Biofioul : des perspectives bien incertaines
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Biofioul : des perspectives bien incertaines

PASCAL POGGI |  le 28/10/2020  |  100 % eau et énergie ChauffageEnergieFrance

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Le gouvernement semble déterminé à éliminer le fioul domestique du marché français d’ici 2028. Les fabricants de chaudières fioul, les distributeurs de combustibles et les chauffagistes sont contre. Et plusieurs acteurs poussent le biofioul comme solution de remplacement du fioul domestique. En réalité, de quoi parle-t-on ?

La suppression du fioul domestique à terme semble acquise. Le plan climat de 2017 prévoyait déjà le remplacement de 1 million de chaudières au fioul sur les 3,5 millions de chaudières fioul installées. En 2019, le projet de Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) précisait un peu les échéances et prévoyait de remplacer 1 million de chaudières au fioul par des systèmes de production moins émetteurs de carbone d’ici 2023. Depuis, la politique des aides publiques à la rénovation des systèmes de chauffage, que ce soient les chaudières domestiques, les chaufferies collectives ou tertiaires, pousse en ce sens : pas d’aide pour le renouvellement de chaudières fioul, des montants généreux pour leur remplacement par des pompes à chaleur ou des chaudières à granulés de bois, beaucoup moins pour la pose de chaudières gaz à condensation.

Gouverner par Tweet

Durant l’été 2020, le calendrier s’est accéléré. Le 27 juillet dernier, Barbara Pompili, la ministre de la Transition écologique, annonçait l’interdiction, à compter du 1er janvier 2022, d’installer des chaudières au fioul et à charbon dans les bâtiments neufs et existants. La maintenance et la réparation des chaudières existantes demeuraient autorisées. Aucun document officiel ne contient cette interdiction, pour l’instant. Depuis cette annonce, la ministre a clarifié ses positions dans de nombreux tweets. La FF3C (Fédération Française des Combustibles, Carburants et Chauffage), qui représente les professionnels de la distribution d’énergie hors réseaux, a rencontré la Direction de l’Energie du Ministère de la Transition écologique et le cabinet d’Emmanuelle Wargon, ministre du Logement. A l’issue des discussions, le FF3C a annoncé que les installations de chaudières neuves conçues pour le biofioul F30 continueraient d’être autorisées, puisque seraient interdits les combustibles dont les émissions dépasseraient 250 gCO2/kWh PCI. Selon la FF3C, les chauffagistes auront le droit d’adapter les chaudières fioul existantes en changeant ou en modifiant leurs brûleurs pour qu’elles fonctionnent au biofioul F30. Aucune déclaration, aucun document officiel émanant des Pouvoirs Publics n’est venu confirmer ces deux annonces. Le gouvernement évite soigneusement le moindre engagement.

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La FF3C, puis la Capeb, ont néanmoins mis en avant un calendrier et formulé différentes demandes. La FF3C, travaillant avec la Fédération française des pétroliers indépendants et avec la Fop (Fédération française des producteurs d’oléagineux et protéagineux), veut lancer le biofioul F30 sur l’ensemble du territoire français dès 2022, puis passer au biofioul F50 entre 2025 et 2030, pour atteindre le nirvana national, vert et renouvelable, du biofioul F100 vers 2040. Jean-Claude Rancurel, président de la section plomberie chauffage de la Capeb, indique que la confédération travaille avec les fabricants au développement d’une offre de PAC hybride au biofioul, associant d’abord une PAC et une chaudière biofioul basse température, puis à terme, une PAC et une chaudière biofioul à condensation. La Capeb verrait d’un bon œil le lancement d’un « Coup de Pouce » pour le remplacement d’un brûleur fioul domestique par un brûleur compatible avec le biofioul F30 et d’un autre pour l’installation de PAC hybrides biofioul. La FF3C, pour sa part, demande l’exonération des taxes sur la part bio du biofoul. La FF3C demande également l’évolution de la réglementation qui limite aujourd’hui à 7% la part maximum de bio dans le fioul domestique.
Est-ce que tout cela est réaliste ?

Fioul et biofioul

Rappelons les principales caractéristiques du marché du fioul domestique en France. La consommation annuelle de fioul domestique baisse en France depuis longtemps, mais lentement : 6,3 Mt en 2016, idem en 2017, 5,7 Mt en 2018, 5,4 Mt en 2019, puis une remontée nette en 2020 sans doute au-delà de 6 Mt en 2020, en raison du confinement. En moyenne, une maison française chauffée au fioul consomme 2000 à 2200 l de combustible chaque année et reçoit deux livraisons par an. Il resterait en France 3,5 M de chaudières fioul installées. En 2019, dernière année connue, il s’est vendu en France 21 000 chaudières fioul (contre 47 000 en 2018) et 38 000 brûleurs fioul en caisse. Le prix du fioul domestique pour le client final fluctue avec l’évolution des prix du pétrole. En 2020, il a baissé de 0,94936 €/l pour des livraisons de 2000 à 4999 l en janvier à 0,692625 €/l en septembre. Début octobre, avec les achats pré-saison de chauffe, il remontait légèrement. Les taxes et la TVA représentaient 33,12 % du prix TTC en janvier 2020 et 39,22 % en septembre.

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Le biofioul, par sa part, est un mélange de fioul domestique et d’ester méthylique d’acide gras (EMAG) issu du Colza. Le biofioul F10 contient 90 % de fioul domestique et 10 % d’EMAG. Le biofioul F30 passe à 30 % d’EMAG, ainsi de suite jusqu’au biofioul F100 qui serait entièrement issu du colza. Bolloré Energy commercialise depuis le début de l’année 2019, le biofioul Evolution (5 % d’EMAG).
Le F10 est compatible avec les chaudières et brûleurs fioul existants. Entre 20 et 30 % d’EMAG dans le biofioul, il faut changer le brûleur. Au-delà, le F50 et le F100 supposent de nouvelles chaudières. La FF3C estime que le biofioul F10 ajoute un surcoût de 2 à 2,5 c€/l HT, tandis que le surcoût du biofioul F30 par rapport au fioul domestique atteindrait 6 à 7 c€/l. Les surcoûts du biofioul F50 et F100 ne sont pas encore connus. La combustion du biofioul F10 génère 5% de CO2eq de moins que celle du fioul domestique, 15% pour la combustion du biofioul F30, 25% de moins pour le F50 et 50% pour le F100. Ce qui risque de n’être pas suffisant pour justifier un basculement vers le biofioul.

La culture du colza est en difficulté

Le biofioul repose sur le colza, dont la culture subit de plein fouet l’effet du réchauffement climatique. Il y a trois ans, la France comptait 1,6 Mha plantés en colza. En 2020, la surface emblavée atteint environ 1,1 Mha, 40 % de moins, selon Arnaud Rousseau, le président de la FOP. De plus, pour la troisième année consécutive, le colza, planté entre début août et mi-septembre pour être récolté en juillet de l'année suivante, souffre d’une terre trop sèche, faute de précipitations suffisantes. Enfin, la culture du colza repose sur l’emploi du Phosmet, un insecticide dont l’approbation par les autorités européennes arrive à échéance le 31 juillet 2021. L’Agreste, le service statistique du ministère de l’agriculture, a estimé que la récolte de Colza en France en 2020 a atteint 3,32 Mt, soit un recul de 4,8 % en un an et de 30,3 % par rapport à la moyenne quinquennale de la période 2015-2019. L’Agreste attribue cette baisse au recul de 6 % du rendement par rapport à 2019, et de 10,7% par rapport à la moyenne 2015-2019. Il passe pour la première fois en dessous de 30 q/ha en 2020 pour atteindre 29,7 q/h. Un hectare de colza produit environ 1000 litres d’huile et 2 tonnes de tourteaux pour l’alimentation du bétail.
La filière biofoul aussi est en compétition pour la ressource avec la filière biogazole. En 2019, l’EMAG représentait 83,4 % des volumes de biocarburants mélangés au gazole pour obtenir le gazole B7 (7% de bio) et B10 (10%).
Bref, la ressource baisse, la compétition pour son utilisation augmente, les bénéfices environnementaux des biofiouls F10, F30, F50 et F100 sont faibles. Les biofiouls F10 et F30 coûtent plus cher que le fioul domestique. Leur viabilité économique dépend d’une exonération de taxes (au moins un tiers du prix TTC du fioul domestique) à propos de laquelle les Pouvoirs Publics évitent toute annonce. Il existe au moins deux solutions techniques plus vertueuses pour le remplacement des chaudières fioul installées hors de portée du réseau gaz : les granulés de bois et les pompes à chaleur. Est-ce que le biofioul est vraiment le bon pari ?

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