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Le bouillonnant architecte danois Bjarke Ingels expose le travail de son agence BIG jusqu'au 31 octobre, Arc en Rêve (Bordeaux). - © © Nicklas Rudfell

Bjarke Ingels, "Big star" en devenir

Marie-Douce Albert |  le 22/07/2010  |  bigArchitectureGirondeEuropeInternational

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A 35 ans, l'architecte danois déboule sur la scène architecturale internationale et se fait sa place entre ses illustres pairs, non sans un brin d'insolence. Alors qu'Arc en Rêve, à Bordeaux, présente le travail de son agence BIG tout l'été, la tentation était grande d'aller observer le personnage de près.

Un classement américain des 100 personnalités les plus créatives en matière de business (*) a récemment placé Lady Gaga sur la plus haute marche de son podium. La popstar à cheveux jaunes précède toute une flopée de présidents de compagnies, de "beautiful people" des médias, de la musique ou du cinéma... et trois architectes. Jean Nouvel est en 19e position, Kazuo Seijima en 88e. Cela relève presque de l'évidence. Mais entre les deux Pritzker, un architecte de 35 ans, Danois, se paye le culot de se glisser à la 64e place. Et ce n'est là qu'une des dernières péripéties en date de Bjarke Ingels.

Un des "Koolhaas kids"

Sur le papier glacé des magazines, son agence BIG s'impose comme l'une des plus prolifiques et des plus inventives. Du bouillonnement du bureau de Copenhague ont surgi des projets de paquebots géants de logements, de montagnes habitées, de twist towers ou encore de bâtiments ronds comme des jours sans fin telle que la boucle cyclable du pavillon danois à l'Exposition universelle de Shanghai 2010. Si l'on ajoute que sur les photos (nombreuses) qui circulent, Bjarke Ingels a le cheveu ébouriffé et le sourire déluré, il est tout à fait sensé de vouloir vérifier que le phénomène est bien réel et le personnage ni mégalo, ni fou.
A Bordeaux, où il est venu inaugurer son exposition "Yes is more" (**), Bjarke Ingels invite donc à s'asseoir sur la pelouse bien verte d'une de ses maquettes - Les grandes étendues de terrains de sport cernées d'immeubles de logements du projet Clover Block- pour répondre à toutes ces interrogations, à commencer par la sempiternelle question de son âge. "Je ne suis plus tellement jeune", objecte-t-il. Il fait le compte : il est né en 1974, a commencé ses études à 18 ans, décroché son diplôme à 24, etc. Il n'empêche, la trajectoire a été jusqu'alors rapide et il ne le doit pas à un héritage familial. "Il n'y a pas un seul architecte dans ma famille", dit-il. A la lecture de son CV, on reconnaît tout de même au Danois une filiation spirituelle : passé par OMA, il est un des "Koolhaas kids".

Légo et bande-dessinée

On ne peut pas non plus construire la légende d'une vocation précoce. Bjarke Ingels, évidemment, a grandi au milieu des Lego, "la gloire nationale du Danemark" comme il le souligne. Il a connu son première approche de l'architecture avec les maisons des méchants de James Bond, fascinantes avec leurs murs mobiles et leurs tunnels. Mais cet enfant de l'ère Star Wars aimait surtout dessiner et il est entré à l'Académie royale des arts dans l'intention de devenir auteur de bande-dessinée. Il est fan de Moebius, Pratt, Frank Miller et, ado, il était amoureux de l'héroïne rousse, gironde et court vêtue, de "la quête de l'Oiseau du Temps" de Loisel et Le Tendre. Il a finalement bifurqué et est sorti de l'école d'architecture de Copenhague en 1999.

En 2001, il a créé PLOT-Architects avec Julien De Smedt, puis BIG en 2005 et tout est allé vite. "Il a bénéficié de bonnes circonstances en arrivant au moment où l'architecture danoise avait besoin de renouveau", estime Gabrielle Nadeau, architecte canadienne qui a rejoint BIG il y a deux ans. La jeune femme cache à peine son admiration pour ce garçon "très intelligent, qui connaît tous ses classiques de l'architecture" et plus globalement pour cette agence qui a le don de produire des "projets faciles à comprendre". Bjarke Ingels dit, lui, qu'il a eu la chance que "personne de ma famille ne veuille une maison d'été" ou tout autre projet aussi petit que chronophage. Il a ainsi pu se consacrer aux compétitions et rencontrer, par hasard, un promoteur privé qui aspirait à de grands projets de logements pas chers.

Puis les récompenses ont commencé à pleuvoir. L'agence a pris de l'ampleur jusqu'à compter aujourd'hui quelque 80 membres d'une trentaine nationalité. On comprendrait dès lors que la tête lui tourne. D'ailleurs à le voir se mettre en scène dans les cases de "Yes is more", la bande dessinée qui lui permet de présenter le travail de l'agence, on peut avoir quelques doutes. Et puis appeler son agence BIG, même à partir de ses initiales, c'était tout de même un peu prétentieux, non ? "Si on était aux Etats-Unis, probablement. Mais au Danemark, c'est drôle parce que tout est petit. BIG renvoie plus à l'envie de développer de grandes idées", rétorque l'architecte qui ne manque pas un instant de rappeler que le G de BIG est pour "Group". Le jeune homme parle beaucoup de son équipe, ce "large éventail de talents", qui teste, réfléchit et teste encore jusqu'à voire émerger "Le" projet. Il reconnaît aussi l'utilité, quand on s'embarque comme lui avec assez peu de bagages, de s'entourer de coéquipiers plus expérimentés.

Voilà aujourd'hui cette fine équipe à la tête de chantiers pour le moins délirants, celui du grand-huit habitable de Copenhague ou de l'anneau torse pour la bibliothèque nationale du Kazakhstan. Bjarke Ingels n'est pourtant pas fou. Ou alors raisonnablement. Lui préfère appeler cela de "l'utopie pragmatique", un juste équilibre entre la prise en compte de toutes les contraintes économiques, humaines, politiques et les accès de créativité débridée. En somme, les idées et les formes les plus incroyables ont toujours une bonne explication. D'ailleurs, à travers son exposition "Yes is More", tout comme dans le livre éponyme, Bjarke Ingels met un soin particulier à détailler les causes et les conséquences des projets de l'agence, sans faire l'impasse sur les plus inattendus ou les plus absurdes. Une chose est certaine, le jeune architecte a bien compris les rouages d'une bonne communication. Il est même brillant, avec juste ce qu'il faut de dérision.

(*) Classement réalisé par Fast company : www.fastcompany.com/100/2010
(**) Jusqu'au 31 octobre à Arc en Rêve : www.arcenreve.com

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