisiers, charpentiers...). En outre, « le poids de la législation européenne sur les conditions de sécurité dans les chantiers et dans les ateliers s'ajoute aux charges des entreprises qui disposent de moins en moins de marge de manoeuvre », précise le président de la chambre professionnelle parisienne de la menuiserie-agencement-parquet, Jacques Gérent. « En région parisienne, la situation est même pire : les loyers pour les ateliers et le personnel sont plus élevés. A terme, c'est la fin des copeaux et des machines dans Paris. Les grosses entreprises y auront seulement leur siège et partageront un atelier à plusieurs en région parisienne », prévoit-il.

Les défaillances d'entreprises s'accélèrent

Ce secteur, où tout est atomisé, n'est pas encore bien adapté. Face à « un coup dur », certains manquent encore trop de ressources. « Seules les entreprises, qui cultivent un haut degré de technicité et de polyvalence, peuvent tirer leur épingle du jeu », analyse Gérard Agnesina, président de l'Union nationale de charpente, menuiserie, parquets. Conséquence directe : de nombreuses entreprises déposent leur bilan, ne pouvant assumer à la fois la concurrence avec les industriels et le rétrécissement de certains marchés. Ce fut le cas en 1995, dans la catégorie des PME de plus de 100 millions de francs de chiffre d'affaires de AMCC, de Iéna Industrie, de Sibame, d'OBB Construction et, en 1996, de Mathis qui, depuis, s'est redressée (voir encadré). Autre preuve significative, les adhérents de la chambre professionnelle menuiserie-agencement-parquets de la région parisienne sont passés de 215 en 1990 à 134 aujourd'hui.

D'autres sous-traitent, diminuent leurs effectifs ou choisissent des voies de développement différentes. C'est le cas notamment de Weisrock, spécialiste de charpentes en lamellé-collé, qui réalise plus de 70 % de son chiffre d'affaires à l'étranger (Proche-Orient, Europe) : la PME (perte de 6,7 millions de francs en 1995 pour un chiffre d'affaires de 80,7 millions) s'est illustrée récemment en réalisant un record de charpente lamellé-collé du pavillon multifonctions de la future exposition universelle de Lisbonne, au Portugal, représentant au total 6 300 m3 de bois et un marché de 60 millions de francs (« Le Moniteur » du 8 novembre, p.7).

Les créneaux actuellement porteurs

« Le bois a néanmoins un bel avenir devant lui, car il est de plus en plus apprécié », affirment les professionnels. Certains marchés se développent sensiblement : le plus significatif est celui de la maison individuelle en bois massif. Les chalets connaissent une progression de 10 % par an. Mais il s'agit surtout du haut de gamme. Les régions de tradition forestière - les Alpes, l'Est, la Bretagne, la Normandie et l'Aquitaine - concentrent naturellement les plus gros potentiels de croissance. Mais « certaines régions, telles que la Méditerranée, ne sont pas à négliger », souligne Loïc de Saint Quentin, secrétaire général de l'Association des entreprises de construction bois (Afcobois). On est cependant encore loin d'une véritable percée, puisque la part de la maison à ossature bois sur le marché global de la maison individuelle ne serait, d'après les estimations de la profession, que de 7 à 8 % (contre 5 à 6 % il y a environ quatre ans).

En revanche, le parquet décolle depuis cinq ans, après une longue période d'hibernation. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 10 à 15 % de quantité produite supplémentaire tous les ans. C'est le parquet flottant qui est à la tête du box-office (70 % des parts de marché en région parisienne). « L'engouement du grand public est incontestable. Mais, tout le monde commence à faire du parquet, le marché peut être vite saturé », nuance Marc Courivaud, directeur général de Maisons et parquets.

Le lamellé-collé ne se porte pas trop mal non plus, même si depuis 15 ans, la production de charpentes en lamellé-collé n'a pas bougé, note-t-on au Syndicat national des constructeurs de charpentes en bois lamellé-collé. Mais la concurrence avec les entreprises industrielles (voir encadré) devient notoire pour la fabrication. Les rôles sont alors de plus en plus partagés : l'entreprise de bâtiment se contente de poser seulement la structure qu'elle achète aux industriels.

Restaurer l'image de marque du bois

Cette meilleure image du bois dans la construction s'explique par une meilleure reconnaissance par les Français de ses vertus, soulignent les professionnels. Ecologique, isolant, chaleureux, confortable, le bois offre, en outre, toute une palette de possibilités architecturales et esthétiques. « Les professions paramédicales, le milieu enseignant et les cadres supérieurs constituent le coeur de cible », ajoute Loïc de Saint Quentin, d'Afcobois.

L'action conjuguée du CNDB et de l'Afcobois porte aussi certainement ses fruits. Ces deux organismes, chargés de la promotion du bois auprès des prescripteurs et des maîtres d'ouvrage, se battent bec et ongles depuis près de cinq ans pour que l'on utilise davantage le bois dans la construction. « Le bois retrouve ses lettres de noblesse. Les collectivités locales font construire désormais des lycées, des gymnases, des bâtiments de santé en bois », conclut Joseph Behaghel, directeur du Comité national pour le développement du bois.

- LE POIDS DE LA PROFESSION-Chiffre d'affaire s : environ 40 milliards de francs.

-Nombre d'entreprise s : 35 000 (dont plus de 30 000 menuisiers) et près de 88 000 salariés.

-Productio n :

- 3 00 maisons individuelles construites en structure bois.

- 1 000 maisons en bois massif.

- 1 000 logements collectifs construits chaque année en bois.

- La maison bois détiendrait entre 7 % et 8 % du marché de la maison individuelle, contre 5 % à 6 % il y a quatre ans.

Sources : Union nationale de charpente, menuiserie et parquets, Afcobois.

PHOTO : La baisse de la commande publique a réduit de 35% l'activité de ce secteur (photo : chantier du lycée de Romilly, dans la région de Grenoble).

Gérard Agnesina, président de l'Union nationale de charpente, menuiserie, parquets.

Jacques Gérent, président de la chambre parisienne de la menuiserie-agencement-parquets.

La menace des industriels

Panneaux, planches, placages, contreplaqués, portes et fenêtres sortent bien plus des usines que des ateliers de menuiserie. Les entreprises industrielles affirment aujourd'hui leur supériorité sur ces produits standardisés : prix ultra-compétitifs, rapidité d'exécution...

Les entreprises du bâtiment doivent donc s'incliner peu à peu devant les grands du bois, tels que Isoroy (panneaux), Lapeyre (menuiseries)... Elles se tournent alors vers des produits à haute technicité, qui exigent une valeur ajoutée supplémentaire.

La reprise du marché de la rénovation a un peu infléchi la tendance

au profit des artisans. Mais jusqu'à quand ?

Mathis sur la voie du redressement

L'entreprise Mathis de Muttersholtz (Bas-Rhin), spécialiste du lamellé-collé - et notamment des arcs de bois de très grande portée - est définitivement sortie du rouge dans lequel l'avaient plongée les aléas du chantier du centre culturel Jean-Marie-Djibaou à Nouméa (Nouvelle-Calédonie). Les surcoûts sur ce chantier, estimés à 21 millions de francs pour Mathis (pour un lot de 33 millions), avaient entraîné, le 30 avril 1996, le dépôt de bilan, puis le licenciement forcé de 19 des 85 salariés de la PME familiale. « Nous bénéficions d'un plan de continuation jusqu'au 25 février prochain », explique Franck Mathis, responsable commercial et fils du P-DG Paul-Henri Mathis. L'hypothèse d'une liquidation est définitivement écartée.

La société vient de présenter au tribunal un plan de remboursement des créanciers, qui devrait être approuvé en janvier. Malgré le dépôt de bilan, Mathis continue de disposer d'un carnet de commandes de l'ordre de 60 millions de francs (dont beaucoup, il est vrai, en sous-traitance) et continue de décrocher de nouvelles affaires « Seuls 10 à 15 % de l'ensemble des marchés perdus sont dus à notre situation juridique particulière », estime Franck Mathis. Le chiffre d'affaires 1996 ne dépassera cependant pas les 100 millions de francs (contre 127 millions en 1995), réalisés pour un tiers à l'étranger.

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